Samedis du 29 mai

Nous sommes sortis du confinement sanitaire, nous sommes toujours dans le confinement intellectuel. De quand date ce confinement et quel est-il ? On peut le dater du milieu des années 80.

Jusque-là, la vie politique, en France, était rythmée par un discours majoritaire qui est celui qui est devenu dominant d’ailleurs, à savoir le besoin du libéralisme mondialisé, et un discours d’opposition. Le changement se produit lorsqu’un Président de la République, François Mitterrand, élu comme chef de l’opposition, c’est-à-dire d’un autre discours, décide de se rallier au discours dominant. Et depuis lors, ce discours domine, dessine toute notre vie publique. Il la domine d’autant plus qu’il est porté non seulement par les forces politiques nationales, mais par les forces politiques mondialisées.

Est-il possible d’en sortir ? On nous dira que le peuple français ne s’y oppose guère et qu’il a admis cette situation. Ce n’est pas vrai. Depuis des décennies, nous voyons des signes qui montrent que le peuple français n’accepte pas cette situation. Bien sûr, ces signes peuvent être bizarres, baroques, mais leur laisse-t-on une autre possibilité alors que le cadre institutionnel est devenu l’otage du discours mondialisé et qu’il est impossible de faire émerger autre chose.

Oui, le peuple français a montré des signes. Il a montré des signes le 21 avril 2002 en empêchant que Lionel Jospin accède au 2ème tour de la présidentielle, il a montré des signes par les nuits debout, par les gilets jaunes, par les grèves à répétition, même s’il s’agit dans tout cela de mouvements parcellaires et qui mériteraient de trouver une signification plus large.

Le peuple a montré aussi et tout particulièrement sa volonté le 29 mai 2005. Que s’est-il passé ce jour-là ? Le 29 mai 2005, c’est-à-dire il y a exactement 15 ans, le peuple français, comme d’ailleurs le peuple néerlandais, a dit non à un traité constitutionnel européen dont tous les responsables et pratiquement toute la presse disait qu’il était impossible qu’il soit refusé. Eh bien, le peuple français a dit non, retrouvant une pensée du philosophe français Alain qui disait « Penser, c’est dire Non ». Et puis ce vote a été bafoué par le Président Sarkozy qui a imposé un traité pratiquement jumeau du précédent. Ca a eu des conséquences, d’abord en réimposant un traité pratiquement identique, mais aussi en faisant passer l’idée des dirigeants aux citoyens français : « vous pouvez penser ce que vous voulez, on s’en fout ». Et cette idée a pénétré pas mal d’esprits : « nous n’y pouvons rien puisque, de toutes façons, ils reviendront dessus ».

Eh bien, la question aujourd’hui, est là : peut-on revenir dessus ? Peut-on revenir alors que les institutions ne le permettent pas, parce qu’elles sont plus l’expression d’une mondialisation que l’expression d’une volonté nationale ? A mon sens, la seule manière d’y revenir et je l’ai posée dans une espèce d’alternative, dans un article que j’ai publié dans le Monde diplomatique : Bonapartisme ou Constituante. Pourquoi ces deux mots ? Parce que, historiquement, ils ont rythmé l’Histoire de France : Deux bonapartismes, 6 Constituantes, on voit bien les deux types de recherche.

Le bonapartisme, c’est l’idée que nous trouvons la solution par un leader charismatique qui va nous expliquer la vie. Disons honnêtement qu’à l’heure où nous parlons, ça ne manque pas, il y a plutôt pléthore de candidats. Je ne pense pas que ce soit la solution, d’abord parce qu’intellectuellement je ne suis pas porté vers ce genre de solution. Mais surtout parce que je ne pense pas qu’elle soit adaptée au moment où nous sommes car ce moment nécessite de retrouver le sens du pays au travers de la reconstitution de son souverain naturel qui est le peuple comme c’est d’ailleurs inscrit, soit dit en passant, dans la Constitution.

Et donc, la Constituante est le moyen de redonner aux institutions leur sens naturel, c’est-à-dire l’émanation du souverain qu’est le peuple. Bien sûr, je sais que ce mot, souverain, fait pousser des boutons à beaucoup. Ca veut dire quoi, la souveraineté ? ca veut dire se libérer de la soumission, retrouver la liberté, tout simplement. Et donc trouver le moyen de sortir des contradictions dont je parle. Eh bien, en sortir, c’est effectivement l’élection d’une Constituante, personnellement je pense à partir des communes en remontant jusqu’au sommet, pour que le peuple, les citoyens retrouvent leur bien naturel, ce bien public qui s’appelle « Les institutions ».

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.