Bis repitita : l'heure de la grande pénitence économique et financière

En 1932, Joseph Caillaux, Ministre des Finances à sept reprises entre 1902 et 1935, s'adressant "à la postérité plus ou moins éloignée", explique qu'il avait prévu en 1924 la grande crise économique à venir, mais qu'elle fut retardée à cause de la création monétaire débridée.

Dans ce discours prononcé au Sénat par Joseph Caillaux sur la crise économique et financière de l'entre-deux-guerres, il explique que sa prédiction de 1924 -lorsqu'il annonça que "l'heure était venue de la grande pénitence économique et financière"- était faite trop tôt car "l'avènement de la tourmente fut retardé par les inflations monétaires que les gouvernements distribuèrent à l'envie dans le monde et qui eurent à peu près les mêmes effets que la piqûre de morphine que le médecin inflige à son patient, qui endort le mal, mais qui le laisse cheminer sourdement, et qui lui ménage une irruption d'autant plus violente qu'elle a été artificiellement retardée. Donc, à la fin de 1929, a commencé à éclater une crise qui s'est développée puis qui prend de jour en jour un aspect plus redoutable dont on se demande quand et comment elle se finira. À ceux qui nous succéderont, peut-être les choses sembleront elles plus simples, peut-être riront-ils de nos alarmes, peut-être des moyens plus efficaces de remédier aux maux dont souffre l'humanité auraient-ils été découverts ? Je sais, ce qui me fait penser que nous grossissons nos mésaventures ou notre mauvaise fortune, c'est quand je lis Montaigne, j'aperçois qu'à la fin du XVIème siècle, l'auteur des "Essais" constatait que tout croulait autour de lui, en tous les grands États, soit de chrétienté soit d'ailleurs, disait-il. Regardez-y, vous y trouverez une évidente menace, de changements et de ruines, mais le doux philosophe ne prenait pas les choses au tragique, il apercevait que sans doute, Dieu voudrait, qu'il en advient de la société, comme des corps qui se purgent et se remettent en meilleur état, par de longues et graves maladies, mais qu'Il les rende plus entiers et plus nets, (purgés des) maladies qu'Il leur avait ôtées. Puisse l'avenir, nous être aussi miséricordieux qu'il le fut à Michel de Montaigne." 

Incroyable discours d'un expert de son époque qui connaît les effets néfastes de la dette et de la "morphine monétaire" sur nos sociétés. Dans ce discours, Joseph Caillaux nous parle, à nous directement, les générations futures. Son discours n'a pris aucune ride ! 

Nous pouvons aujourd'hui lui répondre : non, nous ne rions pas de vos alarmes, car nous faisons exactement les mêmes erreurs que firent vos contemporains. Une inflation monétaire débridée des banques centrales qui ne fait qu'endormir le mal, ne servant qu'à retarder l'irruption violente du mal !

Ce discours de 1932, finit par une note d'espoir, mais semble conscient du pire à venir. En 1939, une guerre mondiale éclata et marqua dans le chaos la fin du cycle usuraire en cours. Le coût de la purge fut chèrement payé : plus de 50 millions de morts !

Quand est-ce que nous allons enfin apprendre de l'histoire et de nos erreurs ? L'homme est un éternel "oublieur". Nous devons faire ce travail historique et comprendre que depuis Montaigne et même avant, les sociétés qui reposent sur les logiques usuraires finissent par sombrer dans le chaos. 

 

Anice Lajnef, Décembre 2020

 

Source : 

Crise de 1929: Discours de Joseph Caillaux sur la crise (avril 1932) © ArchivesRadio

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