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Billet de blog 14 sept. 2020

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L'ordre et le désordre

L'été est une période de l'année idéale pour observer la nature en journée et le ciel étoilé la nuit venue. C'est un moment propice pour méditer sur ce que nous sommes en tant qu’humain, mais aussi de nous remettre en question en tant qu'individu.

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L'été, c'est aussi ce moment où le temps se fige, et où la routine de l'année est rompue.
C'est donc un moment parfait pour se remettre en question et réorienter autant que possible sa vie. 

Au moment du confinement, le temps a été aussi figé, et la routine rompue. Mais cette fois ce fut une période exceptionnelle car le questionnement était collectif et la remise en question de notre société et de nos habitudes a permis des échanges riches sur les réseaux sociaux. 

Même ceux qui nous dirigent nous avaient promis le changement. Ils nous avaient garanti d'avoir compris cette fois que le futur commun devra rompre avec le passé. Puis il y a eu le dé-confinement, et nos routines ont repris, mais aussi les mensonges de nos dirigeants politiques. 

Heureusement que l'été est là, et que l'observation du ciel et de la Nature nous permettent de nous évader physiquement du monde tumultueux de la ville. Cette évasion n'est pas seulement physique, elle est aussi immatérielle. 

En observant le ciel étoilé, je repense humblement à ceux qui nous ont précédé : Galilée, Copernic, Kepler, Newton, et Coriolis. 

Ces éminents savants n'ont pas seulement observé le ciel et les étoiles, ils en ont aussi tiré l'intime conviction que l'univers est régi par des lois physiques immuables. 

La Terre, la Lune, le Soleil et les planètes voguent chacun dans leur orbite bien défini. Aussi puissants sont-ils, ils respectent l'ordre naturel des forces physiques. Même le pommier de Newton respecta cet ordre, tout autant que les étoiles lointaines. 

L'univers est en constant équilibre, comme une balance qui ne pencherait jamais d'un côté ou d'un autre. Les planètes et les astres ne peuvent pas aller contre les lois de la Nature. Ce "respect forcé" des lois permet un équilibre nécessaire : l'ordre est à tout moment garanti ! 

Qu'en est-il des hommes ? Pour répondre à cette question, je me suis toujours demandé pourquoi l'observation du ciel étoilé m'apaise, et surtout provoque une remise en question positive de mon existence ? 

À l'ordre des planètes et des astres répond le désordre de nos vies de citadins. Rien n'est moins naturel qu'un métro bondé, que des rues embouteillées, qu'un sans domicile fixe souffrant du froid de l'hiver, qu'une salle de marchés baladée par des mouvements boursiers violents. 

L'ordre de la nature et le désordre des hommes : la nature respecte les lois universelles de la physique en y étant soumise ; l'homme les défie constamment car il est fort de son libre arbitre. 

La pomme de Newton a été soumise à son poids et à la loi de la gravitation. L'homme a décidé de défier cette même loi, fort du pouvoir de son intelligence, en envoyant des hommes sur la Lune, ou en faisant voler des avions. 

Il y a un lien entre l'ordre des planètes et le désordre des humains : la Nature est en constante balance, respectant l'équilibre naturel ; l'homme a le pouvoir de faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre, créant des déséquilibres sociaux et écologiques. 

Le respect "du poids et de la mesure" dans les échanges commerciaux a de tout temps été le gage de la paix des hommes. Mais petit à petit, l'homme s'est sophistiqué et s'est libéré de ce respect de l'équilibre de la balance sur les questions économiques. 

L'invention de la monnaie et ses sophistications successives au fil du temps, ont conduit les hommes à se défaire de l'équité nécessaire à tout équilibre social.
La création monétaire ex-nihilo issue de l'intelligence humaine en est le paroxysme ! 

Le fondement même de la finance est un défi contre la justice et l'équité. Rien n'est plus biaisé que la logique de la dette et des intérêts : le puissant est favorisé, le faible écrasé. C'est de ce déséquilibre que souffre notre économie et la société. 

Ce déséquilibre est de nature divergente, c'est à dire qu'au fil du temps les conséquences néfastes du système mis en place par l'homme s'aggravent jusqu'à devenir de plus en plus évidentes, mais aussi insupportables pour ceux qui en souffrent. 

D'une certaine manière, l'homme a le privilège de choisir sa propre trajectoire et de s'éloigner s'il le veut de la ligne de la justice et de l'équité. Notre système monétaire et financier en est une illustration. 

L'amour de l'argent provoque des conflits géopolitiques, mais aussi sociaux au sein même des nations riches.
La divergence de l'état de l'ordre est supportée jusqu'à ce que les injustices et les inégalités atteignent un point de rupture : à ce moment-là il est trop tard ! 

Nous sommes en train de vivre ce moment de rupture. Beaucoup de gens le ressentent, sauf ceux qui continuent à se mentir à eux-mêmes. En général, ces derniers sont ceux qui profitent du système. 

Les économistes même les plus iconoclastes ou atterrés sont enfermés dans la nature injuste de la dette et des intérêts. Ils n'arrivent pas à s'en sortir et à inventer un monde dont le fondement ne soit pas à la fois biaisé et divergent comme les intérêts de nature exponentielle. 

La solution menant à un monde économique et social plus juste existe pourtant. Il faudrait soumettre les hommes à une force de rappel aussi efficace que la force de gravitation. Cette force de rappel doit être inscrite dans la nature même de la monnaie. 

Cette force éviterait que les inégalités de richesse s'exacerbent. Elle permettrait aussi que la richesse des uns ne s'envole pas de façon démesurée. Une richesse individuelle quasi infinie se fait nécessairement au détriment des autres. 

Cette force de rappel est l'opposé des intérêts bancaires. Là où le capital est considéré comme un privilège qui doit être rémunéré par des intérêts, cette force de rappel induira que le surplus de richesse est une responsabilité qui doit être au service du bien commun. 

Cette force de rappel doit s'inscrire dans la logique de l'équité et de la justice. Elle doit soumettre le surplus de richesse à l'érosion naturelle, rappelant à l'homme sa nature fragile et éphémère. 

La richesse oisive accumulée doit s'éroder avec le temps, et non pas s'accroître comme c'est le cas aujourd'hui grâce à la logique des intérêts composés. 

Là où les intérêts du riche sont de nature exponentielle entraînant le désordre et le chaos, cette force de rappel serait de nature convergente : des intérêts négatifs appliqués au capital, dont le fruit irait directement dans les poches des plus démunis parmi nous. 

Cette force de rappel peut être inscrite dans la nature même de la monnaie. C'est l'idée de la monnaie fondante chère à Silvio Gesell, qui fut testée au XXème siècle dans un village autrichien avec un succès retentissant. Mais les "forces du désordre", sentant la menace, la firent interdire ! 

« L’avenir aura plus à tirer de la pensée de Gesell que de la pensée de Marx », estimait Keynes en 1936, dans la Théorie générale. L’avenir en question, jusqu’ici, ne lui a pas donné raison. 

Espérons que des penseurs modernes redonneront vie à cette idée de monnaie fondante qui est l'opposé d'une monnaie fondée sur les intérêts. La monnaie de l'ordre supplantera alors la monnaie du désordre !

Anice Lajnef, Juillet 2020 (publié en Septembre)

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