Les chiffres sont têtus.
Les dirigeants du PMU avaient repoussé au plus loin possible la fameuse séparation des masses entre les jeux en ligne et ceux de son réseau de Bars-tabac-PMU. Placée à la mi-décembre, le meeting de Vincennes en toile de fond, tout l’attirail de consolidation des résultats du premier trimestre 2016 avait été mobilisé.
Tenue ‘secrète’ aux parieurs, une hausse des prélèvements sur les formules de jeux au premier janvier ne sera divulguée qu’à la mi-février, alors que les épreuves majeures du meeting accaparaient leur attention. Plus exactement, un ensemble de hausses sur les jeux à combinaisons, au coup par coup. Les jeux Simple furent épargnés pour tenir compte de leur sensibilité aux variations de cotes. A l’issue du premier trimestre, le taux des commissions était de 26,62 % contre 25,9 en 2015, une croissance non négligeable de 0.72 % qui explique à elle-seule l’évolution positive (+1.8 %) du produit brut des jeux du PMU. Encore une fois, ce sont les parieurs qui font les frais de la gestion calamiteuse des courses.
Un programme de meeting prolongé jusqu’au 05 mars 2016 (au 28 février en 2015) et augmenté de 50 courses, une rallonge de cinq réunions de trot qui remplaçaient opportunément cinq réunions de galop bien moins productives d’enjeux – 62 % de mises sur 53.75 % de courses de trot contre 38 % sur 46.25 % au galop sur le trimestre –.
Une campagne de promotion et de bonus exceptionnelle : rien que sur le web, qui représente 10 % des enjeux hippiques, tous opérateurs confondus, ce sont 8.7 millions d’euros distribués en bonus, soit un accroissement trimestriel de 34 % comparé au premier trimestre 2015. Notamment en bonus d’ouverture de comptes (170 € aux joueurs novices et 340 € pour ceux qui ont l’idée d’en ouvrir un autre au nom de leurs conjoints), autant de millions soutirés aux autres parieurs que les novices recycleront naïvement à perte et qui, aussitôt avertis, s’enfuiront à jamais, vaccinés de toute volonté de s’aventurer sur ces paris voués à la perte.
Les écuries aussi avaient été appelées à la rescousse : 268 favoris franchirent le poteau en vainqueurs, c’est-à-dire 38 de plus que lors du meeting précédent..., alors que les favoris à la faute – les DAI – furent d’un nombre équivalent (174 contre 173 l’an dernier)... Moins de favoris à la faute..., ont donné plus de favoris vainqueurs !... Un constat qui méritait d’être approfondi.
Si la pratique des ‘Dai pipé’ s’est poursuivie en semaine au même niveau qu’en 2014/2015 (16.39 % contre 15.34 % des favoris sur l’ensemble des épreuves), elle a été abandonnée pendant les weekends afin d’attirer le chaland (5.55 % de Dai seulement contre 7.94 % l’an dernier) par de nombreux favoris gagnants (11.85 % contre 9.7 %). Le phénomène a été si remarquable que l’ARJEL en souligne les effets dans son rapport trimestriel : « L’augmentation du nombre de Comptes Joueurs Actifs (CJA) provient principalement de deux pics de fréquentation des joueurs intervenus la semaine du 25 au 31 janvier 2016 et la semaine du 29 février au 6 mars. »..., les deux réunions du weekend du Prix d’Amérique, d’une part, ses 12 favoris gagnants pour 2 favoris Dai en 19 courses..., celle du Prix de Paris ensuite, ses 4 favoris gagnants et 2 Dai sur la réunion, où le crack Bold Eagle tentait en vain la conquête d’une Triple Couronne.
Cette débauche de combines n’abuse plus personne. Les turfistes de PMU.fr ont noté les conséquences du désarrimage des masses d’enjeux : au jeu Simple Gagnant, la cote moyenne des favoris était de 2.515/1 après le meeting 2015/2016 – elle s’établissait à 2.730/1 en 2014/2015 – donne un différentiel de 0.215/1, soit avec une cote arrondie des centimes de 2.5/1 contre 2.7/1..., 0.2/1 de moins qui vont accélérer d’autant plus le recyclage que les gains se sont encore réduits.
Le déclin du turf est entré en phase terminale. La légende du 'papier' est morte avec l'idée folle de paris hippiques rémunérateurs. Quelques rares turfistes s’y adonnent envers et contre le cours de l’histoire des jeux français. Eric Quéré en fait partie et poursuit sa quête quotidienne avec un certain succès, juste de quoi récupérer ses mises –134 gagnants à cote en 135 jours depuis le début de l'année – http://eric530701.over-blog.com/ Comme un défi impossible aux techniciens des courses qui s’ingénient à les faire perdre. Beaucoup s’en vont : au premier trimestre, l’ARJEL insiste sur « les tendances déjà constatées d’un désintéressement des joueurs engageant le montant de mises les plus élevées et d’une réduction globale du budget des joueurs. » La part des joueurs qui dépensent plus de 300 € par trimestre est en décroissance constantes, rares sont ceux qui engagent plus de 10 000 € et les turfistes à plus de 50 000 € ont tout simplement disparu. Le turf est déjà mort !..., Vive la loterie.
