Conseils économiques aux jeunes générations

Avec mon compte Twitter et mon blog sur Médiapart, l'économie est abordée sous un angle politique, car rien n'est plus politique que l'économie. Elle est aussi abordée sous un angle théorique, car il faut analyser le fondement de la finance pour pouvoir critiquer les mécanismes qui la régissent. Qu'en est-il dans la vraie vie ? Quels conseils donner à ses proches et à ses amis ?

Les conseils que je vais exposer vont vous paraître élémentaires, mais leurs implications sur l'économie sont loin d'être anodines. 

Quand des jeunes me demandent conseil, voilà ce que je leur dis :
- travaille, car le travail est le meilleur des investissements
- soit patient et endurant, car cela paye toujours
- ne t'endette pas
- ne thésaurise pas ce que tu reçois, dépense-le ou investis-le. 

L'importance de persévérer dans l'effort est contre intuitive car certains jeunes considèrent seulement le niveau de rémunération présente du travail, sans prendre en compte que l'expérience acquise aujourd'hui sera récompensée plus tard. 

On en vient au second conseil sur la patience et l'endurance. L'homme a conscience de la notion de temps, et que sa vie est limitée. Il est donc tentant pour certains de prendre des raccourcis et d'accélérer le temps, en ramenant à aujourd'hui ce qu'ils recevront plus tard. 

Ces personnes impatientes sont majoritaires dans les sociétés modernes. Ce sont les meilleurs clients des banques. Ainsi on peut dire que l'activité des banques exploitent l'impatience des uns et des autres, pour leur ramener à aujourd'hui une partie de leurs gains futurs. 

Le banquier ne fait rien d'autres que d'analyser vos rémunérations futures, d'en mesurer le risque, et de les ramener à aujourd'hui par un coup de baguette magique. Ce pouvoir énorme donné au banquier est la création monétaire qu'il réalise lorsqu'il vous octroie un prêt. 

Bien sûr, le banquier se rémunère en se servant sur le fruit de votre travail futur : ce sont les intérêts. D'une certaine manière, l'impatient accepte de partager avec le banquier le fruit de son travail, alors que le banquier en réalité ne possède même pas l'argent prêté ! 

Savez-vous ce que le banquier possède à son actif ? Votre engagement et une partie de votre vie : la corde au cou que représente la dette ! Ainsi on en vient naturellement au troisième conseil : "ne t'endette pas"... 

La dette est un fardeau, elle aliène, elle prend de vos libertés. Pour les gens honnêtes et conscients des choses, elle les plonge dans le devoir permanent, parfois même dans la culpabilité, celle de ne pas pouvoir tenir leur parole, leurs engagements. 

Pourtant, le système économique actuel repose sur la dette et aucun milliardaire ne s'est construit sans la dette. Si la richesse est votre seul but dans la vie, et que vous n'avez pas peur de vivre une vie tourmentée, alors endettez-vous. 

Les plus riches ont compris que la dette est le meilleur levier pour atteindre de grandes richesses. Ils ont surtout compris qu'à partir d'un énorme niveau de dette, c'est la société qui en porte la responsabilité. Ce n'est ni eux, ni la banque qui leur a fait le prêt. 

Ces gens inconscients ou sans honneur ont compris qu'en cas de succès, ils profiteront des gains, et qu'en cas d'échec, c'est la banque ou la société qui en paieront le prix. Ils sont riches certes, mais que valent vraiment leurs existences ? 

La richesse par la dette est érigée comme le summum de la réussite par nos sociétés modernes. Ce n'est plus la philosophie ou la foi qui donne la finalité de nos existences, ce sont les banquiers qui donnent le tempo, et ce tempo est infernal ! 

Le confinement fut en ce sens une aubaine, il a figé le temps, et nombreux d'entre nous ont eu l'occasion de méditer sur leur existence et la finalité de leur vie. Les banques, la finance, en nous endettant, nous impose une vie infernale, et on le ressent encore plus aujourd'hui. 

La dette aliène socialement, exploite les pays du tiers monde, et détruit notre planète car elle permet de consommer aujourd'hui ce qui aurait dû être consommé plus tard. 

La dette a un autre effet pervers : elle vous pousse à la soumission. En n'étant pas endetté sur 20 ans par un crédit immobilier vous pouvez prendre plus de risques dans votre carrière. Ce que vous perdez par l'inflation immobilière, peut être compenser par la possibilité de prendre des risques dans vos choix professionnels.

La dette impose aussi une soumission sociale. Dans les années 60, la durée moyenne des crédits immobiliers était inférieure à 10 ans, aujourd’hui elle tourne autour de 20 ans. Un peuple moins endetté est un peuple plus libre de manifester dans la durée son mécontentement et d’imposer la sauvegarde des droits sociaux.

On en vient au dernier conseil : "ne laisse pas ton argent dormir dans un compte en banque". Non seulement la thésaurisation est un poison pour l'économie, mais surtout l'inflation provoquée par la prolifération des crédits rongera le fruit de votre travail passé. 

Ceux qui se soumettent au crédit partage le fruit de leur travail futur avec les banques.
Ceux qui ne s'y soumettent pas, mais qui thésaurisent, voient le fruit de leur travail passé rongé à cause de l'inflation, fruit de la prolifération monétaire provoquée par les banques ! 

C'est pour cela qu'il faut être pro actif, en dépensant ou en investissant son argent pour le protéger de l'inflation.
Une autre façon de justifier la gestion dynamique de l'épargne, et de considérer que ce surplus de richesse est une faveur de la vie qui doit servir l'économie. 

Si tout le monde thésaurise, c'est l'économie qui s'écroulerait. C'est d'ailleurs à cause de cet excès de prudence que les banquiers ont construit leur activité. Historiquement, c'est en se servant dans l'épargne que les banquiers prêtaient de l'argent qui n'était pas le leur. 

Pour résumé, les conseils que je donne sont à l'opposé de ce qui fait la force des banques et qui leur donne un pouvoir démesuré dans la société : le travail, la patience, la confiance dans l'avenir, le non-endettement, et l'investissement dynamique et sans crédit de l'épargne. 

Ironie de notre économie, si tout le monde suivait ces conseils, l'économie s'écroulerait, car la monnaie repose à 95% sur le crédit bancaire, et si plus personne ne s'endettait, alors il n'y aurait presque plus de monnaie en circulation ! 

C'est pourquoi il est urgent de repenser la définition de notre monnaie. La monnaie ne doit plus reposer sur le crédit. La monnaie doit redevenir libre de dette et à la vie infinie : elle servirait l'économie réelle, dans le respect des peuples et de l'environnement.

 

Anice Lajnef, Septembre 2020

 

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