Blockchain : la nouvelle ruée vers l’or est digitale !

En France, la révolution de la technologie de la blockchain n'est pas prise au sérieux par les instances politiques. Certains y voient une mode qui ne sert qu'à spéculer. En réalité, un autre monde est en train de se dessiner, où la confiance des masses n'est plus concentrée sur une poignée d'organisations et d'individus. Cette décentralisation de la confiance va remodeler les pouvoirs en place.

Bulle technologique, bulle des crypto-monnaies

La bulle des crypto-monnaies, dont la plus célèbre d’entre elles, le bitcoin, n’est pas sans rappeler la bulle internet de la fin des années 90, et qui atteignit son apogée en Mars 2000.

Les phénomènes boursiers peuvent être dans l’excès et se tromper dans le « timing », mais ils sont souvent révélateurs d’une vision mal exprimée, et surtout précipitée. Ces excès sont corrigés par des Krach boursiers ravageurs. Mais à la suite de ce rappel à la réalité, l’intuition initiale des premiers spéculateurs se révéle souvent juste.

Il faudra attendre quasiment une décennie pour voir les valeurs technologiques redevenir les cadres des salles de marchés. Seuls les noms de ces valeurs stars ont changé : les Apple, Facebook et Google, ont pris les places des anciens cadors comme AOL, Yahoo et des nombreuses sociétés Télécom.

C’est exactement ce qu’il risque de se passer avec les crypto-monnaies. Les bitcoin, Ethereum et autres Ripple risquent de laisser leurs places dans le futur à de nouvelles monnaies aux protocoles plus innovants.

Le bitcoin a révélé au monde la « magie » du protocole de la blockchain. Mais le protocole bitcoin s’avère être un désastre écologique, nuisible pour notre planète. La consommation électrique du protocole bitcoin représente 0,23% de la consommation mondiale. Par comparaison avec les systèmes bancaires actuels, une transaction Bitcoin consomme autant que 450.000 transactions Visa ! L’empreinte carbone d’une transaction Bitcoin est de 374kg. C’est l’équivalent d’un vol entre Bruxelles et Berlin ! (1)  Ce protocole montre des limites évidentes qui le disqualifient.

Par analogie avec la bulle internet, l’éclatement total de la bulle des crypto-monnaies est aisément prévisible. Mais il est surtout plus intéressant de prévoir l’émergence de nouveaux protocoles blockchain plus innovants, et qui seront les stars du futur.

Il sera plus facile d’investir dans le potentiel de ces nouvelles technologies. Ceux qui se sont précipités sur le bitcoin et autres, n’oseront pas spéculer de nouveau après s’être précédemment brûlés les doigts. La place sera laissée aux utilisateurs réels de ces supports technologiques innovants.

Dans les années 90, l’innovation technologique était présentée sous l’angle des communications. De nous jours, c’est sous l’angle des réseaux sociaux que se traduit le succès de cette intuition boursière initiale.

Par analogie, de nos jours, le protocole blockchain est présenté principalement sous l’angle de la monnaie. Mais, c’est sous l’angle de la décentralisation de la confiance que cette technologie prospèrera.

 

La rareté de l’or, puis la monnaie fiduciaire, ont concentré la confiance des masses

Cette décentralisation de la confiance est une révolution sans équivalent dans l’histoire de l’humanité. En effet, les pouvoirs politico-économiques se sont construits sur la centralisation de la confiance des masses. La plus symptomatique de ces confiances est notre quasi idolâtrie du concept de monnaie.

Cette confiance aveugle en nos banquiers, ne s'est pas faite en un jour. Elle s’est construite par étape. L’or fut le principal support qui a concentré la confiance de l’humanité. La monnaie en or a l’avantage d’être une monnaie tangible et non périssable, ayant une valeur intrinsèque reconnue par quasi toutes les civilisations.

Lors du passage à l’or comme monnaie, les individus ont placé sur ce métal leur confiance pour effectuer leurs activités commerciales. Cette foi en l’or a été exploitée et a eu des conséquences dangereuses sur le cours de l’Histoire. Dès que notre vigilance et notre sens de l’éthique faiblissent, des êtres mal intentionnés, avides de richesses et de pouvoir, détournent une avancée (comme la monnaie), et en font leur arme de conquête du pouvoir.

