Le crypto-euro pour sauver l’Europe de la faillite et du populisme

La banque centrale européenne doit émettre sa propre monnaie digitale, le crypto-euro, pour sauver les épargnants européens de la prochaine crise bancaire qui s’annonce.

Lors du mois de novembre 2018, le Fond Monétaire International, par la voix de sa directrice, Christine Lagarde, a évoqué l’idée d’une monnaie digitale émise par les banques centrales.

Cette annonce semble anodine de premier abord pour le grand-public. Mais elle préfigure d’une révolution saine pour le système bancaire.

En effet, seules les banques commerciales comme la BNP, ou la Société Générale ont le privilège d’accéder à la monnaie digitale de la banque centrale, dite monnaie centrale.

Les personnes, par le biais de la monnaie en liquide y ont indirectement accès, car la monnaie matérielle comme les billets et les pièces de monnaie sont directement émises par les banques centrales, et sont une sorte de reconnaissance de dette : chaque billet ou pièce fait face à un emplacement dans le fichier digitalisé de l’euro, qui est maintenu par les banques centrales.

En d’autres termes, même si votre banque commerciale fait faillite, votre billet ne s’auto-détruira pas, car il n’est pas émis par votre banque privée, mais par la banque centrale directement.

Qu’en est-il de votre épargne ? Peu de gens le savent, mais l’argent placé dans les banques n’est pas de la monnaie centrale, mais plutôt une reconnaissance de dette de votre banque envers vous.

Certes vous pouvez utiliser cet argent à tout moment, mais à la faillite de votre banque, votre monnaie disparait à tout jamais.

Bien sûr, les banquiers ont pensé à tout pour rassurer l’épargnant lambda. Il existe un fond de garantie qui rembourse jusqu’à 100 000 euros si votre banque venait à faire faillite. Mais à y regarder de plus près, ce fond de garantie a une taille de 3,4 milliards d’euros, comparé aux 1500 milliards de l'épargne des Français.

Donc, sauf si votre banque fait faillite la première, il y a peu de chance que votre épargne soit sauve en cas de risque global.

Le crypto-euro est donc une alternative à la monnaie actuelle qui conditionne notre argent à la bonne santé financière de notre banque : votre argent n’existe que si vous le dépensez avant que votre banque ne fasse faillite.

Comme les billets et les pièces de monnaie, le crypto-euro est directement émis par la banque centrale, donc il n’est aucunement conditionné par la survie de votre banque.

Cette avancée qui semble être une évidence dans l'intérêt du peuple, mais aussi démocratique car elle donne accès à tous au « vrai argent », celui de la banque centrale, a peu de chance d’aboutir.

Tout d’abord parce que les banques commerciales voient d’un mauvais œil le fait de partager ce qui était son monopole jusqu’à là : un accès privilégié à la monnaie centrale.

Mais surtout, parce que notre système monétaire actuel repose sur la « monnaie dette » : les banques commerciales ont acquis, du temps de Napoléon, le privilège de créer de la monnaie au moment de l’octroi d’un crédit.

Or, la masse de monnaie que la banque commerciale peut créer dépend de l’argent déposé par ses clients. En d’autres termes, plus il y a de dépôts, et plus la banque peut créer de la monnaie en offrant des crédits à ses clients privilégiés. Cette monnaie, non émise par la banque centrale, mais par les banques privées, représente 90% de la masse monétaire !

Sans se rendre compte, les épargnants participent à leur propre perte de pouvoir d’argent, car plus il y a d’épargne dans les banques, et plus il y a de création monétaire par les banques privées via les crédits à la consommation et les crédits immobiliers, et plus les prix des biens à la consommation et des logements augmentent. L’épargnant est sans le vouloir complice de l’inflation qui l’appauvrit en diminuant l’impact de son argent disponible !

Nous venons de voir que deux modèles de monnaie s’affrontent : une monnaie-dette qui règne sur l’économie et qui est au service des banques privées ; et une monnaie-épargne, digitalisée, directement émise par la banque centrale, transparente, et saine pour les épargnants.

Sans prise de conscience par les masses, la monnaie actuelle continue de régner sur notre économie, créant une accumulation de richesses sur une minorité d’individus. Cette situation met nos démocraties à risques.

Pour que les hommes et femmes politiques prennent à bras le corps cette question essentielle du choix de la monnaie, il faut préalablement une prise de conscience populaire forte.

 

Anice Lajnef

Novembre 2018

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