‘Requiem’ pour les courses hippiques !

La publication de résultats semestriels catastrophiques offre un spectacle instructif et désolant... Cette mauvaise nouvelle pour le milieu des courses, l’est moins pour les joueurs, bien moins encore pour les repentis. Les réactions de l’intra muros, tous peu ou prou financièrement intéressés, n’augurent rien de bon... Sinon d’inciter les parieurs sous influence à s’en éloigner au plus vite !

Les noirceurs funestes de l’agonie...

Le 14 mai dernier, je chiffrais ‘Le déclin du turf en phase terminale’ : « En 2016, les enjeux sur PMU.fr flirteront avec les 730 millions d’euros de 2010, l’année de l’ouverture à la concurrence sur le web ; les enjeux sur le réseau des Bars-tabac-PMU seront en dessous des 7 milliards 21 millions du même réseau..., en 2003. » Les résultats semestriels confirment ce sombre pronostic financier : une chute de 12 % des enjeux sur le web donne 723 millions d’euros d’enjeux en projection annuelle (821 M€ en 2015, soit une baisse de près de 98 millions) ; une chute de 4.5 % sur le réseau des Bars-tabac-PMU qui totaliserait 7 milliards 31 millions en fin d’année (7 362 M€ en 2015, soit une baisse de 331 millions). Une perte de 429 millions d’enjeux sur une année, qui ramènerait le solde annuel à 8,563 Md€ !... Un niveau d’enjeux hippiques équivalent à ceux de 2006 (8.106 Md€) et 2007 (8,842 Md€)..., et, pour les seuls Bars-tabac-PMU, équivalent aux enjeux de 2003 !.

L’ingratitude de quelques tenanciers de Bars-tabac-PMU provocateurs.

Les milliers de Bars-tabac-PMU – ..., « c’est la République ! », s’énervait tout récemment Monsieur Hürstel sur Arte  [@] –, sont d’abord les comptoirs à licences de l’alcoolisme, du tabagisme et de l’addiction aux jeux. Leurs arrières salles servent parfois d’incubateurs aux idéologies marginales, décalées, non-conformistes. Mais ils restent des lieux de vie incontournables de nos cités, même les seuls lieux de rencontres accessibles du matin au soir à la campagne, qui manque de divertissements. Le financement de cent trente millions d’euros de travaux de rénovation des estaminets  – la Française des jeux mène une opération similaire sur son réseau physique – est d’abord un soutien à l’économie locale de l’artisanat et de l’industrie équipementière. Ces investissements n’ont pas eu d’incidence sur le niveau de collecte des paris. Tous ces efforts en vue d’améliorer l’accueil des joueurs sont décevants et témoignent de l’indifférence du public pour les paris hippiques..., seulement pour les paris hippiques !... 

Cent trente millions d’euros..., grosso-modo une moyenne de dix mille euros par établissement..., dix mille euros payés cash par les parieurs...., dix mille euros qui enrichissent les fonds de commerce privés des propriétaires de bars. Une moyenne qui est en réalité le minimum de la participation financière du PMU..., car au vu de l’état des trésoreries des cafés, seule une partie des milliers de Bars-tabac-PMU ont pu s’associer à cette opération. Mais alors, combien ?..., à quels niveaux financiers de participation du PMU ?... Près d’ici, dans la ville voisine, il y avait encore six bars l’an dernier: deux ont fermé, sans repreneurs – dont un PMU – et les locaux sont toujours vides ; les deux plus florissants, les mieux situés – points de vente de la Fdj  – viennent d’être restaurés de fond en combles ; les deux autres, déjà vétustes, sont condamnés à plus ou moins brève échéance. Bien entendu, ce volet financier et économique est et restera confidentiel... Même les deux cents, paraît-il, bistrotiers du pseudo Mouvement des parieurs se sont bien gardés de communiquer sur le sujet. D’autres chats à fouetter les préoccupent, il est vrai. Au fait, combien d’entre eux ont bénéficié des largesses des monopoles des jeux ?....

