Italie, RSF et la liberté d'information

Le classement sur la liberté d'information publié par RSF cette année voit la France en 39ème position. Encore plus bas, en 52ème position, nous trouvons notre voisin, l'Italie. Ceux qui connaissent ce pays, pour y être née, y avoir vécu ou y être liées par une raison ou une autre, ne seront pas surpris de retrouver ce pays entre la Papouasie Nouvelle Guinée et Haïti. Ce qui surprend, toutefois...

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Le classement sur la liberté d'information publié par RSF cette année voit la France en 39ème position. Encore plus bas, en 52ème position, nous trouvons notre voisin, l'Italie. Ceux qui connaissent ce pays, pour y être nés, y avoir vécu ou y être liés par une raison ou une autre, ne seront pas surpris de retrouver ce pays entre la Papouasie Nouvelle Guinée et Haïti.

Ce qui surprend, toutefois, les connaisseurs (et qui m'a surpris) c'est de trouver, dans le petit encadré sur les "motivations" de ce positionnement, la raison suivante:

“Le niveau des violences perpétrées contre les reporters (intimidations verbales ou physiques, provocations et menaces…) est très inquiétant d’autant que certains responsables politiques – comme Beppe Grillo du Mouvement 5 étoiles (M5S) – n’hésitent pas à communiquer publiquement l’identité des journalistes qui les dérangent.”

Beppe Grillo? L'ancien humoriste, leader du Mouvement Cinq Etoiles, s'est pourtant battu pendant des longues années pour une vraie liberté d'information dans le pays ou pendant des années Berlusconi a pu contrôler les principaux médias du pays (ses chaines privés, ses journaux, plus les chaines publiques de la RAI contrôlées par le gouvernement).

Quand le Parti Démocrate lui a succédé au gouvernement avec Matteo Renzi et l'ancien bras droit de Berlusconi, Angelino Alfano et son parti "Nouveau Centre Droit" les choses n'ont pourtant pas changé en mieux.

Pour ne citer que quelques exemples:

- les attaques verbales envers les journalistes non alignés par des représentants du Parti Démocrate comme le président de la région Campania Vincenzo De Luca ou ses députés vis à vis du journal Il Fatto Quotidiano, mis au pilori lors de la kermesse "Leopolda" du premier ministre de l'époque Matteo Renzi, qualifiant le journal de "Falso Quotidiano" (Le Faux (au) Quotidien);

- les menaces de fermeture envers les émissions d'enquête quand elles se sont intéressées aux affaires du Parti au gouvernement (Report, Raitre);

- les menaces de poursuites de la part de Ministres en exercice (Alfano) envers des émissions critiques (Gazebo, Raitre);

- le limogeage de journalistes dont l'organisation de leur émission politique ne convenait pas (Ballarò, Giannini) ainsi que de directeur de chaine (Andrea Vianello, Raitre). Leur faute? Interviewer des élus du M5S ou des syndicalistes de gauche. Ils ont bien évidemment tous été remplacés avec des béni oui oui plus asservis.

Tout ça est malheureusement à l'ordre du jour, mais n'a mérité aucune ligne par Reporters Sans Frontières (RSF). Comment cela se fait-il?

Le collectif de journalistes a été mal informé par des sources italiennes? Ou pense-t-on vraiment que la liberté d'information en Italie est menacée par Beppe Grillo? Ce dernier est bien évidemment une personne qui peut être critiqué a bien des égards, en particulier sur la gestion controversée de son mouvement ces dernières années mais, rappelons le, n'a a ce jour, aucun pouvoir dans la gestion de l'information publique et privée en Italie.

Au moment ou j'écris ce billet, alors qu'en France on se scandalise à raison, pour les pressions faites par le ministre de la justice François Bayrou sur des journalistes à France-Inter, en Italie on limoge et on remplace le Directeur General de la télévision publique RAI par l'énième pion du système et cela dans le silence quasi total du monde de l'information, que ce soit italien, ou français.

Mise à jour du 22 juillet 2017: A signaler, pour le prochain rapport de RSF, également la perquisition de la police/brigade financière italienne dans les rédactions du journal Il Fatto Quotidiano et La Stampa suite à la publication d'informations sur deux affaires distinctes par deux journalistes (Marco Lillo et Gianluca Paolucci) sur la base des simples plaintes venant de l'entrepreneur Romeo pour l'un et de la compagnie d'assurance UNIPOL pour l'autre.

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