Sciences profanes, histoire et scolastique...

J'ai haï la finance quand j'y étais, mais j'ai été fasciné par les modèles mathématiques qui y étaient utilisés. Non seulement par leur sophistication, mais surtout par leurs imperfections.

La principale imperfection des modèles en finance est de modéliser de façon continue le risque, alors que les événements sont brutaux et imprévisibles. Ils viennent toujours là, et au moment où on s'y attend le moins.

Dit autrement, la finance fait trois choses :
1/ elle s'est accaparé le temps pour le vendre : taux d'intérêts
2/ elle mesure le risque pour vous protéger contre lui : une sorte d'assurance (VIX, CDS, taux long)
3/ elle fraude

Un exemple de fraude : l'argent magique créé est injustement distribué. Mais comme dans un monde capitaliste usuraire "le temps, c'est de l'argent", voler de l'argent au peuple revient à lui voler son temps de labeur, donc cela pourrait rentrer dans la première catégorie citée ci-dessus.

La vente de temps peut être comprise comme votre existence que vous gagez auprès du banquier quand il vous octroie un prêt immobilier sur 25 ans. Certes vous remboursez la maison, mais vous remboursez surtout la banque.

En 2007, vos premières mensualités servaient à payer la maison à hauteur de 40% et 60% revenait au banques (échéancier de remboursements à la fin de ce texte). En plus, 95% de la somme prêtée n'appartient pas à la banque, puisque créée en tapotant sur un clavier d'ordinateur !

A quel moment a-t-on accepté cette spoliation de notre temps, de notre travail, de notre existence?
Les banques ont tellement été gourmandes, que sur 100€ de richesse nationale créé en 2007, 17% était prélevé en intérêts bancaires.Voilà de quoi la crise de 2008 est le fruit!


Revenons au risque maintenant, le deuxième business de la finance.
La finance a toute sorte de produits, plus fascinants les uns que les autres : CDS, VIX, Varswap...
Ce sont des assurances qui sont au départ achetées par des investisseurs qui veulent se protéger contre un imprévu. 

Mais très vite ils sont devenus objets de spéculations, et de chaos quand les choses ne se passent pas comme prévu.
Comme toute assurance, les vendeurs de ces produits touchent des primes soit au départ, soit au fil du temps.

Et il leur arrive de toucher des salaires allant jusqu'à des centaines de millions de dollars (pour une seule personne bien-sûr).
Ça peut durer des années, comme depuis 2010 à 2020.
Puis quand arrive un imprévu, leurs fonds spéculatifs font faillite, mais eux ne perdent rien.

Car comme le droit les dédouane de toute responsabilité personnelle tant qu'ils respectent les règles en place, ils ne sont redevables de rien. Donc, quand tout va bien ils partent avec les milliards, et quand tout va mal ils ne perdent rien !
C'est une constante de la finance.

Mais alors qui perd ? Leurs clients en premier lieu. Mais aussi vous indirectement ! Car c'est dans les moments où eux perdent de l'argent, que les dirigeants politiques acceptent que les banques centrales injectent des milliers de milliards d'argent d'intérêt public!

Et la note salée sera payée par le peuple de différentes manières : crises, austérité, impôts, coupes budgétaires, frustrations identitaires, désordre social, gel des salaires, perte du pouvoir d'achat. Parfois ça se paye même par des guerres. 

Ces cycles que je décris sont une constante de l'histoire, comme une fresque qui se répète à l'infini, sans que l'homme ne les garde en mémoire.
Nous en acceptons les règles du jeu, et nous devons en payer le prix collectivement.

En résumé, la finance s'est accaparée le temps pour nous le vendre, mais c'est surtout une sorte d'assureur qui touche des primes, sans jamais payer les indemnités quand il y a des dégâts.
La finance est la fraude la plus ingénieuse jamais construite par l'esprit humain.

En conclusion, Nassim Taleb a raison de louer l'intelligence des modèles mathématiques utilisés en finance pour moquer le manque d'anticipation des hommes politiques dans la crise sanitaire que nous vivons.

Mais la finance manque aussi d'autres grilles de lecture, ce qui en explique le caractère dur et immoral.
La finance est enfermée dans ses logiques mathématiques.
L'histoire, la philosophie, la foi, l'éthique, l'esprit de justice, sont autant de prismes qui peuvent nous éclairer. 

Anice Lajnef, Mars 2020

 

 

 

Pour ceux qui veulent aller plus loin, dans ce texte, j'essaye d'expliquer le concept de lutte des classes en lui donnant comme origine la classification des emprunteurs par la logique mathématique.
Ce qui semble logique ne l'est pas toujours...

Nous vivons une époque bien pire que les années 30 !Peu de gens le savent, mais notre système monétaire et bancaire repose essentiellement sur l’endettement. Sans crédits octroyés par les banques privées, il n'y aurait quasi plus de monnaie en circula…https://blogs.mediapart.fr/anice-lajnef/blog/011118/nous-vivons-une-epoque-bien-pire-que-les-annees-30

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