Un jubilé de la dette en douceur

Le jubilé de la dette est une suppression de toutes les dettes. Dans l'Ancien Testament, tous les 50 ans, le jubilé permettait la libération des serviteurs des riches, qui ayant contracté des dettes, n'ont pu s'en acquitter. La crise actuelle liée au coronavirus est l'occasion de sortir d'une économie du tout-crédit et de desserrer l'étau de la dette sur l'État et les ménages.

Est-ce que la suppression de la dette est une bonne chose ? Bien sûr ! Mais la finance est un monstre mondialisé et les dettes se croisent dans tous les sens. Un pays (Chine), un groupe de personnes (retraités US), risquent d'y perdre énormément.

La suppression de la dette peut même être source de guerres. Et pourtant la cocotte-minute de la dette est au bord de l'explosion : 250 000 milliards $ au niveau mondial.
Cette situation est intenable tant au niveau des États que des ménages. 

Il faudrait une dépressurisation progressive de la cocotte de la dette par des petits sauts soutenables. La solution consiste à desserrer l'étau du tout-dette :
sur les États, en remplaçant le déficit annuel de 3% du PIB par une subvention de la BCE de 3% de monnaie libre de toute dette
- sur les ménages, en procédant aussi à la distribution d'un "dividende social" de 3% du PIB par an, soit 1000€ par citoyen Français (4000€ pour un couple avec 2 enfants).
Cette monnaie centrale libre de toute dette, permet d'introduire un euro qui ne dépend pas du crédit.

95% des euros en circulation sont créés par la SG, la BNP, etc, lors de l'octroi d'un crédit. Donc sans nouveaux crédits, notre économie s'effondre comme en ce moment ! Cette introduction d'euros libres de dette peut être considérée comme une dialyse qui assainit notre système monétaire du 100% crédit.

Une image pas si choquante si on considère comme le prix Nobel d'économie Maurice Allais que la création monétaire par le crédit est le cancer qui ronge notre économie : « En fait, sans aucune exagération, le mécanisme actuel de la création de monnaie par le crédit est certainement le cancer qui ronge irrémédiablement les économies de marchés de propriété privée ». (1)

Pour éviter l'inflation, il faut contrebalancer en réduisant la création monétaire par le crédit des banques. Or 60% de la création monétaire est le fait d'un crédit immobilier !
Dans cette période transitoire il suffit de limiter le crédit immobilier à la résidence principale. 

Il n'est pas choquant ni violent de prendre une telle décision qui permettrait en plus de faire atterrir en douceur les prix de l'immobilier.

La solution que je préconise est douce, elle permet de desserrer l'étau de la dette sur l'État, et sur les ménages au bord de l'implosion sociale. Les montants sont raisonnables, le dividende   social n'est pas un revenu universel, mais permet au moins aux familles de respirer.

L'introduction d'une monnaie libre de dette va permettre de stabiliser un système économique en surchauffe qui reposait trop sur le crédit. Le rythme était infernal pour les hommes et la planète. Le virus a agi comme un fusible : une aubaine pour notre réflexion. Agissons vite ! 

Anice Lajnef, Mai 2020

 (1) La Crise mondiale d’aujourd’hui. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires

 

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