André Bellon
Président de l'Association pour une Constituante, www.pouruneconstituante.fr
Abonné·e de Mediapart

235 Billets

0 Édition

Billet de blog 22 juil. 2018

Une étrange démission

Un vent d’Ancien régime souffle sur la France avec ses courtisans, ses favoris, ses privilèges, son arbitraire. La situation oscille entre un pouvoir ultra autoritaire et la cour du roi Pétaud.

André Bellon
Président de l'Association pour une Constituante, www.pouruneconstituante.fr
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Un peuple désorienté se sent de moins en moins en République, de moins en moins en démocratie. Car il y a un peuple, car il y a une aspiration républicaine. La grande manifestation après le massacre de Charlie hebdo en fut une projection. Les rassemblements spontanés dans toute la France, et symboliquement sur les Champs Elysées, à l’occasion de la victoire à la coupe du monde de football en furent une autre de même que les déclarations des joueurs affirmant leur attachement à la France et à la République. On peut évidemment gloser sur le côté « populiste » de tels gestes. Mais laisse-t-on aux citoyens d’autres voies pour affirmer leur existence, leur fraternité, leurs aspirations ?

Les citoyens sont de plus en plus coincés entre un pouvoir central qui ignore leurs droits et des communautaristes qui veulent les renvoyer à des identités parcellaires. Nous avions déjà évoqué, il y a quelques lois, le cas de Rokaya Diallo qui dénonce avec permanence un supposé « racisme d’Etat » à la française. Apparemment appréciée par la presse américaine, elle vient de se répandre dans les colonnes du Washington Post pour y stigmatiser une fois de plus la France. Se sentir plus à l’aise aux Etats-Unis n’est pas nouveau ; fustiger une histoire de France en se référant à celle des Américains est pour le moins étrange. Faut-il par exemple rappeler que ceux-ci n’acceptèrent de livrer du matériel à la 2ème DB de Leclerc qu’à la condition qu’il n’y aurait plus de combattants noirs dans ses rangs ? Faut-il rappeler que les Noirs américains n’obtinrent la citoyenneté qu’en 1964 ?

Toute l’Histoire de la République est un combat permanant pour la citoyenneté, l’égalité au-delà de toutes les différences, pour les principes énoncés par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Il est quand même significatif de voir les déferlements racistes dans d’autres pays européens après la victoire de la France, comme si le mélange particulier dans cette équipe était inadmissible, impensable, condamnable. Mais non, les communautaristes n’en ont cure : le modèle français est, à leurs yeux, par essence diabolique.

Qu’il y ait en France des racistes est évident, mais la République n’est pas raciste.

Le retour des argumentaires ethniques est la conséquence de politiques qui tournent le dos à un contrat social humaniste et social, qui s’éloignent de plus en plus des principes qui sont à la base de nos institutions républicaines. Tant de groupes ensuite manipulent cette situation pour faire avancer leurs intérêts particuliers sans réfléchir à l’intérêt général. Et l’autoritarisme du pouvoir fait son miel de ces divisons artificielles.

Nous vivons une étrange démission. La volonté d’affaiblir l’Etat, de relativiser la volonté humaine, s’étend de plus en plus et les dernières palinodies autour du gouvernement et de la Présidence réduisent l’intérêt général à la dimension de la peau de chagrin. Faut-il s’étonner alors de voir chaque groupe, chaque communauté, revendiquer sa part ? L’explosion n’est pas inévitable, mais il faut, dès aujourd’hui, un véritable sursaut républicain au-delà des différences. Appeler à l’élection d’une Assemblée constituante est le symbole démocratique et pacifique qui pourra rassembler les volontés aujourd’hui parcellisées.

André Bellon

Ancien Président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale

Auteur de « Ceci n’est pas une dictature »

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
En Inde, après l’attaque contre Rushdie, le silence éloquent des politiques
« Les Versets sataniques » ont été interdits en Inde, son pays natal, en 1988. Un an avant la fatwa prononcé par l’Iran contre Salman Rushdie, qui allait faire de sa vie un enfer. Son agression aux États-Unis en fin de semaine dernière n’a suscité aucune réaction officielle, dans un pays où les condamnations au nom du respect des croyants hindous se multiplient.
par Côme Bastin
Journal
Franquisme : des historiens démontent les thèses révisionnistes relayées par « Le Figaro »
La publication dans un hors-série du « Figaro » d’un entretien-fleuve avec l’essayiste d’extrême droite Pío Moa, pour qui les gauches sont entièrement responsables du déclenchement de la guerre civile en Espagne en 1936, suscite l’indignation de nombreux historiens. Retour sur une entreprise de « falsification ».
par Ludovic Lamant
Journal — Amérique Latine
Au Chili, la menace d’un refus plane sur la nouvelle Constitution
Face aux crispations sur certains points de la nouvelle Constitution, le gouvernement chilien prévoit déjà des réformes au texte en cas d’adoption par référendum le 4 septembre. Une position défensive qui témoigne de l’étroitesse du chemin vers la victoire du « oui ». 
par Mathieu Dejean
Journal — Amériques
Le jeu dangereux du Parti des travailleurs avec les militaires
Créé par Lula en pleine dictature, le PT, une fois au pouvoir, a malgré tout entretenu des relations cordiales avec l’armée brésilienne. Puis des tensions sont apparues, jusqu’à faire revenir officiers et généraux dans l’arène politique, en faveur de Jair Bolsonaro.
par Jean-Mathieu Albertini

La sélection du Club

Billet de blog
De quoi avons-nous vraiment besoin ?
[Rediffusion] Le choix de redéfinir collectivement ce dont nous avons besoin doit être au centre des débats à venir si l'on veut réussir la bifurcation sociale et écologique de nos sociétés, ce qui est à la fois urgent et incontournable.
par Eric Berr
Billet de blog
La sobriété, c'est maintenant ou jamais
Le bras de fer en cours avec la Russie autour des énergies fossiles est l’occasion d’entrer de plain-pied dans l’ère de la sobriété énergétique. Pourtant, nos gouvernants semblent lorgner vers une autre voie : celle qui consiste simplement à changer de fournisseur, au risque de perdre toute crédibilité morale et de manquer une occasion historique en faveur du climat.
par Sylvain BERMOND
Billet de blog
Leur sobriété et la nôtre
[Rediffusion] Catherine MacGregor, Jean-Bernard Lévy, et Patrick Pouyanné, directrice et directeurs de Engie, EDF et TotalEnergies, ont appelé dans le JDD à la sobriété. En réponse, des professionnel·les et ingénieur·es travaillant dans l'énergie dénoncent l'hypocrisie d'un appel à l'effort par des groupes qui portent une responsabilité historique dans le réchauffement climatique. Un mea culpa eût été bienvenu, mais « difficile de demander pardon pour des erreurs dans lesquelles on continue de foncer tête baissée. »
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
Réflexions sur le manque (1) : De la rareté sur mesure
Pour que l’exigence de qualité et de singularité de l’individu contemporain puisse être conciliée avec ses appropriations massives, il faut que soit introduit un niveau de difficulté supplémentaire. La résistance nourrit et relance l’intérêt porté au processus global. Pour tirer le meilleur parti de ces mécanismes psycho-comportementaux, nos sociétés "gamifiées" créent de la rareté sur mesure.
par clemence.kerdaffrec@gmail.com