L’entraineur M. Jean-Paul Gallorini en est le président d’honneur, paraît-il. Porte-drapeau prosélyte de l’idéologie nationaliste sur les hippodromes, son parrainage  d’un mouvement d’inspiration poujadiste n’a rien d’étonnant. Doté d’une grande gueule à cocarde franchouillarde, Monsieur Gallorini est connu pour ses sorties fracassantes et provoque les regards écarquillés en arborant sans honte des cravates tricolores du plus mauvais goût, aux réunions événementielles d’Auteuil. Certes spectaculaire, cette vulgarité populiste est hautement toxique pour l’image des courses.

Le mouvement, qui se réclame de lui à haut verbe, est marginal, isolé aux fins-fonds du cul de basse-fosse de l’intra muros. Ce qui ne l’empêche pas de perturber de temps en temps le déroulement des courses, ni de brandir des pancartes aux portes des hippodromes. Sur les réseaux sociaux, le contenu obscène et ordurier des interventions et l’indigence crasse de raisonnements hautement paranoïdes captent une poignée d’internautes des classes populaires... Le MDP suscite en coulisses les risées de l’intra muros, qui se garde de la moindre publicité de crainte de se voir récupérer : un re-twitte ou un copier/coller’ ou un acquiescement sirupeux ou des remerciements huileux qui vous mettent en étron glissant de la cuvette jusqu’aux tréfonds de fosse septique de leurs tavernes.

Ce 29 juillet, sous la présidence de Monsieur Gallorini, les tenanciers du MDP invitaient à une table ronde au restaurant le Pur Sang à Maisons-Laffitte. Au programme : « Le tour ; le dopage ; Equidia ; PMU (n° bonus truqué du Quinté + ; photos d’arrivées ; la crise de confiance des parieurs, celle du Mouvement des Parieurs ; notre projet, les clefs de la relance ; notre programme (‘tous ont été touchés’), le MDP à tout dit !! »...

Tout dit’ à charge des socioprofessionnels tricheurs et dopeurs..., ‘Tout dit’ du PMU qui les accrédite – qui vient peut-être de financer la rénovation de leurs arrières boutiques ! –... Tout dit’ de la ‘crise de confiance des parieurs’..., sauf  l’essentiel : qu’ils ne gagnent rien aux courses ! – Evalujeu.fr de l’ARJEL –.

Au comble de l’abjection, non seulement ils se réjouissent de la gravité de la crise qui frappe les courses, ils en revendiquent la paternité et invitent les parieurs à s’abstenir de jouer, ils incitent leurs confrères à l’insubordination et les renvoie vers un compte Facebook bidon ‘Bookmaker hippique, devenez gagnant’.

Le MDP manipule les naïfs d’un côté : « Les Parieurs ferment les Robinets, cest la seule solution pour qu'ils soient respectés un jour. Sinon un bon conseil : "EN ATTENDANT, STOPPEZ LES PARIS HIPPIQUES ! Le PMU n'a aucunes solutions pour relancer la filière courses, France Galop et Le Trot non plus. La preuve, depuis notre programme mis en place depuis 2013, les courbes n'ont jamais cessé de baisser. Ce que nous avions promis ! » (Facebook MDP).

De l’autre, promet aux taverniers de s’enrichir à leurs dépends : « Aux Patrons de point courses PMU et autres commerces (bar - restaurant - plage ... ), dans les cités et quartiers des grandes et petites ville, en campagne etc, devenez Bookmaker, devenez Gagnant.. !! Les dirigeants des institutions du PMU, du Trot et de France Galop ne nous laissent malheureusement que cette solution, celle de frapper le Chiffre d'Affaires de la filière courses !! » (Facebook Gérard Camberlin).

Le silence méprisant des Principautés et de son intra muros est dans la tradition d’omerta du milieu – celui de la police des jeux est plus compréhensible... le MDP se félicite de leurs bonnes relations ! –. Si l’activisme proclamé de ce mouvement relève largement du délire mégalomaniaque de quelques exaltés isolés, l’affichage d’un recours au bookmaking est dommageable. Ce processus de jeux présente une solution de sortie de crise du turf. Le laisser discréditer est inadmissible, qui plus est sur le réseau des Bars-tabac-PMU. Qu’attendent-ils ?

Parler, oui !..., mais que dire d’Audible ?...

