Italie: un sapin de Noel mérite plus d'encre qu'une affaire de corruption?

Le site Fanpage a mené une formidable enquete sous couverture, en infiltrant un ancien "mafioso" dans le milieu politique italien. Deux personnes ont déjà démissionné suite à la publication des premiers épisodes de cette enquete, dont le fils du président de la région Campania et deux incendies volontaires ont visé des proches des journalistes. Mais en France on préfère parler d'un sapin de Noel

BLOODY MONEY 3 - "Donnes-moi 50.000 euro": la mallette qui fait trembler la région Campania © Fanpage.it

Bloody Money, "argent ensanglanté" c'est le nom donné par l'équipe du site italien Fanpage à l'enquête dont le premiers épisodes, telles une série style Gomorra, ont été diffusés sur internet depuis quelques semaines en Italie et qui ont fait déjà tomber plusieurs têtes.

Protagoniste "sous couverture" un ancien boss de la mafia napolitaine (Camorra), Nunzio Perrella,"repenti" depuis 26 ans et qui, selon ses dires, en avait assez de voir que les choses n'avaient toujours pas changé.

Caméra cachés à l'appui, il fait alors semblant être revenu dans le système et propose ses "services" de "gestion des déchets" dans le milieu de la politique de la région de Naples. Avec une facilité impressionnante, il arrive très vite à rencontrer, entre autres, Roberto De Luca fils de l'actuel président de la région (Partito Democratico), qui depuis a démissionné de son poste d'adjoint au maire de la ville de Salerno, ainsi que le responsable de SMA Campania l'entreprise régionale publique qui s'occupe de déchets.

On y discute prix du déchet à la tonne, commissions à se partager, gestion sans appel d'offre par cause de "situation d'urgence", et surtout, les responsables politiques et d'affaires qui se succèdent, n'ont aucune envie de connaitre avec précision la destination de ces déchets dont il n'arrivent pas à se débarrasser (les fameuses Ecoballe). Cela malgré que la région soit déjà au centre d'un grand scandale d'enfouissement de déchets toxiques par la Mafia dans le passé (Terra dei Fuochi), avec des conséquences désastreuses sur l'environnement et la santé des habitants (un nombre de tumeurs et cancers qui explose).

Impliqués et disponibles à parler "affaires" avec l'ancien mafieux, responsables politiques et candidats aux prochaines législatives de droite comme de gauche. On arrive jusqu'à la livraison d'une mallette qui aurait du contenir 50.000 Euros en espèces mais à l'intérieur de laquelle notre mafieux repenti ne mettra que des déchets.

L'enquête promet d'autres retentissements avec les prochaines vidéos à venir, mais dès son premier épisode la justice a annoncé elle aussi l'ouverture d'une information judiciaire pour corruption et a hélas inclus dans celle-ci également les journalistes de Fanpage, soupçonnés eux d'"incitation à la corruption" aussi étonnant cela puisse paraitre!

Les principaux médias italiens ont essayé de taire l'affaire et d'en parler le moins possible, on préfère mettre en cause les méthodes de Fanpage, car ceux qui peuvent se dire vraiment indépendants du milieu politique sont rares et, surtout en pleine campagne électorale, une telle enquête est la dernière chose que les principaux partis auraient souhaité.

Le président de la région Campania, Vincenzo De Luca (Parti Démocrate) connu pour son amabilité, a parlé d'une campagne médiatique et d'une opération mafieuse et a promis de porter plainte. L'ancien premier ministre Matteo Renzi, également chef du parti au gouvernement, n'a pas souhaité répondre "à des journalistes visés par une enquête". 

Entre temps, ces derniers jours l'atmosphère s'est faite lourde avec deux incendies volontaires qui ont visé des proches des journalistes de Fanpage, heureusement sans faire de blessés.

Si l'on peut comprendre, sans pour autant l'accepter, qu'en Italie l'information soit biaisée par les conflit d'intérêts et les relations malsaines avec les politiques, il est quand même étonnant qu'en France les médias n'ait pas relayé ces informations.

En effet, quand il s'agit de raconter l'histoire du sapin de Noel de la ville de Rome (Spelacchio), les articles ne manquent pas, mais cette fois le silence est assourdissant. 

Aurait-il fallu que les impliqués dans cette affaire soient du Mouvement 5 Etoiles (5 Stelle) pour que la presse se déchaine?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.