Plus que la reconnaissance du vote blanc, le droit au vote de rejet !

Dans son allocution du 11 décembre 2018, le Président Emmanuel Macron, a évoqué la possibilité de prendre en compte le vote blanc. Mais pour sauver la démocratie du cancer de l'abstention, il faudrait une décision plus radicale : donner le droit aux Français de voter par rejet, contre un projet politique.

Qui mieux que ce Président, élu par défaut au second tour face à Marine Le Pen, pouvait mettre sur le devant de la scène la prise en compte du vote blanc ? Au second tour, le Président a été élu par 43% des Français, et 34% des inscrits ont voté blanc, nul ou se sont abstenus. Marine Le Pen arrive en troisième position avec 22% des voix (1). Et parmi ceux qui ont voté pour E. Macron, combien l’ont fait par réflexe « républicain » ?

Le constat est sans appel, notre démocratie est malade. Les citoyens se sentent de moins en moins concernés par ces élections dont le résultat semble joué d’avance. Quiconque passe le second tour face au candidat du Rassemblement National de Marine Le Pen, est sûr d’être élu.

Le parti de Marine Le Pen concentre sur lui une frange partisane des citoyens, mais il concentre aussi sur lui un rejet fort de la majorité des Français : selon un sondage de la Sofres réalisé en Mars 2017, juste avant les élections présidentielles, pour 58% des Français, le parti de Marine Le Pen représente un danger pour la démocratie.

Comment un parti qui concentre sur lui un tel rejet de la population peut se retrouver au second tour ? Seul notre mode de scrutin actuel le permet. Le programme clivant du Rassemblement National (RN) attire une frange partisane, mais rien ne permet aux autres électeurs d’exprimer leur rejet des idées du parti de Marine Le Pen.

Pour contrer les idées du RN, les opposants ont la possibilité de donner leurs approbations à un autre parti avec trois risques majeurs. Le premier risque est de voir le vote dilué sur une pléiade de candidats. Le deuxième risque est de donner l’impression au candidat choisi le sentiment d’avoir été plébiscité, alors que le vote exprimait un rejet d’un candidat adverse et non une approbation du candidat choisi. Le troisième risque est de devoir voter utile dès le premier tour des élections, comme ce fut le cas pour certains partisans de Benoit Hamon qui se sont reportés sur le vote Mélenchon ou Macron.

Pour toutes ces raisons, il faudrait avoir le droit de voter par approbation (+ 1), par rejet (- 1), ou d’exprimer un vote neutre (0). Le gagnant serait celui ayant obtenu le plus de points, ou la meilleure moyenne. Ce vote par note, sous forme de QCM, permettrait d’exprimer une vision moins partisane de la politique. Ainsi, les électeurs partisans se neutralisent partiellement, laissant la place à la France du consensus de s’exprimer.

Dans le contexte actuel, la démagogie politique n’est pas pénalisée car les candidats ne craignent rien des électeurs qui sont la cible de leur programme. Avec le vote par note, et la possibilité de rejeter un programme, la vie politique gagnerait en compromis. Ainsi, les minorités qui seraient la cible d'un candidat, pourrait concentrer leur rejet de ce candidat, et ainsi le neutraliser.

Enfin, ce mode de scrutin apporte une transparence et peut-être une vérité difficilement acceptable : nos dirigeants sont élus avec peu d'approbation, et sont donc très peu légitimes démocratiquement. Un tel mode de scrutin aurait donné comme message que le Président Macron a été élu par défaut, par une majorité du peuple de gauche. Sûrement la politique anti-sociale d'Emmanuel Macron aurait été moins agressive.  

Le CNRS étudie ces nouveaux modes de scrutin depuis 2002 (3). Mais l’inertie politique est totale. Il faudrait peut-être attendre l’occasion d’une assemblée constituante pour définir les règles du mode de scrutin de la VIe République.

 

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