L’incohérence caractérise aussi les intra muros qui se prétendent en opposition à la politique des jeux des Principautés. Rodomonts plus qu’opposants, leurs réactions à la publication des résultats désastreux du premier semestre se résument au rappel de leurs propres mérites : « Détail enjeux (Simples+ coupléG) cata des derniers jours dans Le Veinard samedi. La preuve que l'on avait raison. Hélas, personne n'écoute... », twittait son Opinionneur Libre... Qui vient même de reproduire son fameux article à propos d’un ‘chiffre d’affaire du PMU en trompe-l’œil’ – « A relire. Ecrit en 2011... », précise-t-il, peu bégueule  –. Aussitôt re-twitté par le Yanyan..., petit séide jamais en reste d’un lèchage : "C'est un tort d'avoir raison trop tôt". Consternante bêtise..., exhibition impudique d’un petit souci de préséance...

Les critiques de l'Opinionneur ne sont pas d’hier..., datent de plusieurs années même, après trente ans de présence hippique. A l’écouter, ses prodromes du déclin n’auraient pas rencontré l’audience attendue des dirigeants des Principautés. Pourquoi n’ont-elles pas abouti ?... Un article du Veinard du 19 août, ressasse le mémoire de ses prémonitions éclairées : « Un triste constat qui démontre (hélas) le bien fondé de toutes nos analyses des années écoulées... » un « (hélas) » qui vaut son pensant d’or !... venant du conseiller hippique de l’Association nationale des turfistes  – ; « A vouloir ne tenir aucun compte de notre expérience du terrain, des paris, et surtout de nombreux témoignages des joueurs récoltés... » ; « En attribuant une certaine stabilité à l’augmentation de l’offre alors que nous avions démontré qu’elle venait d’autres raisons... » ; « Mais depuis, et nous l’avions écrit et démontré, c’était la fin de ces progrès mécaniques... » ; « Mais il est grand temps d’agir, d’écouter ceux qui ont quelque chose à dire », sollicite-t-il au bout de ce plaidoyer auto satisfait.

Analyser, prédire, soit !... Disposer des colonnes d’un quotidien est un luxe inouï d’une centaine de pages annuelles à noircir. Les dirigeants du turf  lisent la presse et ne manquent aucun des articles susceptibles de les éclairer, j’imagine. Ne le feraient-ils, ils sont suffisamment instruits pour analyser eux-mêmes la situation de leurs entreprises, qu’ils dirigent en tenant compte des marges de manœuvres dont elles disposent. Au-delà des constats, où sont les préconisations de solutions de l’Opinionneur ? Et si elles existent – je l’ignore – pourquoi n’ont-elles pas été retenues ?... Sur les clips de son A2turf failli, le Yanyan ne cesse de répéter qu’il ne livrerait aucune de ses idées qui pourraient faciliter la tâche des dirigeants du turf. L’imprécation à sec est plus jubilatoire... Haro sur les têtes de turc !... Encore que, à propos de ses idées, de la fanfaronnade ridicule, aucun de ses auditeurs n’a jamais pensé qu’il puisse en émettre une !!

Les marges de manœuvre justement !... Les évaluer et manœuvrer les concepts en conséquence suppose une maîtrise macro-économique et sociologique avérée. Dénoncer leurs fondements discrets, soigneusement cachés du public, c'est-à-dire dénoncer la fiscalisation outrancière et la spoliation délibérée des parieurs, exige pour le moins une prise de risque intellectuelle, au mieux le courage du samouraï et au pis l’intrépide folie du kamikaze. Mais bénéficier des rentrées financières d’un Audiotel, qui pronostique les courses de la machine à bâtir des enjeux, est assurément un frein efficace plus propice au suivisme d’un Sancho Pansa qu’aux envolées sublimes d’un Zorro ou de Superman.

