Le péché originel de la classe dirigeante

Pour comprendre le profond malaise entre le peuple et la classe dirigeante, il faut revenir aux origines, et au deal proposé jadis par les banquiers à nos gouvernants.


- Les banquiers : "laissez-nous gérer la monnaie, nous financerons vos dépenses"
- les gouvernants : "mais comment l'État paiera-t-il les intérêts ?"
- Les banquiers : "en taxant les citoyens !".

La Banque d'Angleterre, la Banque de France, et la FED furent à leur création des entités privées, détenues par quelques familles. La ruse consista entre autres à leur donner des noms qui feraient penser aux citoyens que ce sont des institutions publiques.

Le cas de la Banque de France est troublant, car 11 ans après une Révolution censée libérer la France du népotisme de l'Ancien Régime, Napoléon accepte la proposition d'un banquier Suisse de créer la Banque de France, et d'en devenir avec les membres de son clan des actionnaires majeurs (Napoléon actionnaire de la Banque de France).

Depuis, du temps à passé, et il a fallu une guerre mondiale sanglante pour que la Banque d'Angleterre et la Banque de France soient nationalisées. Dans la France d'après-guerre, la quasi totalité du système bancaire français est nationalisée pour financer la reconstruction.

Mais grâce à l'effet exponentiel inhérent aux taux d'intérêts, les fortunes des usuriers se reforment, et ces derniers organisent la privatisation des profits: 30 ans après la guerre, c'est l'ère de la dérégulation bancaire et financière, et du financement des grandes fortunes

À partir des années 80, les marchés financiers deviennent des casinos géants, les banques sont privatisées, les businessmen sont érigés en model pour la jeunesse... c'est le début du désordre total.

À la même époque, les masses sont endettées de plus en plus dans des crédits immobiliers et des crédits à la consommation. Cela a deux effets :
- enrichir et donner du pouvoir à ceux qui les endettent
- aliéner les gens par la dette, et les affaiblir socialement

Avec la prolifération des crédits et la hausse de l'immobilier qu'elle engendre, les gens ordinaires perdent de leur pouvoir : il faut bien payer le crédit et les intérêts qui lui sont attachés à la fin du mois pour les uns, le loyer de plus en plus cher pour les autres !

La société s'individualise, les mouvements sociaux sont matés pas seulement par les forces de l'ordre au service du pouvoir et de la finance, mais aussi par les impératifs financiers qui affaiblissent les velléités de justice sociale d'un peuple endetté !

Symétriquement, les usuriers, c'est à dire ceux qui profitent de l'endettement des masses, et leurs chouchous qui construisent des empires grâce à des dettes colossales, voient leur pouvoir politique et médiatique s'amplifier.

Ainsi, non seulement le système bancaire et monétaire fondé sur la dette et les intérêts a déséquilibré la répartition des richesses, il a aussi conduit à une mainmise sur les pouvoirs politiques et médiatiques, extrêmement dangereuse pour la démocratie.

Le peuple est abruti avec des polémiques à répétition alimentées par les médias des milliardaires. Le fond du problème n'est jamais évoqué, à savoir une économie prise en otage par le diktat de la dette et des intérêts qui lui sont associés.

Le vrai débat serait de savoir comment se sortir de ce bourbier de la finance pour construire un système monétaire plus juste libéré de la dette, des intérêts, et des usuriers !

Le débat est d'autant plus complexe que la donne de départ évoquée au début de ce tweet a muté : même si les banques centrales travaillent dans l'intérêt du système bancaire et financier, elles ne sont officiellement plus privées pour la plupart.

Les États des pays développés se financent à des taux très bas, voir négatifs.
La seule constante est un peuple matraqué par la pression fiscale et la dette privée encouragée par les banques commerciales.

Le deal entre nos dirigeants politiques et la finance a muté ainsi :
- vous voulez qu'on vous fasse élire ?
- oui !!
- faites en sorte que nos richesses soient protégées, que l'évasion fiscale soit tolérée, que les banques centrales agissent pour maintenir nos patrimoines 

- oh oui ! Comment oserons-nous aller contre vous ? Vous êtes la richesse de notre pays et nous avons besoin de vous (#Macron)
- si vous êtes soumis et sages, nous financerons vos déficits publics grâce à l'argent "public" injecté par la BCE.

Ironie de l'histoire, c'est grâce à la création monétaire "publique" des banques centrales que les parasites financent nos États. En somme avec notre monnaie commune ! Et au passage ils en profitent pour s'endetter gratuitement pour acheter des actions et toucher des dividendes. 

Le dividende a partiellement remplacé le taux d'intérêts chez ces usuriers des temps modernes. La spéculation sur les marchés financiers est un autre moyen pour eux de s'enrichir sur les peuples endormis, occupés à se diviser sur un agenda imposé par les médias des milliardaires. 

Tout ça pour dire qu'il ne faut pas compter sur nos dirigeants politiques actuels pour changer la donne. Ils sont de mèches avec les forces de l'argent, celles qui nous dirigent vraiment.

Pour sortir de cette impasse qui nous mène au pire, il faut casser le deal originel, c'est à dire reprendre aux banques et à la finance le pouvoir de gérer notre monnaie commune.

Il faut faire en sorte que la monnaie ne soit plus l'outil des banques pour nous endetter. La dette c'est l'aliénation !
L'alternative au système actuel n'est pas de dire que tous les riches sont des méchants.

L'alternative au système est de réfléchir à un système monétaire libéré de la dette, où tout est fait en sorte pour que la monnaie serve l'économie réelle, la recherche, l'innovation, l'entrepreneuriat, le commerce local, équitable et respectueux de l'environnement.

Sans proposer une alternative viable au système actuel, et sans éduquer les électeurs sur ces questions économiques, les forces de l'argent et les pantins politiques qui nous dirigent continueront leur mascarade jusqu'à ce que le chaos mette fin à la partie.

 

 

Anice Lajnef, Septembre 2020

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.