Que dire du vote du 26 mai 2019 ?

A écouter les commentaires, la seule question qui vaille, est « qui a gagné ? ».

Marine Le Pen se présente comme vainqueur, ce qui n’est pas illogique vu qu’elle est en tête. Les thuriféraires d’Emmanuel Macron considèrent que c’est leur idole, arguant du fait que l’écart avec Marine Le Pen est très faible et que, surtout, les principaux concurrents d’Emmanuel Macron ont disparu du champ politique. Mais une question n’est jamais posée, une question essentielle : le vainqueur a gagné quoi ? Car enfin, il va régner sur un champ de ruines.

Marine Le Pen, dans ce contexte, se situe en embuscade d’Emmanuel Macron, attendant que celui-ci trébuche du fait des crises ou de ses erreurs. Elle représente une option fermée autoritaire.

Emmanuel Macron de son côté, appelle à toujours plus d’Europe considérant, sans qu’aucune contestation soit possible d’ailleurs, que plus d’Europe signifie plus de paix et plus de bonheur. Un bonheur autoritaire en quelque sorte !

Le monde, il est vrai, est confronté à des défis considérables : défis économiques, sociaux, géopolitiques, climatiques. Cela étant, la question reste : qui va régler ces problèmes ? Qui va y faire face ? Et là encore, de ce point de vue, une question tout à fait fondamentale est oubliée : nous sommes dans une crise philosophique majeure.

L’humanisme qui a rythmé la philosophie depuis des décennies, voire des siècles, est dans une crise profonde ; il est attaqué de toutes parts. La confiance en l’humanité, qui est à la base de l’humanisme, est contestée par nombre de responsables, de commentateurs, de philosophes qui ont plutôt une défiance vis-à-vis de l’humanité, au nom d’analyses plus ou moins fumeuses et qui, apparemment, ne se situent pas eux-mêmes dans l’Humanité. Le suffrage universel est attaqué par certains qui se verraient bien en guides des citoyens. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la déclaration universelle des droits de l’homme qui servent de fondement à notre système juridique, sont insidieusement attaqués par des comités plus ou moins discrets qui tendent à émietter l’individu. La charte européenne des droits fondamentaux elle-même participe de cet émiettement et, beaucoup plus extraordinaire, dans son préambule, met sur le même plan les droits des capitaux et les droits des êtres humains.

Dans le cadre de cette régression philosophique, peut-on penser que nous allons vers autre chose que des régimes autoritaires ? La défiance vis-à-vis de l’humain ne peut mener qu’à cela.

Lorsque nous avons fondé l’Association pour une Constituante, il y a de cela un peu plus de dix ans, nous avons toujours dit que, certes, il faut poser la question des institutions, mais que le cheminement vers cet objectif était autant, sinon plus important, que l’aboutissement. Ce cheminement, c’est la recréation du citoyen libre et responsable, c’est la reconstitution du peuple en tant que corps politique constitué souverain. Et cette logique nous donne le droit de répéter ce que j’ai déjà dit à maintes reprises, que l’alternative devant laquelle nous sommes est inévitablement : autoritarisme ou constituante.

De ce point de vue, le vote du 26 mai 2019 est une défaite.

 

Voir aussi https://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?article1642

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