L'argent magique : interdit au peuple, à foison pour la caste financiarisée

Il ne se passe pas un jour sans que ceux qui nous gouvernent et les économistes qui les conseillent, nous expliquent à quel point il est important de rembourser la dette publique. Mais pourquoi insistent-ils autant sur ce point ?

Samedi 3 octobre, le gouverneur de la Banque de France, ancien PDG de Cetelem, la branche usurière de BNP, devenu ensuite numéro 2 de la BNP, nous martelait que la dette publique française détenue par la BCE ne sera pas annulée.

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Plutôt dans la semaine, Bruno Le Maire était invité sur France Inter pour réitérer son allégeance envers les créanciers, en promettant de rembourser la dette, « par la croissance (sic) », et de mettre en place les réformes qui plaisent à la caste financiarisée, comme celle des retraites.

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Avant d'exposer les incohérences ou les manipulations de ces gouvernants, soyons précis sur une chose : une dette est un contrat qui engage l'emprunteur, qui se promet de rembourser le créancier. 

Plus généralement, l'économie repose sur la confiance. Les économies fortes sont celles où les engagements sont tenus, et où la parole donnée vaut autant que l'or.
Tous les jours, des millions d'engagements sont tenus, en particulier ceux liés aux paiements et aux dettes. 

Que serait une économie sans respect des contrats et des engagements ? Si l'économie européenne et l'euro sont forts, c'est grâce à une législation forte autour du respect des contrats. Les engagements sont tenus, ce qui favorise le commerce et l'investissement. 

C'est tellement une évidence, que nous finissons par l'oublier. Il suffit d'aller faire du business dans des régions moins structurées pour se rendre compte pourquoi leurs économies et leurs monnaies sont faibles. 

La puissance de la monnaie est que justement elle concentre sur elle la confiance, la somme des engagements tenus.
C'est pour cela que la monnaie ne repose plus sur l'or dans les pays dits développés : la confiance a remplacé l'or, car la confiance vaut plus que l'or ! 

Cela étant dit, il serait désastreux pour l’économie européenne de ne pas rembourser la dette publique quand elle engage l'État, donc nous tous, envers un créancier. Même si on peut considérer que la dette est illégitime.

C'est à nous dans ce cas de changer les règles et de permettre un financement à taux nul par la BCE, voire même sous forme de subvention, comme le suggère certains économistes.

En attendant, même le rapporteur général du budget avoue ne pas connaître qui sont nos créanciers. Ce manque de transparence est révélateur d'une finance qui avance masquée.

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Donc si la dette n'est pas remboursée, nous risquons de faire deux erreurs fatales :
1/ léser des épargnants privés (même s'ils sont minoritaires)
2/ casser la confiance qui est à la fois le moteur de notre économie et garante de notre monnaie 

Reste à évoquer la dette publique détenue par la BCE à la suite du sauvetage du système financier qui était alors à l'agonie. La BCE a pris la décision depuis une dizaine d'années de racheter les dettes d'États détenues par les banques privées et des agents financiers privés. 

La BCE pratique cette politique en créant de la monnaie à partir de ses ordinateurs, puis rachète les dettes détenues par les banques et les agents financiers avec cet argent frais. Donc ces derniers sont délestés de leurs contrats avec l'État, la BCE prenant leur place. 

La BCE, via la Banque de France, détient 20% de la dette publique française. Ces contrats n'engagent que la BCE et l'État. Et personne d'autre. Donc si ces contrats sont annulés, théoriquement personne n'est lésé !

Si la BCE ne veut pas annuler cette dette, c'est purement pour des raisons politiques, d'une part pour pouvoir continuer à mettre la pression sur le gouvernement pour qu'il suive une politique budgétaire austère, d'autre part pour avoir un contrôle sur sa politique économique. 

En effet, la BCE et la Banque de France, bien qu'étant des établissements publics dans leurs statuts, sont aux mains du lobby bancaire et financier. Le gouverneur de la Banque de France, ex-numéro 2 de la BNP, exige du gouvernement des politiques de "maîtrise des dépenses"...

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Il faut comprendre derrière les mots techniques de ce fonctionnaire (le plus payé de France), que l'État doit augmenter les impôts et les taxes, et réduire la dépense publique. Il ne manque pas de culot en cette période où l'hôpital est en manque de moyens. 

Mais pourquoi alors insiste-t-il pour que l'État augmente les impôts et rembourse les dettes détenues par la BCE ?

Quand les agents économiques payent des impôts et que la dette publique est remboursée, la monnaie devient plus rare, et donc sa valeur se maintient.

En somme, pour le dire autrement, la dette ne doit pas être en "open bar" pour le peuple, car sinon la monnaie risque de perdre de sa valeur. C'est ce qu'il dit en substance sur France Inter lors d’une émission, le samedi 3 octobre : "Nous ne pouvons pas tout nous offrir, tout le temps". 

Dans l'esprit de la caste financiarisée, la monnaie doit rester rare pour les gens ordinaires afin qu'ils trouvent la motivation nécessaire pour l'acquérir par le travail, et non par la dette. 

Ainsi, la création monétaire de la BCE qui a servi à racheter la dette publique ne doit surtout pas être annulée, pour que le peuple travaille à son remboursement. 

En revanche, la BCE crée et injecte des centaines de milliards d'€ dans le circuit financier pour sauver les banques et les agents financiers. Cet argent est investi ensuite dans les actions et l'immobilier, créant des bulles qui enrichissent encore plus la caste financiarisée. 

Si on comprend bien la logique de tous ces gens qui nous gouvernent, dont les banquiers centraux non élus par le peuple, la création monétaire au service du peuple "ce n’est pas bien", mais pour les banques, et les possédants "c'est open bar". 

Ce que nous vivons est le comble de l'iniquité. Les gens ordinaires même s'ils n'arrivent pas à comprendre tous les rouages, le ressentent. En aggravant les inégalités, nous mettons en danger la société en proie aux frustrations. Il est urgent de le comprendre, puis d'agir ! 

 

Anice Lajnef, Octobre 2020

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