Ce sont les joueurs qui ont dépensé moins de 30 € ou entre 30 et 100 € par trimestre (10 € à 33 € par mois !) qui forment désormais le plus gros des troupes. Le niveau de dépense mensuel d’un acheteur occasionnel de tickets de Loto...
Les soubresauts d’une stratégie sans lendemain.
Les technocrates ne désarment jamais. Les stratégies de manipulation de masse de la société de consommation du XXème siècle sont obsolètes, mais ils persistent à les appliquer aveuglément : « Un quart des 12 800 points de vente du réseau PMU ont été renouvelés et sont désormais segmentés avec les nouveaux formats de points de vente happy PMU, PMU express et PMU, en fonction des différentes typologies de clients. » Les anglicismes forcenés d’un marketing désuet buttent sur une réalité sociologique qui crève les yeux : la jeunesse à en horreur la fréquentation des Bars-tabac..., la génération Z plus que toute autre, elle serait même la première depuis longtemps à ne pas se laisser abuser par l’addiction au tabac.
« En septembre, l’entreprise a mis en place sur l’ensemble des hippodromes parisiens un service nouveau et adapté à chaque profil de parieur pour les accompagner tout au long de leur expérience de jeu sur l’hippodrome. » se félicite le PMU. Hormis l’affluence des réunions ‘événements’, les hippodromes sont déserts depuis vingt ans !... La réponse est sans appel, six mois plus tard : « la baisse de la fréquentation des jeunes joueurs..., le nombre de CJA pour les 25 à 34 ans baisse de 2 %. » constate l’ARJEL.
La dotation aux Principautés des courses a été réduite de près de 50 millions d’euros cette année. Ces 806.7 millions d’euros faramineux et le service du milliard annuel à l’Etat seront sérieusement rabotés en 2016. Et c’est tant mieux.
Les dirigeants du PMU.fr, placés au même niveau désormais que leurs sept opérateurs privés concurrents – depuis la séparation des enjeux sur le web et sur son réseau de Bars-tabac –, devraient méditer sur les conclusions du Rapport d’activité 2014/2015 de l’ARJEL : « Le pari hippique, qui a vu en 2014 son volume de mises en ligne reculer de 7 % est parvenu à dégager un excédent d’exploitation (+14 millions d’euros).... 6 des 8 opérateurs actifs sur ce segment connaissent pourtant un déficit d’exploitation. Ces six opérateurs sont restés constamment déficitaires sur la période. Au total le résultat d’exploitation des opérateurs de paris hippiques, cumulés depuis l’ouverture, fait apparaître une perte d’exploitation de 53 millions d’euros »... « La profitabilité des opérateurs reste pourtant très insuffisante, avec une perspective d’apurement des pertes accumulées depuis 2010 très hypothétique et pour le moins lointaine. » Une situation qui indiffère en hauts lieux : le décret d'application de la Loi de 2010 programmait une clause de 'revoyure' avec les opérateurs en 2015..., ils attendent encore d'être convoqués !...
En 2016, les enjeux sur PMU.fr flirteront avec les 730 millions d’euros de 2010, l’année de l’ouverture à la concurrence sur le web ; les enjeux sur le réseau des 12 800 Bars-tabac seront en dessous des 7 milliards 21 millions du même réseau en 2003..., mais avec 8 142 guichets points de vente. Une performance qui alerterait n'importe quel investisseur censé. Or les produits des paris sportifs, du poker et des courses à l’international ne compensent pas, loin s’en faut, les ressources du recyclage des paris hippiques – le produit des 7.3 milliards d’euros d’enjeux des Bars-tabac supposerait 12.4 Mds€ en paris sportifs –.
La fuite en avant du tout numérique, qui alimente les discours et les déclarations d’intention, ne remédiera pas à l’absence de réflexion stratégique de fond sur le destin des courses et des chevaux dans notre société. Les perspectives d’avenir s’amenuisent au fil des jours, les moyens s’étiolent, les marges de manœuvre s’étrécissent. Les turfistes ne reviendront pas..., le turf est déjà mort ! Reste le spectacle cocasse de l'intra muros des Principautés fantoches des courses. Ses énarques appliqués à peler la misère des classes populaires. Voir et écouter la prestation de M. Xavier Hürstel sur Vox Pop d'Arte..., et rire encore de l'absurde prétention des technocrates à la française qui ne doutent surtout de rien, encore moins d'eux-mêmes : " le Pari Mutuel, c’est à la fois une vieille entreprise française et c’est aussi une entreprise qui va être un ‘pure player’/° internet, une entreprise qui va être un leader mondial, un leader européen face aux grands de ce monde pour développer le pari sur les courses. » https://www.youtube.com/watch?v=RhmJOiT3Wq8
/° = ‘tout en ligne’, en français - :
A.Gw