Christine Lagarde face à une impasse économique et sociale

Christine Lagarde a été désignée à la tête de la Banque Centrale Européenne (BCE). Mais elle est face à une impasse insurmontable. Explications :

Soit la BCE décide d'arrêter sa politique monétaire accommodante qui consiste à inonder les marchés financiers d'argent fraîchement créé, et dans ce cas, nous vivrons une crise du crédit sans précédent : hausse des taux d'emprunts, crise de liquidité, et faillites sur faillites par effet domino.

Soit la BCE décide de continuer sa politique monétaire accommodante, qui a pour effet de créer d'énormes bulles dans les marchés financiers et le marché de l'immobilier, et qui profite massivement aux possédants qui voient leur richesse exploser à la hausse, tout en profitant de dividendes et de rentes immobilières. Et dans ce cas, le risque d'insurrection sociale est énorme !

En effet, cette politique connue sous le nom de Quantitative Easing aggrave les inégalités sociales, en créant une concentration des richesses sur une élite de possédants favorisés par la finance, au détriment des travailleurs, des retraités, et d'une jeunesse vouée à la précarité du logement.

Dans les deux cas, Christine Lagarde est face à une voie sans issue positive : soit une crise économique et financière sans précédent, soit une insurrection des peuples contre leurs élites. 

Avec un risque non nul de voir les frustrations des peuples européens habilement dirigées contre les minorités, par des médias entre les mains de milliardaires. Cette tactique de diversion a déjà commencé.

 

Les États peuvent-ils aider la BCE dans son action ?


Le seul levier des États est une correction des anomalies par des politiques fiscales redistributives. Mais la libre circulation des capitaux est une entrave. L'évitement fiscal profite aux plus puissants.

Et pour finir, la richesse enracinée dans les pays, souvent source d'activités économiques réelles, finit par pâtir d'une pression fiscale trop lourde. C'est le cas des PME et de l'activité immobilière locative. L'enracinement est pénalisé, quand le capital vagabond est roi !

Ainsi, on comprend mieux pourquoi la politique de suppression de l'ISF hérite le plus grand nombre : Macron a favorisé encore plus le capital nomade, au détriment de la richesse enracinée : l'IFI qui remplace l'ISF ne cible que la richesse immobilière (qui ne peut être évadée).

Dans ce contexte de capitalisme financier, où la monnaie est entre les mains d'une caste financière, et où les règles de libre circulation des capitaux sont à leur avantage, aucune action des États n'est envisageable.

L'impuissance de nos dirigeants politiques est ressentie par la population, ce qui peut expliquer l'abstention significative lors des élections. Le peuple n'est plus souverain, car les dirigeants qu'il élit, sont les pantins d'un système verrouillé par les lois de la Finance !

La seule issue possible : reprendre la souveraineté monétaire, et changer les règles du jeu économique en profondeur. La monnaie doit retrouver sa fonction première, en étant au service de l'économie réelle : elle doit redevenir un outil qui favorise les échanges commerciaux.

La monnaie ne doit plus être un outil qui endette la société, pour que seule une caste favorisée par la finance en profite. Un endettement qui pousse à la surconsommation dangereuse pour la planète, et qui crée une bulle qui risque de sonner la fin du jeu pour tous : la bulle écologique !

 

Anice Lajnef, Juillet 2019.

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