Libérer l’humanité du poison de la dette

Commençons par la fin. Si la finance ne se détruit pas d’elle-même, elle détruira la planète et l’humanité qui la peuple.

Bien sûr, on peut oser rêver qu’un mouvement populaire puissant, mené par des leaders honnêtes, renversera démocratiquement cette puissance financière qui a pris en otage notre économie, et qui a mis sous tutelle nos hommes politiques.

Ce rêve est utopique pour plusieurs raisons. Sans mouvement populaire, cette révolution n’est pas possible. Or la sophistication de la finance rebute le grand public qui éprouve énormément de mal à comprendre les mécanismes qui régissent la finance. Il est plus facile de comprendre et de réagir sur des questions sociétales que sur les effets pervers du quantitative easing mené par les banques centrales depuis une dizaine d’années.

Pour les prétendants au pouvoir politique, il est plus facile de parler de l’islamisation des quartiers populaires pour haranguer les foules, ou de promettre de supprimer la taxe d’habitation pour s’acheter les voix des classes moyennes, que de proposer de définanciariser notre économie sur un horizon de trente ans.

Le rêve de définanciariser notre économie est aussi utopique, car par nature, au fil du temps, les richesses se concentrent de plus en plus sur une minorité d’individus. Cette concentration devient si forte, que le pouvoir de l’argent se mue petit à petit en pouvoir politique.

Aussi, les économistes n’arrivent pas à penser une économie sans finance. Aucun économiste ne remet en cause le fait que notre économie repose essentiellement sur la dette.

Pourtant, si les dettes étaient toutes annulées par décret présidentiel, notre économie s’écroulerait, car plus de 90% de la monnaie est de la dette via l’activité des crédits bancaires. Rendez-vous compte, notre économie ne tient que parce que les individus, les entreprises, les Etats sont endettés. Cette économie ne tient que grâce à l’emprise des banques sur chacun de nous. Comment peut-on croire à une société libre et sereine quand ce fait est connu et compris ?

Cette dette est la matérialisation concrète de l’emprise de la finance sur l’économie réelle. Il n’est pas question de revenir à une économie de troc en remettant en cause la monnaie. Mais il est question de remettre en cause cette monnaie construite à partir de la dette : la monnaie-dette.

Tant qu’il est possible d’endetter les masses, pour les faire consommer et travailler, le business des banques peut continuer.  Donc la monnaie-dette n’est limitée que par notre capacité de consommer, et notre capacité à accepter le travail pour payer les dettes et les intérêts bancaires.

Ces deux limites peuvent se traduire par une limite écologique, et une limite sociale. En d’autres termes, jusqu’où notre planète peut supporter notre consumérisme, et jusqu’où les travailleurs peuvent accepter le poids de la dette.

Même un travailleur peu endetté peut être victime de ce système, car là où la dette est détruite au fur et à mesure de son remboursement, les intérêts bancaires restent. Or quand la croissance est faible, ces intérêts qui ne créent aucune richesse réelle diluent le pouvoir d’achat de tous.

C’est pour cette raison que les élites nous bassinent avec la croissance, car elle permet de maintenir le pouvoir d’achat des Français, et donc d’avoir la paix sociale. En même temps, cela permet aux détenteurs de capital et à l’Etat de ponctionner et de se partager une grande partie de la croissance via les intérêts bancaires, et les diverses taxes et impôts.

Or une économie qui ne peut tenir que par la croissance fait face tôt ou tard à une limite écologique. La dette financière qui est au cœur de notre économie se transforme dans le monde réel en dette écologique. Au cours du temps, celle dernière gonfle, jusqu’à créer une bulle écologique, qui peut exploser à tout moment. Donc, si la finance ne se détruit pas d’elle-même, elle détruira le monde et l’humanité qui la peuple.

Sauf si un mouvement populaire comprend qu’il est urgent de se doter collectivement d’une monnaie dont la croissance est limitée. Une monnaie qui ne soit pas entre les mains des banques. Une monnaie au service de tous, qui soit un support pour faire du commerce réel, et non pas une monnaie fictive qui sert à la spéculation. Une monnaie qui cesse une bonne fois pour toute d’être la coquille de l’endettement des masses. Une monnaie qui libère les peuples.

Pour cela, il est possible de penser à une monnaie qui serait une construction de l’esprit, et qui pourrait répliquer les qualités de l’or : une quantité stable, qui croît modérément au fil du temps, au rythme de la nature et de l’humain.

Les crypto-monnaies ont tenté ce tour de force, mais sans être à l’initiative de l’Etat. Il est possible de travailler sur un protocole transparent, indépendant, démocratique, et écologique. La France est riche de chercheurs de classe mondiale. 

C’est au peuple de comprendre les enjeux, et à mettre à la tête de l’Etat des dirigeants honnêtes qui sont prêts à faire face aux pouvoirs du vieux monde et planifier la transition progressive de la monnaie-dette vers la nouvelle monnaie. Le but étant d’extraire de notre économie le venin de la dette.

 

 

Anice Lajnef

Novembre 2018

 

 

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