En effet, lors de leurs échanges commerciaux, au lieu de construire des relations de confiance basées sur la connaissance mutuelle, les individus ont préféré concentrer cette confiance sur un métal, l’or.

Quiconque accaparerait la gestion de l’or, accaparerait en quelque sorte la gestion de la confiance de tous. Très tôt, des gens vont comprendre que la conquête du vrai pouvoir n’est pas seulement politique mais elle est aussi liée à la monnaie elle-même.

Très longtemps, cette gestion de la monnaie a été tenue par l’Etat. Le pouvoir politique et monétaire étaient alors confondus.

Mais, au fil de l’Histoire, va s’opérer un transfert de ce pouvoir monétaire, de l’Etat vers le privé. Ce fut le cas en France sous Napoléon, pas si visionnaire que cela, qui va, avec la très mal nommée Banque de France, suivre l’exemple de l’Angleterre, et transférer ce pouvoir de gestion et de création de la monnaie vers une société de droits privés !

Certes, la Banque de France, qui à l’origine était une société de droits privés, a été nationalisée après la guerre en 1946. Mais après un siècle et demi de pouvoir monétaire sans partage, cette banque centrale à intérêts privés a transféré vers le privé le droit de création de la monnaie.

Peu de personne le savent, mais 90% de la masse monétaire est créée par les banques commerciales, via de simples écritures comptables. Ainsi, sans le savoir, notre confiance aveugle dans la monnaie va être exploitée par une poignée d’individus et d’organisations. Ces personnes vont concentrer alors sur elles la confiance du peuple. Ils vont ainsi détenir les clés du pouvoir politique.

Cet ascendant du pouvoir économique sur le pouvoir politique va se faire progressivement et insidieusement, jusqu’à atteindre son paroxysme de nos jours, en confisquant carrément le pouvoir politique.

 

L’hégémonie des Etats-Unis repose sur l’hégémonie du dollar

D’ailleurs la banque centrale américaine, la Fed, est jusqu’à ce jour, toujours détenue par des capitaux privés ! Tant de confiance entre les mains d’une poignée d’individus qui gère la première monnaie mondiale, et cette réalité est largement acceptée de tous.

Il est intéressant de comprendre comment la banque centrale américaine a fait du dollar la première monnaie mondiale à partir de la confiance aveugle que nos aïeux portaient sur l’or.

Cette conquête du dollar s’est faite grâce à la rareté de l’or. En effet, la quantité d’or dans le monde est extrêmement faible. On estime que la production mondiale d'or depuis les débuts de l'humanité est inférieure à 150 000 tonnes.

D’après un rapport de la World Gold Council, paru en 2001, seulement 145 000 tonnes d’or ont été extraites depuis le début de l’histoire de l’humanité. De nos jours, il ne resterait que 120 000 tonnes, et seulement 100 000 tonnes sont en réserves. Les banques centrales ne stockent que 30% de ces réserves mondiales.

Si tout cet or était fondu pour en faire un cube, son arête mesurerait seulement 22 mètres. Etonnant, non ? Tout l’or du monde pourrait tenir dans le quart d’une piscine olympique !

Cette rareté de l’or présente un danger aux conséquences tragiques. En effet, le fait que l’humanité porte autant de confiance dans une quantité ne dépassant pas 22 mètres cubes, donne à la personne qui se l’accapare, non seulement la richesse, mais aussi un pouvoir conséquent.

Ce fut le cas des Etats-Unis qui, à la veille des accords de Bretton Woods en 1944, possédaient deux tiers des réserves des banques mondiales en or, soit 21000 des 32000 tonnes, qui tiennent dans un trentième d’une piscine olympique ! Lors de ces accords et grâce à cette richesse en or, ils ont réussi à faire du dollar le nouvel étalon du système monétaire international et devenir la puissance incontestée dans le monde. Cet avantage vaudra au dollar de devenir la première devise mondiale et permettra aux États-Unis d’assoir sa puissance sur le monde.

