Lettre à Emmanuel Macron, Président de la République.

Face au changement climatique, à la dette mondiale qui augmente fatalement, et à la degradation des service publics et régaliens que Covid-19 met en évidence, nous devons résolument sortir de la financiarisation qui a causé ces crises ou bien nous a paralysés et spoliés de la capacité indispensable d'investir à très long terme,

Monsieur le Président,

Quand vous avez dit que « déléguer notre capacité de soigner à d’autres est une folie »,

Quand vous avez parlé de « changer de modèle », d’"interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies" – vous avez bien dit décennies, semblant nous rappeler correctement que la financiarisation de l’économie a commencé dans les années 80,

Quand vous avez dit, parlant de la santé, qu’"Il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché",

J’ai compris avec un immense soulagement, comme la majorité des Français, que vous aviez enfin compris les maux de la financiarisation de l’économie mondiale, et engagé la France, et aussi l’Europe, dans le combat contre celle-ci.

Or nous apprenons que, fidèle aux grands défenseurs français de cette financiarisation, vous prévoyez de nous engager de nouveau, avec une impulsion nouvelle, vers les Partenariats Public-Privé, le véhicule essentiel pour redonner le pouvoir souverain à la financiarisation, par le truchement du marché boursier, de l’optimisation fiscale qui rend légale le pillage des humains et de la nature, et du réseau mondial des paradis fiscaux qui en ce moment coute rien qu’à la France au moins 70 milliards par an de manque à gagner fiscal.

Je pensais que vous aviez appris que l’alternative existe à ce mode de financement inique et destructeur, et existe aussi au financement direct des services publics par le budget de l’État. Car cette alternative est décrite, étudiée et évaluée par de nombreux laboratoires d’idées dans le monde, dont en France. Amère déception ! Je me joins à la foule de Françaises et Français qui vous rappellent aujourd’hui vos promesses. Il faut que la France en finisse avec la financiarisation, une politique qui ramène tous les objectifs de développement et de création de richesses à la seule Valorisation Maximale des Intérêts de l’Actionnaire (Stockholders’ Value Enhancement.)

Cette fois, au moment où la France comme le Monde fait face à trois crises simultanées :

  • Une dette vertigineuse qui s’aggrave au seul profit des intérêts financiers ;
  • un changement climatique trop rapide pour que les écosystèmes aient le temps de se renouveler ; et
  • une épidémie qui montre au grand jour à quel degré de délabrement la financiarisation, par sa politique de bas salaires, de coupes budgétaires dans les dépenses et aussi dans les investissements, de délocalisation (que ferions-nous en ce moment même sans les fournisseurs chinois et indiens ?) a entrainé la Santé Publique, en même temps d’ailleurs que l’Éducation, la Sécurité, et autres missions régaliennes et stratégiques,

Il est plus que temps de respecter vos engagements.

Très respectueusement,

André Teissier du Cros, Président honoraire et Fondateur, Comité Bastille

 

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