Les taux négatifs sont-ils une aubaine pour la dépense publique ?

Les taux d’emprunts de la France sont extrêmement bas, et sont passés en territoire négatif sur certains emprunts. Ainsi, la France reçoit des intérêts quand elle emprunte sur les marchés, alors qu’historiquement, l’emprunteur est censé payer des intérêts. Pour autant, faut-il succomber aux sirènes de la dette à bon marché, et continuer de creuser la dette publique ?

Le pousse-au-crime des économistes de gauche

Thomas Porcher, entre autres, est un fervent défenseur de l'endettement public. Selon lui, la dette publique n'est pas faite pour être remboursée, puisque l’Etat, qui est éternel, peut indéfiniment la repousser en contractant de nouveaux emprunts pour rembourser les anciens. De plus, elle permet de financer l'action sociale à moindre coût, même si au final les intérêts annuels, d’un montant de 40 milliards d’euros, sont payés par nos impôts.

Comme les taux sont proches de zéro, voir négatifs, les économistes de gauche ont repris des couleurs ces derniers temps : les drogués à la dette ont accès à leur « came » gratuitement de nos jours, et quelle aubaine !!!

Selon ces économistes de "gauche", c'est le moment opportun pour s'endetter encore plus, quitte à ce que l'État vacille (comme la Grèce en 2010) à la première remontée des taux, ou à un retournement de la conjecture économique !

Mais savent-ils pourquoi les taux sont si bas ? La Banque Centrale Européenne est le chef des dealers qui a décidé d'inonder l’Europe de « coke » monétaire gratuite. Y en a pour tout le monde : les États, les multinationales, et par ricochet les ménages !!!

Le jour où la BCE coupera le robinet de la dette, les effets seront aussi dramatiques que le jour où le chef des dealers cessera de fournir son monde en coke gratuite : l'apocalypse des zombies, nos Etats et nos entreprises feront faillites sur faillites, et l’effet domino sera terrible !

Les taux sont-ils si bas parce que les États vont mieux et suscitent de la confiance ? Pas du tout : les taux sont bas car ils sont manipulés par la BCE ! Elle a injecté plus de 4500 milliards d'euros d'argent créé par elle-même et à partir de rien !

Et cet argent "public" a atterri dans la haute sphère financière. La BCE fait ses emplettes en achetant des dettes d'États et de multinationales à des institutions privées, et libère donc des milliers de milliards qui doivent être réinvestis ailleurs ! Par un effet technique, ces achats d’obligations augmentent les prix de ces actifs, et baissent implicitement les taux d’emprunts des drogués à la dette.

Cette baisse de taux n’est donc pas le fruit d’une confiance du marché envers nos institutions et nos multinationales, mais elle est le résultat d’une action sans précédent dans l’histoire, celle de l’achat massif d’obligations par la Banque Centrale Européenne. Il s’agit d’une manipulation et d’une distorsion du marché par la BCE, dangereuse pour la stabilité de notre économie.

Cette manne monétaire créée par la BCE termine-t-elle dans l’économie réelle ? En réalité cette manne sert aux rachats de leurs propres actions par les multinationales, à la spéculation dans les produits dérivés, à l’investissement par défaut dans la bourse qui monte malgré une croissance atone, à l’inflation immobilière, et à l’achat d’autoroutes et d’aéroports publics...

Donc l'argent public créé par la BCE sert à augmenter le prix des actifs financiers et immobiliers, et donc à rendre les possédants plus riches. Ils toucheront dividendes, loyers, péages et redevances. Comme les seigneurs touchaient la dîme et la gabelle : bienvenue dans la France féodale !

Cet argent est engrangé par les riches au détriment d'une jeunesse vouée à la précarité du logement, à des travailleurs de plus en plus pressés fiscalement comme des citrons, et à des retraités dont l'épargne ne rapporte plus rien !

L'argent de la BCE qui sert à baisser les taux et qui rend si heureux nos économistes de gauche, sert en fait à amplifier les inégalités de richesse, et à faire des gens du peuple les serfs au service d'une élite vivant de la rente financière et immobilière !

Ce rouleau compresseur monétaire, qui exacerbe les inégalités de richesse, broie de plus en plus de ménages sur son passage. Les frustrations et les ressentiments s'auto-alimentent par la précarité qui se répand, faisant craindre des insurrections populaires violentes

Notre économie réelle est corrompue par une finance très complexe, qui perd tout le monde, même nos économistes de gauche qui ont pourtant de bonnes intentions. N'est-ce pas Thomas Porcher ? Mais il est bien connu que l'enfer est pavé de bonnes intentions !

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