Une lecture attentive de l’article du Veinard déjà cité est éloquente. L’apôtre de la dénonciation des petites entorses au bon déroulement des courses s’emberlificote en explications bien ténébreuses, lorsqu’il aborde les sujets plus complexes de la gestion financière des paris : « La politique des courses... en échec cuisants. La raison majeure est le désamour des parieurs, lassés des règles injustes voire iniques, de rapports trop faibles avec la multiplication des occasions synonymes de dilution des masses à partager. » Cette explication est trop courte : la multiplication des occasions de jouer est synonyme du ‘recyclage’ des gains, ‘recyclage’ qui entraîne la perte systématique des mises, notamment au ‘course à course’, après une série de paris. Admettons que, gêné aux entournures, l’Audiotelliste ait délibérément opté pour une ‘interruption’ de raisonnement opportune.

Un long paragraphe à la suite est plus problématique : « Maintenant, les chiffres en baisse ne peuvent plus être cachés derrière de fausses explications.... une certaine stabilité, factice en données comparatives...,  nous avons démontré qu’elle venait d’autres raisons : progrès de l’informatique du PMU, délais de paiement réduits au strict minimum, explosion du nombre de points de vente, la création et les progrès d’Equidia qui incite au jeu jusqu’à la dernière minute, des prises de paris jusqu’au départ... Tous ces facteurs ont joué un rôle capital dans le maintien des enjeux à niveau de 2000 à 2010... C’était la fin des progrès mécaniques. » Plusieurs biais ressortent de cet imbroglio d’appréciations et d’arguments !... Pas étonnant qu’ils restent sans écho !!

Ecrire qu’une certaine stabilité serait factice en données comparatives, et aboutirait au maintien des enjeux à niveau de 2000 à 2010, est totalement erroné !... Démonstration. L’historique des enjeux hippiques calculés en francs constants – ou en euros constants –, depuis la Seconde guerre mondiale, a connu une phase d’expansion continue de 1950 à 1990 avec un resserrement à partir de 1985 qui inaugure une décennie 1990 de baisse sensible des enjeux qui s’est traduite par la confusion du chiffre d’affaire du PMU en monnaie courante et en monnaie constante, puis une nouvelle phase d’expansion jusqu’en 2012 le CA du PMU de 1997 passe alors de 5,26 milliards en euros constants à 9;82  milliards en 2012 . La gestion de Monsieur Bélinguier a été en croissance constante et c’est à l’issue de la gestion de Monsieur Germond qu’elle s’achève sur l’effondrement en cours, qui se traduit par un violent décrochage du CA en francs courants. Ce n’est donc pas « une certaine stabilité » mais une expansion réelle et vérifiable de 2000 à 2012... Et puisque cette stabilité n’a jamais existée, fusse en données comparatives, elle ne peut-être « factice » !...

Les raisons invoquée, en guise d’exposé des causes de cette prétendue ‘stabilisation factice’, ne valent pas mieux : les paris ont toujours bénéficié des progrès technologiques habilement adaptés à l’usage des opérateurs comme des parieurs et il fallait bien sortir de Polytechnique, comme Monsieur André Carrus, pour résoudre ces tours de force technologiques . Certes, ces adaptations  « incite au jeu »..., soit !..., et donc aussi au ‘recyclage’ des gains..., mais pourquoi ne pas le dire ?... Surtout, ces incitations « mécaniques » au ‘recyclage’ sont très accessoires et même insignifiantes comparées à celles, ô combien plus puissantes, plus aliénantes, d’outils de manipulation de masse : un programme ouvert en matinée et clos en soirée, sept jours sur sept : une machine à bâtir des enjeux alimentée d’une dizaine de formules de jeux variables à l’infini et progressivement étendues à la plupart des courses d’une réunion.

L’article du Veinard ne préfigure rien pour l’avenir des courses. Les incessants rappels aux écrits du passé, les élucubrations fautives, visent à dénigrer les dirigeants. Omettre de dénoncer le dispositif fiscal du modèle français des courses..., passer sous silence le ‘recyclage’ éhonté qui, à lui seul, justifie son classement aux premiers rangs mondial des pays qui pratiquent les paris hippiques..., ces ‘oublis’ opportuns sont une entorse à l’éthique journalistique !... Passe encore pour l’Audiotelliste, ses ‘clients’ connaissent la règle du jeu. Les courses hippiques sur le déclin verront la clientèle s’étrécir et dégarniront les monnayeurs téléphoniques des Audiotels.... Et s’ils persistent, grand bien leur fasse !... L’affaire se corse pour le ‘journaliste’ : comment prétendre à ce titre et accessoirement d’user de la niche fiscale qui leur est accordée quand on fait profession charte déontologique à l’appui du coude d’informer objectivement les joueurs sur les règles du jeu..., tout en taisant, dissimulant,  escamotant, le fait très officiel désormais qu’ils ne peuvent rien gagner, contre leurs attentes, puisque ces jeux sont programmés pour les faire perdre !... 

