La crise de notre temps est fondée sur l'Étalon-Dette.

Monnaie-or et monnaie fiduciaire furent toutes les deux défendables. Mais tous les systèmes monétaires depuis 1945 (Étalon Or de change, Système Monétaire Européen, Maastricht…) sont désuets. Nous vivons sans l’avoir décidé avec l’Étalon-Dette. Il est extrêmement dangereux. Pour en sortir, il faut un accord international fondant un nouveau Bretton-Woods (1945). Il est envisageable aujourd'hui.

La théorie aristotélicienne : La monnaie doit toujours avoir une valeur objective, c’est-à-dire hors d’atteinte des pattes sales des gouvernements, financiers et autres décideurs, parce que convertible immédiatement à un taux fixe en une denrée d’usage et de valeur universellement reconnue, et physiquement inerte, afin qu’elle ne se dégrade pas avec le temps. L’or est le plus souvent cette référence… et reste très présent.

La monnaie indexée sur l’or à parité fixe a régné de 1815 à 1914 au point que Jules Verne, dans ses fameux romans, n’hésitait pas à y citer ces cours gravés dans le granit : Une once d’or valait 20 Dollars, 4 livres sterlings, et 100 Francs. Un système qui avait ses avantages : Avec quelques pièces d’or on pouvait faire le tour du monde (peut-être pas toujours en quatre-vingt jours…) et acheter n’importe quelle marchandise ou service.

La théorie platonicienne : La monnaie est par nature fiduciaire, c’est-à-dire fondée sur la confiance de fait que lui accordent les acheteurs, vendeurs, salariés et investisseurs. Il est facile de le démontrer : Imaginez Robinson Crusoé dans son ile déserte découvrant une tonne de pépites d’or natif: elle ne lui servira à rien. Sa rencontre avec Vendredi, l’indigène de passage, n’y changera rien. Par contre si Vendredi lui dit : Tu ne le sais pas, mais moi je sais que notre ile fait partie d’un archipel. Pas tellement loin il y a un comptoir portugais, et avec cet or on va pouvoir leur faire faire des tas de choses, etc., cet or prend une valeur au moment même ou Vendredi a divulgué une information et ou Robinson lui fait confiance. Valeur négative d’abord, parce qu’il faudra partager l’or avec Vendredi, et qu’il faudra d’abord dépenser quelques pépites pour faire venir l’équipement et les esclaves pour convertir cet or en lingots assez purs pour être présentables…

Donc la réponse de Platon serait que la valeur en soi de cet or n’a rien d’objectif : Elle nous ramène toujours à la confiance qu’une population suffisamment importante, aux pratiques déjà marchandes, lui accordera. Le négociant en ferraille dira à Robinson : Tu prétends que c’est de l’or ? Donnes ta pépite, que je la pèse et que je mesure son volume donc sa densité, et que je vérifie à l’œil que c’est de l’or et pas de la vulgaire pyrite. Moi j’te dis que c’est pas de l’or ! Tiens, je suis un brave type et c’est Dimanche, alors je te donne trois Dollars de ton sac… Ce négociant qui parle ainsi a tout pouvoir, parce que lui sait ce que cela prendra de convertir la pépite en or certifié, parce que lui a des Dollars-or dans sa poche et lui peut payer, et parce que c’est un professionnel s’appuyant sur un réseau de confiance.

Et ses Dollars-or à lui sont reconnaissables : On y voit l’effigie de l’Etat fédéral, qui est la figure de l’aigle américain portant le bouclier aux bandes verticales symbolisant les Etats de l’Union. C’est bien souvent un Etat, ou un monarque, qui certifie ainsi la valeur objective. Sauf quand il se met à tricher bien sûr, allant jusqu’à vous donner un Dollar de papier, puis une simple ligne de crédit dans votre compte bancaire. Et la pépite d’or, par des voies détournées, est devenue… une monnaie fiduciaire.

Mais les deux points de vue valent d’être respectés parce qu’en effet là où il y a confiance, il y a tromperie, fraude et corruption potentielles. Et l’Etat peut tout aussi bien soutenir la confiance, ou bien participer à la corruption. Donc les théoriciens de la monnaie objective n’ont pas tort : Le droit régalien qu’avait autrefois l’Etat de frapper monnaie signifiait que l’Etat contrôlait la totalité de la monnaie en circulation, donc la masse monétaire. Hier, c’était le nombre des pièces de métal qui circulent. Aujourd’hui, le pouvoir de frapper monnaie n’est plus régalien, il appartient à une banque dite centrale, la Banque Centrale Européenne (BCE) pour l’Euro ; et c’est la totalité du crédit qu’elle accorde aux banques et qu’elles accordent à leur tour à vous ou moi qui constitue cette masse monétaire. N’est-ce pas étrange ? Peu à peu depuis les années 70, dette et masse monétaire se sont confondues[1] et chaque fois que vous achetez une voiture à crédit vous augmentez la dette française !

Les plus modernes défenseurs de la monnaie fiduciaire sont ceux qui ont eu le plus d’influence dans les pays pratiquant l’Economie Sociale de Marché (improprement appelé ordo-libéralisme). Ce qu’ils défendent est non pas une théorie, mais une politique concrète, qu’ils ont vu appliquer sur le terrain (Suisse, Allemagne, Autriche, Scandinavie…) avec un succès persistant depuis quelques décennies. Cette politique se résume ainsi... la suite sur www.comitebastille.org

 

[1] Voir comment sur le très intéressant document https://www.banque-france.fr/fileadmin/user_upload/banque_de_france/archipel/publications/bdf_bm/etudes_bdf_bm/bdf_bm_92_etu_2.pdf

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