Le maire de Phalsbourg déjeunera avec les gilets jaunes plutôt qu’à l’Elysée

Avec l’accord de Dany Kocher, maire de Phalsbourg, nous publions ci-dessous la lettre qu’il a adressé à Emmanuel Macron pour lui dire qu’il refusait son invitation à l’Elysée et qu’il serait au même moment avec les gilets jaunes de Phalsbourg.

Ce geste de courage, marqué par le panache, est symbolique d’une recherche républicaine qui semblait bien abandonnée de nos jours. Oui, la démocratie reste vaillante dans les communes.

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Le maire de Phalsbourg à

Monsieur le Président de la République

Palais de l’Elysée, 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré 75008 Paris

Monsieur le Président de la République,

Je vous remercie pour votre invitation au Palais de l’Elysée mardi 26 février, en compagnie de tous les maires de « chefs-lieux de cantons » de la région Grand Est.

Je décline cette invitation. Pour plusieurs raisons :

- L’invitation m’est parvenue par mail le 20, lue le 21 février, avec un délai de réponse pour le 22.

Le délai est singulièrement court pour m’organiser.

L’Elysée est pourtant doté d’un staff impressionnant pour anticiper de telles organisations.

Le 26 février, je défends les intérêts de la commune dans un dossier en cours d’appel à Metz, j’ai à valider le départ de la note du prochain Conseil municipal (obligation légale), j’ai une réunion du syndicat des eaux avec vote du DOB (obligation légale), et un Conseil de la Communauté de Communes que je préside avec vote du DOB (obligation légale).

La période est particulièrement chargée pour les maires, entre les « Débats d’Orientation Budgétaire », les votes des budgets, le recensement de la population qui se termine…

Malgré votre soudain intérêt pour la fonction, vous n’avez semble-t-il pas encore tout à fait pris la mesure de nos missions et de l’ampleur de nos tâches.

Bien entendu nous savons, souvent, nous adapter aux urgences et aux imprévus.

Mais votre invitation, fait-elle partie des urgences ?

- Cette année j’ai été déféré par le procureur devant un tribunal correctionnel, et condamné, pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui ». Pour une lacune purement administrative liée à un établissement relevant du public ».

Ayant déjà été à l’Elysée et ayant pu observer que les normes de sécurité liées à l’accueil du public n’y sont pas toutes respectées (même si vos invités ne sont pas considérés comme du public »), je ne voudrais pas qu’il vous arrive une pareille mésaventure si vous dépassiez, à cause de moi, le nombre de convives habituellement autorisé par mètre carré. Je préfère donc m’abstenir.

- Pourquoi inviter, drôle d’idée, les maires des chefs-lieux de cantons, sachant que le canton n’existe plus dans ce pays. Si ce n’est en tant que circonscription électorale, soit un ou deux dimanches tous les 6 ans, pour désigner des binômes sexués de conseillers départementaux, élus d’une assemblée qui n’a plus pour compétence que les yeux pour pleurer (et qui ne peut même plus décider des vitesses à appliquer sur son propre réseau routier).

Mais le sujet a priori anodin est pourtant d’importance. La transformation des anciens cantons en nouveaux cantons, pourtant vidés de leur substance et leur « mutation » progressive en communautés de communes, qui n’ont toutefois pas les mêmes périmètres, tout cela ajouté à de multiples autres modifications, symbolise bien le « foutoir » de ce pays : la complexité est telle et les changements si nombreux que plus personne n’y comprend rien. Plus personne ne sait qui est qui et qui fait quoi. Les élus et les fonctionnaires perdent leur temps et leur énergie en réunions et paperasses inutiles et perdent tout crédit auprès de la population qui perd confiance et se sent légitimement abandonnée.

Complexité de nos institutions : voilà bien la plus grande raison pour laquelle la France ne tourne plus.

Alors j’imagine que votre sélection « maires de chefs-lieux de cantons », doit en fait vouloir rassembler des maires de « bourgs-centres » ruraux, qui dans l’ensemble ne cessent de perdre leur vitalité par l’effet de 40 ans de politiques libérales mercantiles.

Vous pourrez lire la suite par le lien https://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?article1608

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