Les samedis du confinement intellectuel, 23 mai 2020

L’Histoire est un enjeu. Ne dit-on pas que l’Histoire est écrite par les vainqueurs. Ce qu’il y a de sûr, c’est que, si on ne cherche pas à écrire l’Histoire, on est surement perdant.

C’est pour cela qu’il est important de revenir, aujourd’hui et pas seulement parce que c’est le 15ème anniversaire, sur le 29 mai 2005. Pourquoi y a-t-il eu un évènement ce jour-là ? Tout d’abord parce qu’un certain nombre d’obsédés de la mondialisation avaient concocté un nouveau traité, le Traité Constitutionnel Européen, qui aboutissait à renforcer encore plus l’idée d’une Union Européenne fondée sur une gouvernance technocratique. Le peuple français, qui avait déjà beaucoup hésité sur Maastricht, a dit Non de la manière la plus claire à ce traité, à la fois par la participation et par le vote. Il y avait donc un résultat qui méritait analyse. Quel était-il ? Il était de dire qu’on constatait que le peuple français avait dit non à un traité qui était accepté par toutes les autorités importantes en France : le Président de la République, l’Assemblée nationale, et que, donc, se posait une question de légitimité qui aboutissait assez naturellement à poser la question des institutions. Est-il normal que la direction d’un pays soit portée par des gens dans lesquels le peuple français ne se reconnait pas ? C’est d’ailleurs pour cela que nous avons fondé, un petit peu après, l’Association pour une Constituante.

Oh, quand on regarde ce qui s’est passé lors du vote, on constate que, dans tous les partis, il y avait débat : au sein de l’UMP (c’était alors son nom), il y avait des gaullistes orthodoxes qui étaient contre le traité ; au sein du PS, des personnalités telles que Fabius ou Mélenchon militaient pour le non ; et puis, il y avait des tas de petits partis qui étaient pour le non. Or, que se passe-t-il après le vote alors qu’on pouvait penser que la question de la légitimité était posée, la plupart des responsables ne parlent que d’une chose : participer, gagner la présidentielle qui s’annonçait. A l’UMP, on voit par exemple des personnalités telles que Barouin, expliquer que, même s’il n’est pas vraiment d’accord avec Sarkozy, il faut être avec lui car il peut faire gagner. Gagner quoi, pour quoi ? Au PS, se tient un congrès après ce 29 mai et, à ce congrès, Fabius, Mélenchon et d’autres se rallient et font synthèse avec françois Hollande, cela bien entendu dans la perspective présidentielle. Dans les petits partis, en particulier à l’extrême gauche, l’obsession est de savoir qui sera le candidat du « non de gauche » à la présidentielle. Comme s’il y avait un « non de gauche alors qu’il y avait un non du peuple français. Le tout avec le résultat catastrophique que l’on sait.

Tous ne pensent plus qu’à ça. C’est-à-dire que la présidentielle submerge ce qui, à mon sens, était le véritable enjeu, à savoir la légitimité des institutions en place et donc la nécessité de repenser la règle du jeu. Dans u tel contexte, où seule la présidentielle comptait et où tout le reste avait disparu, il n’est pas étonnant que celui qui a été élu, Sarkozy, bafoue le vote des français puisque la vraie question posée par le vote des français avait disparu. Et il le fait relativement tranquillement.

On nous dira que c’était il y a 15 ans. Mais est-ce très différent aujourd’hui ? Alors qu’une autre présidentielle s’annonce, de quoi parle-t-on ? Des institutions ? de la manière de retrouver la capacité de représenter le peuple dans ce contexte très particulier que nous vivons ? Pas du tout ? Mais de qui va gagner la présidentielle ? Comment se rassembler pour la gagner ? A l’extrême pourquoi n’a aucune importance. Il faut gagner. Oh, certains, plus subtils que d’autres disent qu’ils veulent la gagner pour ne pas être vraiment Président. On avait déjà entendu cela venant de François Mitterrand. Rappelons-nous lorsqu’il disait : « l’obsession de la droite, garder le pouvoir, mon projet, vous le rendre » ! La vraie question, c’est que ce système ne permet plus au peuple d’exercer son droit naturel en démocratie, qu’on appelle d’ailleurs la démocratie. Et donc, cette question doit être posée le plus vite possible pour qu’elle se passe dans des conditions tranquilles, normales, pacifiques, rassembleuses, correspondant d’ailleurs à une tradition historique en France. Il y a eu 6 constituantes dans notre histoire. Le peuple français doit retrouver son bien naturel que sont les institutions. A samedi prochain.

 

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