Quelques esprits malicieux ne manqueront pas de me renvoyer l’ascenseur : informer d’un jeu et annoncer qu’il est conçu pour faire perdre, n’intéresserait plus personne !... Exact..., tant et si bien qu’en le découvrant, les parieurs désertent les hippodromes et abandonnent les paris. Le statu quo permet de laisser voir venir et de réformer par petites touches !... Exact..., mais les efforts financiers considérables du PMU travaillent à la perpétuation de la manipulation des joueurs et du public des courses et aucun plan de réforme n’est à l’ordre du jour.

Le Grand méchant mou du Galop tance l’Archange pure-player du PMU.

Ce dimanche matin de la mi-août, le ‘Syndicat des éleveurs de demi-sang français’ tenait son Assemblée Générale annuelle. D’abord se refaire une enseigne présentable pignon sur rue. ‘Syndicat’, le titre signe la ‘contestation’, connote une image ‘négative’ tout à fait inappropriée à la nouvelle approche promotionnelle des éleveurs, le lobbying : ‘Fédération des éleveurs du galop’ fera mieux l’affaire. La salle l’adopte d’un élan flasque : aucune main ne s’y oppose ni ne s’abstient !... L’enseigne translucide et blafarde – avec sa version anglaise, identifiée d’un ‘French’, précise-t-on – répond à l’impérieuse exigence de discrétion de sa vocation d’entremetteuse. A bon escient sans doute. D’ailleurs, la bible de Sylvain Copier de Paris-Turf le rappelait, voilà quelques jours : la salade démocratique à la sauce libérale du ‘lobbying’ est désormais un plat très en vogue du menu législatif : « ... le monde du cheval, qu’il soit hippique ou équestre, à tout intérêt à jouer la carte commune du ‘lobby’, afin de mieux se faire entendre par des élus sollicités de toute part. » Dont acte !

Des caméras filment l’événement qui est consultable sur le site web de l’association. [@]. Quelques habitués du Cercle Tourbillon [@], anonymes souvent, le racontent à leur façon : « Assemblée Générale du Syndicat des Éleveurs ce matin : 26 personnes présentent dans la salle des ventes à Deauville. Pathétique. Tout le monde s’en fout. J’aime beaucoup plusieurs des personnes présentent à la tribune, mais honnêtement, cette AG était d’un niveau très faible constatez par vous-même » ; «  Je suis passé a l’assemblée, je suis resté 10 minutes puis je suis partis laissant les papys discuter de tout sauf des questions fondamentales. Franchement je crois que je vais quitter le syndicat. Ce même syndicat qui devient fédération, comme chez les cheminots ou les pâtissiers » Une dame Jacqueline Michelle se montre plus vive : « Y’a que des cheveux blancs, voire pas de cheveux.. Ça pue le dynamisme, le bouillonnement, la vision, la prise de risque, le percutage instantané. » Un autre commentaire détonne aussi : « Très bonne intervention de Jean de Cheffontaine à l’occasion de l’assemblée des éleveurs. Il a en quelques mots apporté une synthèse juste et posé les bonnes questions. Dans sa réponse, Rothschild a été très mauvais, que du verbiage, pas de concret comme souvent depuis son élection. Il ne semble pas savoir où il va. Il appelle les courses internationales du « rafistolage ». Quelle manque de vision et de clairvoyance. Ce qu’il dit dans cette réponse contredit ce qu’il a annoncé au mois de juillet, avouant que son plan est totalement insuffisant. Il semble découvrir que le pole TV coûte trop cher alors qu’il ne figure pas dans son plan. »

