Les samedis du confinement N°6, 9 mai 2020.

Depuis le début du confinement, c’est-à-dire en gros deux mois, nous entendons cette espèce d’antienne, partout : que sera demain, que sera l’après ? Ce mot, ce slogan, répercuté à l’envie par une presse perroquet, nous interroge évidemment. Mais, posé tel quel, il semble dire que l’après ne sera pas comme l’avant. D’où une première question : qui a décidé cela ?

Je prends deux exemples : alors même qu’il apparait évident que la mondialisation a eu des effets catastrophiques sur le système sanitaire (fermetures des hôpitaux, absence de masques, etc, etc, …), la fondation Robert Schuman, qui est le saint des saints des européistes, publie un article disant « La mondialisation n’est pas un problème, elle est la solution ». Ca, c’est l’avant. Dans le même temps, la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe rappelle qu’il ne faut pas remettre en cause les dogmes qui sont ceux qui résultent de traités largement influencés d’ailleurs par l’Allemagne. Ce n’est pas vraiment un après. C’est un avant, en pire peut-être vu les circonstances.

Certes, dans le contexte actuel, un certain nombre de personnalités commencent à dire qu’il faudrait autre chose, heureusement d’ailleurs. Je cite pêlemêle. Il y a ceux qui nous expliquent qu’ils vont refonder la vraie gauche, ceux qui vont refonder la vraie droite bien évidemment, il y a ceux qui vont fonder le bon parti écologiste, il y a ceux qui vont rassembler les citoyens des deux rives contre la mondialisation inhumaine. Autant de tentatives intéressantes et sans doute sincères. Mais répondent-elles à la vraie question : quel après ?

Je crois qu’on ne répond pas bien à cette question parce qu’on n’a pas suffisamment insisté sur le fait que s’il y a eu, certes, un confinement sanitaire pendant deux mois, il y a, depuis plusieurs décennies, en particulier depuis le milieu des années 1980, un confinement intellectuel : nous devons penser d’une certaine manière, nous devons accepter un certain nombre de critères qu’il n’est pas question de remettre en cause. Et, à leur corps défendant sans doute, un certain nombre de personnalités qui font les propositions que je viens d’évoquer, se situent toujours dans le système tel qu’il est, en essayant évidemment de lui donner un autre sens, mais ne remettent pas en cause les fondements même de ce système. Je rappelle ce que disait Einstein « On ne résout pas un problème avec les moyens qui l’ont créé ». Nous devons changer les moyens.

Changer les moyens, ce n’est pas uniquement recréer la gauche, la droite, certains rassemblements, c’est accepter la recréation du citoyen libre et responsable, accepter la recréation du peuple souverain, ce qui est le fondement même de la démocratie et de la République. Et, dans le cadre de cette refondation, toutes les questions que j’ai évoquées précédemment se poseront, mais encore faut-il que le citoyen existe et que le peuple existe. Sinon, les questions posées n’ont aucun sens.

Nous devons donc accepter cette recréation à partir du terrain, c’est-à-dire à partir de l’endroit où les citoyens se côtoient, où ils peuvent dialoguer, où ils peuvent faire émerger une volonté, dans les communes, dans les quartiers, pour que toutes ces volontés se rassemblent petit à petit pour recréer finalement l’intérêt général et donc la souveraineté du peuple. C’est cela qui est en question et c’est cela que remet en question le confinement intellectuel auquel nous sommes soumis depuis des années par toutes les forces politiques quelles qu’elles soient.

Voila l’enjeu fondamental et voila pourquoi nous avons créé l’Association pour une Constituante, certes parce que ces institutions sont à bout de souffle, mais parce que cela donne un objectif aux citoyens pour recréer leur existence individuelle et leur participation à l’intérêt général.

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