La banque primitive, le zoulou, et la BCE

Imaginez qu'une banque primitive prenne 100 grammes d'or en dépôt et les échange contre 100 billets de 1 zoulou (le zoulou est le nom de l'unité monétaire, comme l'euro chez nous).

Si cette banque crée 100 autres billets à partir de rien et les distribue aux 0.1% de la population, alors votre zoulou ne vaut plus que 0.5 gramme d'or.

L'ignorant est celui qui pense ne pas être lésé parce que sa richesse en zoulou est préservée sur son compte bancaire. On réalité ses zoulous valent deux fois moins.

Ce raisonnement de dévaluation du zoulou ne tient plus si les 100 zoulous empruntés par les 0.1% servent à créer de la valeur productive et sont détruits une fois remboursés. Les billets créés temporairement puis détruits génèrent de la création de richesse matérielle et immatérielle (innovation, recherche)

Depuis 10 ans, la BCE a injecté 5000 milliards d'euros dans les marchés financiers dont la plupart sert à la spéculation en bourse, et non l'économie réelle. Les 0.1% se servent de l'argent créé par la BCE pour acheter des actions, faire du rachat d'actions, spéculer dans la pierre…

Cet argent qui sert la caste financiarisée n'est jamais détruit car l'argent créé par la BCE est constamment remis en circulation par la BCE via de nouveaux prêts. Cet argent ne sert qu'à maintenir la richesse des possédants, et aucunement à créer de la valeur réelle.

Il sert même à s'accaparer par la dette gratuite les actions et l'immobilier pour toucher des dividendes et des loyers, de façon purement passive.

Chaque euro touché par cette caste, dépensé ensuite dans l'économie réelle, prend illégitimement une part du gâteau des 99.9%. Ce hold-up financier est un phénomène qui se fait ressentir de manière crescendo. L'argent de la BCE au service des 0.1% agit comme un poison lent.

Au départ ce sont les plus précaires qui le ressentent et se plaignent, mais personne ne les entend. Puis ce sont les classes moyennes. Puis ce sont les fonctionnaires. Bientôt, tout le monde sera impacté… Jusqu'à quand va-t-on laisser faire les décideurs aux manettes ?

 

Anice Lajnef, Octobre 2020

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