A la reconquête de la confiance perdue

Il est facile de se plaindre de l'ogre capitaliste, ce méchant patron ou financier qui est responsable de tous les malheurs de la société. Mais il est encore plus utile de se remettre en question collectivement et de comprendre comment nous avons cédé le pouvoir à la finance.

Comment le banquier a pris le dessus sur la société pour en devenir le quasi maître absolu ?

Le banquier s'est accaparé une denrée rare, très rare...

Vous pensez sûrement à l'argent et à sa création, comme je l'écris souvent sur mon blog ou sur Twitter ? 

L'argent n'est qu'une matérialisation de cette denrée rare. Elle en est la concentration.

Je vais essayer de vous expliquer quelle est donc cette denrée si rare, et si utile aux banquiers. 

Comme toujours pour comprendre la finance, il est utile de revenir à des temps anciens, à l'époque du troc.

Jadis, les échanges commerciaux étaient limités par la coïncidence des désirs des agents économiques. 

"Je veux bien te vendre mon pain aujourd'hui, mais j'ai nullement envie de manger ton poisson. Prend mon pain, je prendrai du poisson un autre jour."

D'une certaine façon, les agents économiques de l'époque étaient obligés de se faire CONFIANCE. 

Ils avaient d'une certaine manière créé la notion de dette/crédit, avant même que l'idée de banque existe.

Ils devaient juger par eux-mêmes qui était digne de confiance et qui ne l'était pas.

Et pour survivre, et être crédibles, ils avaient intérêt à tenir leurs engagements ! 

Mais une révolution majeure va changer la donne : c'est l'invention de la monnaie métallique.

Les hommes ont décidé ensemble que des métaux plus ou moins précieux pouvaient être échangés contre les produits. 

C'est une convention décidée en commun, qui va permettre de sortir du troc, et d'accélérer les échanges commerciaux.

Plus besoin de se faire confiance les uns les autres, il suffit de se libérer instantanément de sa dette grâce à cette argent métallique ! 

Petit à petit, dans les affaires commerciales, la monnaie, et plus particulièrement l'or, vont concentrer notre confiance.

Il suffit alors à une infime minorité de s'accaparer l'or, pour s'accaparer la confiance des hommes. 

Cette confiance concentrée sur l'or va donner à ce métal une énorme valeur, et attirer la convoitise des brigands.

Il devient urgent de déposer son or en lieu sûr, chez les ancêtres de ce que nous appelons aujourd'hui les banques ! 

Trop tentant pour les banquiers d'avoir autant d'or et de confiance entreposés dans leurs coffres sans faire fructifier ce magot. Les ancêtres de nos banquiers décident alors de prêter l'or qui ne leur appartient pas contre de juteux intérêts bancaires. 

On peut ainsi dire que l'activité bancaire est née d'un détournement de confiance ! Il ne venait pas à l'idée de nos ancêtres que les banquiers allaient prêter leur propre argent déposé chez eux en toute confiance ! 

Au fil du temps, la monnaie billet a pris la place de l'or, et dans la continuité des choses, notre confiance "aveugle" s'est déplacée vers cette intelligente invention bancaire. 

Depuis, le détournement de confiance opéré par les banques a été légalisé et institutionnalisé avec la complicité de nos pouvoirs publics, et grâce aussi à la naïveté des citoyens noyés dans la complexité de la finance. 

Nos banques aujourd'hui continuent de prêter de l'argent qui ne leur appartient pas ! En toute légalité ! 

Ainsi, pour reprendre le pouvoir sur les banques il faut déconstruire la confiance aveugle et quasi religieuse que nous portons sur l'argent.

Il faut apprendre à se refaire confiance entre nous. Construire les nouveaux outils qui vont matérialiser cette confiance. 

Avec la puissance des nouvelles technologies, cette gigantesque entreprise de reconquête de la confiance est possible.

En attendant, réapprenons à nous faire CONFIANCE ! 

 

Novembre 2019,

Anice Lajnef 

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