Le Grand méchant mou s’est présenté en cours d’assemblée, après l’heure de l’apéro dominical. Son phrasé mezza-voce est rythmé par la noblesse d’amples gestes mesurés..., les avant-bras coudés s’animent de part et d’autre d’un fin micro cardioïde d’estrade. Sa parole est lente, agrémentée de mouvements de bouche, parfois de petits sons expressifs de langue..., de loin en loin, elle se serti de ‘euh...’ prudentiels appuyés d’oscillations majestueuses de la tête et de regards sérieux et bienveillants posés sur son auditoire. Sa ponctuation répétitive, d’innombrables ‘je pense’ et quelques ‘je crois’, est empreinte de la noblesse présidentielle du baron de lignée. Sa réponse à l’unique question qui lui est posée dure une dizaine de minutes. C’est court et c’est bon. C’est reposant : la syntaxe est harmonieuse sans perdre le cap ; les flux d’intonations un peu plus marquées montent crescendo et les reflux du cours verbal tranquille et charmeur se pointent de quelques digressions rares, toutes en subtilités malicieuses, qui distraient. Du bel art oratoire ! Qui méritait bien sûr une attention particulière qui a échappée aux commentateurs un rien récalcitrants du Cercle :

« - Je pense que les esprits et les mentalités de notre univers évoluent et commencent à se mettre à l’heure du reste de la société..., et que l’on peut faire des évolutions et des changements dans l’univers des courses et de l’élevage aujourd’hui... ;

- Je crois qu’il faut être conscient et humble... que l’on a quand même, au cours des cinq dernières années, manqué de gagner, ou perdu pour dire clairement... euh !... un milliard d’enjeux dans le réseau en ‘dur’ que naturellement, même si on a rafistolé ici ou là avec les courses internationales ou un certain nombre d’autres rustines.., cela a un impact sur la rentabilité..., les chiffres de l’institution sont clairement en baisse... ;

- Je pense que les ‘Epiqe Séries’, ça a été imaginé dans une mandature précédente..., je l’ai confirmé quand je suis arrivé, mais je pense que ça n’a de sens qu’en tant que pari hippique, ça n’a pas de sens en dehors du pari hippique. Ce qui me soucie pour la suite, c’est que je ne vois pas suffisamment d’éléments et d’ingrédients paris hippiques et qu’on n’utilise pas assez les dépenses et les investissements qui sont faits dans les ‘Epiqe Séries’. Je pense que le PMU doit très sérieusement se ressaisir... ;

- Il faut balayer devant notre porte pour faire le ménage chez-nous, ça veut dire qu’il y a certainement des restructurations qui doivent être enclenchées... euh !... des rapprochements de fonctions supports entre les disciplines spécialisées que sont le trot et le galop... euh !... se pencher de façon très sérieuse... euh !... sur un élément comme le pole image qui représentait quand même quelques 71 millions d’euros de coût en 2015... ;

- Je pense que le PMU a bénéficié pendant beaucoup d’années d’un monopole, qu’il s’est installé dans une culture du monopole qui n’est plus de mise aujourd’hui, alors que..., certes ce monopole a été partiellement remis en cause avec les paris sur internet depuis 2010... euh !... mais on s’aperçoit quand même qu’une partie essentielle de la concurrence se joue dans les bars-tabac... ;

- Je crois qu’il faut simplifier, augmenter la lisibilité des paris... euh !..., se secouer très fortement, et faire aussi des économies, être beaucoup plus conquérant et beaucoup plus à la conquête... Pas seulement taper sur la concurrence comme la Française des jeux..., expliquer... gnagnagna- gnagnagna..., euh !..., à la Française des jeux ils ont les paris sportifs, ils ont les bars-tabac..., donc..., moi, je ne vois pas certainement comme ça.... ;

- Je pense, pour dire les choses très clairement..., j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer là-dessus..., je crois que c’est la responsabilité de l’institution de s’adresser à l’Etat... L’Etat dès demain, c'est-à-dire les nouveaux gouvernants qui seront désignés par la France l’année prochaine..., pour cela il faut aller voir les différentes équipes des candidats crédibles pour bien sensibiliser sur le thème d’une nouvelle politique des jeux dans son ensemble en France ;

