Perquisition de Mediapart : A quoi joue le parquet de Paris?

Mediapart, l'un des principaux journaux d'opposition français, vient de goûter pour la première fois de son histoire à une perquisition diligentée par le procureur de la République de Paris. Au delà de la procédure qui a été bien expliquée par mon Confrère défenseur de Mediapart, quelle peut être la stratégie du parquet dans ce dossier?

Comment Rémy Heitz, nouveau procureur de la République de Paris a-t-il pu croire une seule seconde que deux de ses collègues accompagnés par trois policiers pourraient perquisitionner Mediapart à 11 heures du matin, sans avoir sollicité ou obtenu d'autorisation du juge de la liberté et de la détention?

On pourra gloser sur le fait que cette tentative a été opérée en pleine connaissance du fait que le directeur de la rédaction emblématique du journal était en train de ferrailler à l'autre bout de Paris avec le représentant de Denis Baupin au Tribunal Martin Bouygues et que la stratégie aurait été de sidérer des journalistes de Mediapart livrés à eux mêmes.

Clairement, les effectifs policiers très faibles pour une telle opération (notamment par rapport à ceux utilisés pour la perquisition du siège de la France Insoumise et de Jean-Luc Mélenchon) ont tendance à montrer que le parquet de Paris n'a jamais cru qu'il pourrait mener cette perquisition à bien.

Soit-il n'a pas pu obtenir l'autorisation du juge de la liberté et de la détention (ce serait plutôt rassurant) , et il a tenté un coup sans trop y croire en l'absence d'Edwy Plenel dont il a estimé un peu légèrement qu'il était le seul ayant l'envergure pour tenir têtes aux deux procureurs.

Soit-il ne croit absolument pas à la possibilité juridique pour cette procédure de prospérer mais il a reçu instruction directe (de l’Élysée via la Garde des sceaux) de procéder à une telle perquisition. Et quoi qu'on dise de la sujétion du parquet à l'autorité politique, ces choses là ont de plus en plus de mal à passer. Il existe au parquet des magistrats statutairement dépendants, mais intellectuellement libres comme les procureurs Eric de Montgolfier ou Oswald Baudot dont il faut lire et relire la harangue que le juge d'instruction David De Pas m'avait conseillé de lire un jour de concours de la Conférence.

Peut-on laisser le bénéfice du doute au parquet de Paris qui aurait volontairement tirer ce coup de semonce pour prévenir Mediapart que tôt ou tard un juge de la liberté et de la détention statutairement libre mais politiquement sous influence autoriserait une telle perquisition quitte à ce qu'elle soit ensuite annulée mais que la mal soit fait, à savoir la découverte de la source de Mediapart?

A moins qu'il ne s'agisse d'une manœuvre pour lever un lièvre et pousser Mediapart ou sa source à faire un erreur et à se révéler?

Ce coup de théâtre nous laisse tous pantois et nous plonge dans l'inconnu. Au lendemain d'une répression policière sans précédent depuis 1968, à la veille du vote d'une nouvelle loi scélérate qui vise à restreindre le droit de manifester, l'un des journaux qui a fourni l'opposition la plus farouche et la plus pertinente au gouvernement est intimidé et menacé de perquisition.

 Quoi qu'il en soit , nous, abonnés, par nos billets de blog ou nos commentaires, sommes tous des  contributeurs de Mediapart et devons considérer que nous avons tous subi une tentative de perquisition illégitime et déloyale .

La pente était déjà glissante , et du mauvais temps est annoncé. Il faut serrer les rangs .

 

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