Coronavirus : la décroissance à marche forcée

Il est difficile de faire admettre la nécessité de rembourser la dette écologique par une décroissance mondiale maîtrisée et temporaire. Il valait mieux être maître de son destin que de le subir aujourd'hui avec cette crise du coronavirus.

Le capitalisme financier ne fonctionne que dans une logique de croissance. Or la Planète ne peut être sauver que s’il y a décroissance pour solder la dette écologique. Il faut donc inventer une économie purgée du poison de la finance et des maudits intérêts bancaires exponentiels.

Depuis les années 70, la dette financière mondiale s'est mutée en dette écologique, car nous avons trop tirer sur le crédit usuraire pour booster la surconsommation (par exemple, on estime à 40% le taux de gâchis alimentaire dans certaines régions du monde, notamment au Moyen-Orient).

La décroissance est impossible dans un système où le crédit avec intérêts est au centre de l'économie. Car l'intérêt est de nature exponentielle. Il est l'ennemi de la décroissance.

Finalement, nous n'avons pas voulu organiser au niveau mondial le remboursement de notre dette écologique en consommant moins. Le coronavirus nous y a forcé. Dans le chaos sanitaire et financier. 

Nul n'aime la décroissance. Et elle n'est pas souhaitable en temps normal. La  croissance soutenable est inscrite au plus profond de nous. Mais dans le cas présent, elle s'imposait, pour payer les erreurs écologiques de nos aînés qui nous ont conduits dans une course folle vers la consommation de masse et la production intensive, au lieu d'avoir miser sur la qualité et notre santé. Sans compter les ravages de ce vieux modèle sur l'écosystème.

Nous avons voulu mesurer le progrès sur la valeur du PIB, qui ne mesure pas le bonheur de réfléchir, de penser, de méditer, d’écrire, de dessiner, de contempler, en somme d’être satisfait de son temps, sans même consommer.

Ironie de l'histoire, pour nous qui sommes en quarantaine, nous avons maintenant le temps de méditer sur notre ancienne routine infernale imposée par le modèle économique, nous qui étions sans cesse entrain de courir après le temps et l'argent. Nous devons questionner ce modèle. Peut-être serons-nous plus à même d'écouter les sages scientifiques qui tirent la sonnette d'alarme depuis 50 ans ? 

Soyons les objecteurs de conscience du capitalisme financier. Soyons des lanceurs d'alertes. En 1979, dans l'émission "Les Dossiers de l'Ecran" Haroun Tazieff alertait sur les risques du réchauffement climatique sous les moqueries du commandant Cousteau qui s'exclama : "Ah, c'est du baratin ça !". Préférez être des peu illuminés, plutôt que des nombreux insouciants.

 

Anice Lajnef, Mars 2020

 

 

 

 

 

 

 

Précisions : 

- Pourquoi le prêt avec usure est compatible seulement avec de la croissance ?

- Par ce que l'intérêt crée un mouvement boule de neige, donc il faut de plus en plus endetter les gens, les entreprises et les États, pour que le système se maintienne. Or on endette les gens par le crédit via la consommation. Donc il faut les faire consommer de plus en plus.

- Quel est ce mouvement boule de neige ? L'appétit de la finance ?

- Le mouvement boule de neige dans l'usure est la fonction exponentielle qui caractérise le rendement du capital : K*exp(R*T).

K= capital

R = taux d'intérêts

T = temps

Avec un taux à 5% (plus que réaliste jusqu'en 2008), tu doubles ton capital tous les 14 ans !

 

 

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