La FED, l'alchimiste qui transforme le vide en or

De nombreuses personnes ne font pas trop de différences entre la création monétaire par les banques commerciales et la création monétaire par les banques centrales.

Les instigateurs du système bancaire et monétaire profitent de sa complexité pour abuser de la confiance populaire. Mais pour ne pas se perdre, ayez le réflexe de revenir à des concepts anciens mais plus simples. Puis faites des analogies.

Notre système bancaire et monétaire est issu d'une fraude qui a eu lieu il y a quelques siècles quand les banquiers d'alors ont trahi la confiance que les gens portaient sur la monnaie, indispensable à l'économie et aux échanges commerciaux.

En effet, pour 100 grammes d'or déposés, ils émettaient l'équivalent d'un billet comme preuve du dépôt des 100 grammes d'or, avec la promesse suivante : "La banque promet sur l'honneur de restituer les 100 grammes d'or à celui qui possède ce billet". Vous suivez ?

D'ailleurs, au passage, cette promesse est toujours restée inscrite sur tous les billets britanniques (même si la livre sterling n'est plus adossée à l'or depuis 1931).

Mais comme les usagers de la banque avaient confiance, ils laissaient leur argent déposé dans les coffres de la banque. Les quantités d'or étaient stables. Jamais il ne serait venu à leur idée que les banquiers les trahiraient. Et de quelle manière !

Voilà la ruse en question :
"Comme les dépôts d'or sont assez stables, créons plus de billets qui ne font face à aucun or physique, et qui pourront être utilisés dans l'économie réelle via des crédits qui nous rapporteront des intérêts."

"...De toutes les façons, les gens nous font confiance. Ils ne se rendront compte de rien, car ils n'ont aucune connaissance du nombre de billets en circulation, ni de la quantité d'or déposée". Bien sûr, ces deux valeurs devaient correspondre dans un monde éthique !

"Mais que fait-on si tout le monde reprend son or en même temps", demanda un des instigateurs ?
"T'inquiète, ça n'arrivera jamais. Et de toute façon on fera en sorte qu'il y ait assez d'or pour satisfaire les affaires courantes, et ceux qui paniqueraient". (Ancêtre du ratio Cooke)

Pourquoi est-ce une fraude ? Tout d'abord, parce que si tout le monde retire son or en même temps, alors il n'y aurait pas assez d'or pour satisfaire tout le monde, car il y a eu trop de billets imprimés.

Il y a donc rupture de la promesse initiale faite au déposant, celle de recevoir son or contre le billet quoiqu'il arrive ! Seuls les premiers déposants seront servis, les autres seront ruinés !

Et c'est déjà arrivé dans l'histoire, à la fin du XVIII ème siècle, en Angleterre! Suite à une guerre avec la France, les déposants de la Banque Royale Anglaise se sont rués aux guichets pour retirer leur or, et la banque a dû admettre son incapacité à satisfaire tout le monde.

C'est donc une fraude car la promesse initiale est INCONDITIONNELLE (quoiqu'il arrive), alors que la réalisation de la promesse est CONDITIONNÉE (peut-être) à ce que tout le monde ne se rue pas dans la banque. C'est un point subtil, mais crucial.

C'est aussi une fraude, car la prolifération des billets génère de l'inflation, qui pénalise les détenteurs d'épargne qui voient leur pouvoir d'achat s'affaiblir.

Mais au cours du XXème siècle, les banques centrales, les unes après les autres, ont abandonné l'idée même d'une réserve en or !
"À quoi bon adosser la monnaie à l'or, puisqu'ils n'ont le choix que d'utiliser notre monnaie pour leurs affaires courantes". 

Maintenant, l'analogie devient simple après toute cette analyse préalable :
- les réserves d'or = monnaie centrale (Fed, BCE...)
- les faux billets = les crédits émis par les banques commerciales

En 2008, ce fut une crise bancaire car les banques commerciales du monde entier ont abusé de la prolifération des crédits immobiliers (équivalent de la prolifération des faux billets).

En 2020, c'est une crise monétaire car les banques centrales du monde "développé" ont abusé depuis la crise de 2008 de la création de la monnaie centrale. Ils se sont pris pour des alchimistes qui peuvent créer de l'or à partir du vide !

En témoigne la réponse de l'ex président de la banque centrale américaine à propos de l'argent magique injecté dans les marchés financiers :
- Journaliste : est-ce que ce sont nos impôts que la Fed utilise ?
- Bernanke : non, on utilise un ordinateur pour ajuster simplement la taille de nos comptes

 D'ailleurs, le surnom donné par Wall Street au Président de la Fed est, tenez-vous bien, Dieu ! Rien que cela.

Je le répète souvent, le capitalisme usuraire est une religion de l'argent, avec à sa tête le Président de la Fed. Une organisation institutionnelle frauduleuse qui finance entre autres un État faucon responsable de nombreuses guerres.

D'ailleurs, le coronavirus est une occasion de prendre du recul sur ce monde inéquitable imposé par les instigateurs de ce système ruineux. La psychose de la mort, l'arrêt brutal de l'économie, le confinement imposé, figent le temps.

La finance, qui repose sur le commerce du temps, ne doit pas profiter d'un pouvoir de consommation usurpé aux individus qui participent à l'économie réelle du pays ! 

Comme le disait Aristote l'argent ne doit pas engendrer de l'argent. Plus tard, Saint Thomas d'Aquin décrivait l'usure comme le commerce du temps, alors que le temps ne peut appartenir qu'à Dieu. Cette crise est peut-être l’occasion de revenir sur le caractère usuraire de notre modèle économique.

 Anice Lajnef,  Mars 2020

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