- Je pense, pour le dire simplement..., euh !..., il faut y travailler, il faut affiner, préciser et..., mais dans ses grandes lignes, je ne veux pas rentrer dans tous les détails ce matin, je ne voudrais pas vous ennuyer trop longtemps..., je pense, personnellement, que l’époque des monopoles c’est terminé. Et par voie de conséquence, un jour d’ailleurs, même si les institutions européennes les voient évoluer ce dont je ne doute pas..., je pense qu’un jour on nous dira : ‘Messieurs, les monopoles, c’est terminé’. Par conséquent, le monopole sur les paris hippiques, le monopole sur les paris sportifs, c’est terminé. Et par voie de conséquence, je crois que nous devons profiter de ces évolutions pour s’organiser en conséquence et tenter d’anticiper..., c'est-à-dire ne pas subir mais organiser ceci à notre main et dans des conditions qui nous conviennent...euh !... Je pense qu’il y a beaucoup à faire, je pense que nous sommes installés dans un certain nombre de bars-tabac et que si nous avions la possibilité de prendre des paris sportifs, parce qu’il n’y aurait plus de monopoles, ce serait peut-être une équation gagnante ;

- Je pense que l’élément essentiel, c’est que le PMU se recentre et redynamise significativement avec nous le pari hippique. Je pense que les autres paris sont un élément, un ingrédient important qui doit-être défensif, qui doit nous protéger et ne pas nous mettre en situation d’infériorité par rapport aux autres acteurs de paris... Mais je pense que le cœur de notre activité, le cœur des responsabilités du PMU, ce sont les paris hippiques. Et je pense que ce volet là a été insuffisamment soutenu, traité ces dernières années, pardonnez-moi de la dire, mais c’est ainsi que je le vois. En tout cas, du point de vue des activités du PMU, je pense qu’il faut s’y prendre différemment,..., je pense qu’il faut faire preuve d’un très grand volontarisme et d’esprit de conquête. »

Peu de mots à propos des parieurs – même pas un, qui les citerait expressément –  sinon en termes de ‘générations’ à sauvegarder ou à capter en urgence. Et l’évocation de la chute des enjeux va presque de soi. L’œil reste serein. Presque indifférent. Toutes les mandatures précédentes se sont trompées. Celles de Monsieur Bélinguier à France Galop comme celles du PMU. Cinq ans de misère : le milliard de ‘gains manquants’, ou de ‘pertes enregistrées’, si vous voulez..., choisissez la version qui vous conviendra le mieux... Qu’importe si, à la fin de cet exercice, l’année première de sa mandature à France Galop, il faudra peut-être comptabiliser cinq cents millions d’euros..., de manque à gagner, ou de pertes à enregistrer, si vous voulez. Un milliard en cinq ans... un demi-milliard en un an !... Oublions ça !... Tout va très bien..., tout va très bien !

L’univers des courses et de l’élevage serait donc mûr pour relancer le réseau des Bars-tabac. Un réseau remis à neuf !... L’Archange pure-player doit se ressaisir !... La fin des monopoles est pour demain – non pas celui du modèle fiscal des courses française –, les monopoles des ventes de paris du PMU et de la Française des jeux. L’avenir radieux du pari hippique et du PMU passe par la commercialisation du pari sportif.  En attendant, l’Archange pure-player se doit de renforcer le pari hippique..., terrasser les vieux snocks en partance..., rayonner d’un esprit de conquête sur les innocents aux mains pleines d’espoirs de gains..., et faire des économies. Qu’on se le dise !...

Pas d’affolement inutile. L’affaire est entendue pour l’exercice en cours ; les allocations 2016 sont abondées par les résultats financiers PMU 2015..., 807 millions d’euros, la distribution du pactole est en cours..., alors tournons la page. Puis donnons du temps au temps !... L’exercice comptable est loin d’être clos..., attendons et voyons !... Les rendez-vous avec l’Etat se prennent pour le lendemain de la présidentielle et des législatives de 2017. Moi-Président remercié, les « nouveaux gouvernants » n’auront de cesse que de tracer une politique globale des jeux soigneusement mijotée. Et nous niquerons les européens sans le leur dire, rendons-les à notre main !... Qu’importent les déconvenues des tripatouillages à l’ouverture en trompe-l’œil des marchés en ligne de 2010 ; la fâcheuse consolidation en masse commune des enjeux sur le site PMU.fr et le réseau en ‘dur’ des Bars-tabac... Qu’importe le ridicule de la séparation des masses imposée, fin 2015..., qu’importent les déficits structurels cumulés des opérateurs privés floués à l’occasion – presque 500 millions d’euros irrécupérables –. C’est d’une fin des monopoles sur les jeux et aux conditions des Principautés dont il s’agira dès demain !... Fermons le ban !