Ingénieusement, les monnaies fiduciaires comme le dollar, ont utilisé l’or pour déplacer vers elles la confiance des masses. Ce passage de la confiance portée en une denrée rare comme l’or mais tangible, vers une monnaie immatérielle qui peut être facilement décuplée par nos banquiers, est à l’origine de la plus grande fraude organisée de tous les temps.

 

La décentralisation de la confiance grâce à la blockchain

La technologie de la blockchain est la principale issue pour décentraliser la confiance des masses. Une façon simple de comprendre cette invention et de penser à un registre électronique sécurisé, infalsifiable et transparent, où chaque écriture sur le registre est diffusée puis stockée sur les serveurs de la toile numérique.

Il faut imaginer un énorme livre numérique tenu publiquement ou toutes nos transactions (donc tous nos crédits et toutes nos dettes mutuelles) seraient inscrites quotidiennement. Sauf que ce livre est infalsifiable, transparent et accessible à tous.

Un nombre incalculable de copies identiques de ce registre se retrouve sur la toile numérique, faisant de nous tous, les témoins privilégiés de ce qu’il s’y passe.

Dans le cas particulier de la monnaie, la blockchain signe la fin proche du monopole de la confiance concentrée entre les mains d’une minorité d’organisations bancaires pour la tenue du registre monétaire.

Contrairement au registre de la monnaie dont l’Etat a donné le monopole aux banques, ce registre numérique est non centralisé, non concentré et, il est démocratique.

Le pouvoir économique des Etats reposait sur cette confiance donnée aveuglement par le peuple. L’Etat a délégué cette confiance à la banque centrale et aux banques commerciales. Cette confiance transférée aux banques a permis au pouvoir économique et financier de prendre en otage nos démocraties, faisant de nos hommes politiques des pantins à leur solde et dénués de tout pouvoir.

La meilleure façon de reprendre la main sur le pouvoir politique et économique, c’est de se réapproprier la confiance du registre de la monnaie en utilisant la technologie de la blockchain. Cela permet aussi de se prémunir dans le futur, de velléités politiques qui voudraient falsifier ou se réapproprier ce registre pour abuser du pouvoir qu’il confère.

Ainsi, la crypto-monnaie complètement digitalisée permettra de moderniser le suivi des transactions grâce à un traçage de chaque unité de monnaie. Cela permettra de mieux contrôler et réprimer toutes les activités parallèles, comme le marché noir, la fraude et l’évasion fiscales, ou encore l’argent issu du crime.

 

La fin de l’hégémonie américaine

Cette technologie de la blockchain signe irrémédiablement la fin de l’hégémonie du dollar et la chute de la puissance américaine. Il n’est donc plus impossible de voir le barycentre économique mondial se déplacer de New-York vers un autre pôle, peu importe sa puissance, du moment qu’il innove dans cette technologie nouvelle.

Pendant qu’en France la nation se déchire sur le statut des cheminots et les quelques fraudeurs au chômage, le gouvernement Israélien est en train de sensibiliser les instances politiques à la puissance de la blockchain pour renforcer leur système démocratique.

Au même moment, le ministre des finances et la banque centrale d’Israël poussent pour promouvoir les crypto-monnaies pour minimiser les risques de corruptions, de blanchiments d’argent, et d’évasions fiscales. (2)

Israël est devenu la principale plaque innovante dans les nouvelles technologies, mais surtout sur la technologie de la blockchain. Rien ne peut arrêter les entreprises israéliennes comme Bancor, Zen, ou DAGlabs, de prendre en main la gestion de notre confiance, et d’en tirer les profits légitimes.

Au même moment en France, le gouvernement met en place un plan sévère d’économies de 331 millions d’euros pour l’enseignement supérieur et la recherche (3). Nos instances sont gouvernées par des technocrates politisés qui n’ont pas pris la mesure de la révolution qui se passe sous nos yeux. Ils vivent en regardant le passé, les yeux rivés sur les sondages hebdomadaires. Ils minimisent surtout l’importance de la blockchain, qui ne sert selon eux qu’à spéculer. Pendant ce temps, les vraies « start up nations » prennent une avance décisive !

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.