Fabienne Terral-Calmès vs. Benoît Duquesne ou encore service public vs. service public !

Ce soir 10 juillet 2014, France 2 rend hommage à Benoît Duquesne « décédé brutalement le 4 juillet dernier ».

Initiative tout à fait digne et louable d’une corporation qui rend hommage à l’un des siens. Benoît Duquesne était très apprécié de ses collègues, unanimes pour louer ses qualités de journaliste et grand reporter.

Cet hommage, diffusé avec force annonces et promotion sur France 2 sera donc accessible à tous les français - miracle de la télévision - qui souhaitent s’y associer et c’est très bien ainsi, car il ne fait aucun doute que cet hommage est fort probablement mérité.

Par ailleurs, vu l’ampleur des moyens mis à disposition pour la tenue de cet hommage et le rayon de diffusion qui lui est donné, on peut dire qu’il s’agit d’un hommage national.

 Bon admettons, mais imaginons un instant que la corporation à laquelle appartenait Fabienne Terral-Calmès, la jeune institutrice d’Albi assassinée dans l’exercice de son métier, décide tout aussi spontanément et naturellement que France 2 de lui rendre un hommage national.

Comment faire alors ?

Eh bien supposons que la corporation, à l'instar de France 2, utilise les ressources qui lui sont propres pour cet hommage national.

On peut imaginer par exemple que dans toutes les écoles de France, dans tous les collèges de France, dans tous les lycées de France, les professeurs utilisent 30 minutes, une heure, voire deux heures de leur temps de cours pour inviter élèves, parents, familles, citoyens de tous bords dans leurs locaux afin de rendre hommage à leur collègue brutalement disparue. Pour la communication, ils pourront choisir d'utiliser tout le matériel que leur employeur met à leur disposition (fax, téléphones, imprimantes, papier, sites internet…)

Bien entendu, les média seront convoqués.

Imaginons alors maintenant le 13h ou le 20h de France 2 relatant cet événement :

-   un zeste de micro-trottoir afin de donner la parole aux otages (chacun pourra imaginer ici les otages qu’il veut, dans un micro-trottoir il y a toujours des otages ou des usagers en galère)

-   un zeste d’ « info » pour dénoncer le côté scandaleusement corporatiste de cette initiative et aussi parce qu’un vrai journaliste se doit de dire la vérité aux téléspectateurs.

-   éventuellement un zeste de parole donnée à un expert, spécialiste de la corporation en question.

-   La suite maintenant avec le grand rush des vacances, la météo capricieuse, le taux du livret A…

 J’ai beau savoir (voir ici) que Fabienne Terral-Calmès, comme tous les citoyens dénués de pouvoir, de reconnaissance et de visibilité, ne fait pas le poids dans la balance des choix éditoriaux, je ne m’y fais toujours pas et reste convaincu qu’il ne faut rien lâcher.

Hommage à toi Fabienne Terral-Calmès, dont le service rendu à la nation pèse au moins autant que la diffusion de magazines ou de reportages.

 

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