Les socioprofessionnels connaissent la poloche !...

Monsieur Mathieu Boutin, président de l’Association des entraîneurs professionnels, pétitionnait, en Une de Paris-Turf du 18 juillet, en faveur « d’une révision de notre TVA » et en appelait au Grand méchant mou du Galop : «  Nous sommes à l’écoute du Président Edouard de Rothschild, à son esprit de synthèse, il ne doit pas nous décevoir, il en va de l’avenir des courses. » Et pour appuyer l’aimable intervention sollicitée, le président des « Entraineurs en Colère » – un rappel opportun du blocage des courses sur un hippodrome en décembre 2014 – précise la cible à viser : « La réduction du taux de TVA en est un exemple majeur. Récemment au Sénat, monsieur Le Foll, ministre de l’Agriculture, s’est dit ouvert à une réévaluation de celui-ci si le besoin s’en faisait sentir. Ce n’est pas un besoin mais une impérieuse nécessité. Pour commencer, liguons-nous et adressons une pétition sur son bureau en septembre prochain. » A quelques jours de l’échéance, 440 signataires ont répondu à son appel. Un petit échantillon de 17 % des 2 596 entraineurs enregistrés en 2015. Un échantillon représentatif, prêt à passer à l’action directe si nécessaire..., sous les encouragements, même implicites, des deux mille deux cents autres qui ne se sont pas manifestés : tous savent que leur pression sera suffisante pour obtenir de l’Etat ce qu’ils attendent tous.

– Attendons, alors !... ; – Quoi ?... ; – ‘Euh !’..., rien. : – Pourquoi rien ?... ; – Parce qu’il n’y a rien à attendre.

L’absence de cohésion des dirigeants du turf et la nullité pleûtre des intra muros, l’indifférence paresseuse des autorités de tutelle sont les meilleurs gages d’une fin prochaine du modèle français de paris hippiques.

Même moribondes, même déjà trépassées, les courses seront maintenues en mort clinique et ne s’éteindront de leur belle mort que lorsque le milliard dévolu au Trésor public sera réduit à peau de chagrin. Ce qui n’est pas pour demain !...

Les prélèvements fiscaux s’affaisseront d’une année sur l’autre au fils de la baisse des enjeux ; s’ensuivront leurs péréquations annuelles d’encouragements de moins en moins généreux, de défraiements de charges et de primes aux Principautés de plus en plus parcimonieux, qui satisferont encore un temps l’avidité des propriétaires..., le bien-être des socioprofessionnels les mieux dotés. Jusqu’au jour béni où les derniers parieurs enferrés au Mythe de Sisyphe ne suffiront plus à eux-seuls pour abonder le système infernal, la machine à bâtir des enjeux, qui les spolie.

Certes, une réforme de fond est toujours possible. Mais plus qu’improbable, inenvisageable même. Car pour être efficace et pérenne, elle devrait renverser la table. Une perspective inimaginable dans le contexte politique jacobin où la préservation des privilèges des élites au pouvoir l’emporte sur l’intérêt collectif de la population. Le Grand méchant mou du Galop et l’Archange pure-player n’ont besoin de personne, savent tout ça, attendent patiemment. Les hommes politiques passent..., eux demeurent. Alors, demain sera un autre jour !

 A. Gw

[@Arte :https://www.youtube.com/watch?v=RhmJOiT3Wq8

[@] Fédération des éleveurs : http://www.france-sire.com/actu_etablissement-11362- le_grand_debat_du_syndicat_des_eleveurs_les_differes_complets.php

[@] Cercle Tourbillon ( copier/coller in extenso ) : http://www.cercle-tourbillon.com/

 

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