Les 4 dérives liées à l'argent…

Dans un monde où la morale est considérée comme désuète, il est bon de rappeler quelques dérives liées à l’argent. Les économistes adorent aborder l’économie sous un angle purement théorique et mécanique comme la création monétaire, l’inflation, la déflation, etc., sans jamais prendre en compte la morale et l’éthique. En agissant ainsi, ils en oublient l’humain.

1/ La spéculation

C'est le fait d'acheter ou de vendre sans finalité économique. Le but est simplement de faire de l'argent avec de l'argent par un achat/vente au détriment des autres agents économiques (producteurs, travailleurs, consommateurs).

Il ne faut pas confondre la spéculation avec l’investissement. Acheter une résidence principale, vous expose certes aux fluctuations du prix de l’immobilier, mais il y a un usage réel qui justifie l’achat.

De la même façon, celui qui investit dans une société qui lève des fonds, finance les coûts réels de l’entreprise, qui serviront à son développement, et probablement à la création de valeur.


2/ La thésaurisation

C'est le fait d'accumuler l'argent sans finalité, sans intention de l'investir dans un projet économique. Pour donner une image, si la monnaie est à l'économie ce que le sang est au corps humain, la thésaurisation est l'équivalent de la coagulation du sang. La thésaurisation est l’expression d’un manque de confiance en l’avenir. C’est une obsession de l’argent, non pas dans un but de dépenser, mais par peur de la pauvreté.

La thésaurisation est différente de l’épargne. L’épargne est une accumulation d’un surplus de richesse, avec pour objectif de le dépenser ou l’investir plus tard dans un projet. L’agriculteur qui met de côté des graines pour les planter lors de la prochaine récolte n’est pas un thésauriseur. Idem avec l’artisan qui épargne de l’argent pour pouvoir s’offrir son outil de travail.


3/ L'incertitude

Les produits dérivés étaient censés à l'origine protéger les agents économiques des fluctuations des prix des matières premières et des devises. Ils sont devenus un outil puissant et dangereux de paris spéculatifs, mettant en danger l'économie réelle.

Les banques assurent les possédants contre des pertes éventuelles. Elles encaissent des primes au fil du temps, mais lorsqu’une crise systémique les surprend, ce sont soit l’État soit la banque centrale qui prennent les mesures pour les sauver. Les dégâts sont alors supportés par les citoyens ordinaires, que ce soit par l’austérité (plus d’impôts et de taxe et moins de services publics), ou un coût d’accès au logement plus élevé du fait de la bulle immobilière que génère les politiques monétaires des banques centrales.

L'incertitude consiste aussi à faire payer aux plus fragiles financièrement des taux d'intérêts plus élevés que ceux payés par les riches. Les banquiers appellent cela l'écart de crédit, ou encore la prime de risque. Cela participe au fil du temps à l'exacerbation des inégalités de richesse. Quand le pauvre est acculé par les dettes, il est puni socialement. Alors que quand le système bancaire s'écroule, les États et les banques centrales s'empressent de le sauver pour éviter que la crise bancaire ne se transforme en crise économique. Encore une fois, les banques encaissent donc des primes de risque non méritées. Une mutualisation des risques serait un système plus approprié étant donné qu'au final se sont les gens ordinaires qui finissent par payer la facture des crises ? Pourquoi les banques encaisseraient ces primes pour les distribuer en bonus et dividendes à des intérêts privés, si à la fin elle sont incapables d'assumer leurs responsabilités en cas de coups durs ? 

4/ L'usure

C'est le fondement même de la finance, ce qu'Aristote appelait "l'argent qui fait de l'argent", ou ce que Thomas d'Aquin décrivait comme le "commerce du temps". L'usure peut prendre la forme du taux d'intérêt, ou la création monétaire inéquitable. C'est une "morsure".

La création monétaire inéquitablement distribuée peut être vue comme une escroquerie, mais dans un monde où le temps est commercialisé, et selon l’équation « le temps, c’est de l’argent », on peut la considérer comme de l’usure, car elle représente un surplus pris aux gens ordinaires.

Les usuriers ont trouvé la martingale : quand la croissance le permet, ils se servent en intérêts (1945-2008) ; quand la croissance est en berne, ils se servent grâce à la création monétaire des banques centrales (2008-2020)… 

L'usure n'est possible que s'il y a endettement, or la finance est la science de la dette avec intérêts. Cet outil est de nature exponentielle, et permet ainsi l'accumulation infinie de la richesse. L’usure est l'arme des cupides, ceux qui sont réellement au pouvoir...

 

Septembre 2020, Anice Lajnef

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