Le scientisme : dictature de la raison et de la technique

Que ce soit sur les questions médicales ou monétaires, cette crise sanitaire a l'avantage de nous bousculer, et d'accélérer la réflexion sur le fameux "monde d'après".

Sur la question monétaire par exemple, de nombreuses personnes pensent que la technologie de la blockchain et de la crypto sont la réponse à tous nos problèmes. 

Il faudrait pourtant savoir séparer l'aspect technique (l'idée de blockchain et de crypto) de l'aspect moral et métaphysique de la monnaie, de ce qui ne peut être perçu par la raison pure. 

A titre personnel, je suis pour une crypto-monnaie souveraine, dont le protocole est contrôlé par les citoyens. Une monnaie est avant tout un liant social, un outil d'échanges, mais aussi de partages. (1)

Cette monnaie peut reposer sur la technique, mais elle doit avant tout être un bien commun. Nous devons décider ensemble des règles qui la régissent, pour en faire un outil d'échange et de partage, et non une arme qui permet l'accumulation et le contrôle des masses. 

Croire que la science ou la technique sont les solutions à tous nos problèmes est une erreur fondamentale. Certes les cryptos offrent des perspectives nouvelles. Mais il est utopique de croire que le bitcoin ou tout autre crypto est la solution aux dérives du système financier. 

Elon Musk vient de nous le prouver : aucune instance centralisée ne peut vérifier si ses tweets sont suivis de transactions sur le marché du bitcoin pour sanctionner d’éventuelles manipulations de sa part. Si bitcoin devient régulé par une instance centralisée, le mythe d'une monnaie libertaire s'effondrerait. 

Que faire demain si quelques individus concentrent sur eux une part importante des bitcoins en circulation ? Comment pouvons-nous être sûrs de contrôler leurs mauvais agissements, leurs manipulations, leur possible contrôle sur les masses ? 

Bitcoin ne fait que déplacer le problème, que ce soit sur la dimension de la concentration des richesses, ou de la manipulation des masses par une minorité. 

La science et la technique n'ont pas réponse à tout. Nous devons réfléchir à la trajectoire que nous voulons donner à notre société, construire une monnaie fondée sur l'humain, une monnaie qui lie une communauté de citoyens qui veulent être unis dans l'échange et le partage. 

L'idée que la science a réponse à tout est une dérive, une sorte de dictature mentale qui ne laisse aucune place à la morale, à l'éthique, à la métaphysique, à la spiritualité, à tout ce qui est invisible et que seuls les cœurs peuvent voir !

Dans un autre registre, les scientifiques et les médecins qui peuplent les plateaux TV des milliardaires n'ont que les chiffres et les statistiques à la bouche. Ils utilisent parfois la peur pour nous plier à leur vision réduite du monde. 

Pas un seul de ces scientifiques ou médecins essaient de prendre de la hauteur, de se demander pourquoi les corps ont lâché, pourquoi le petit virus invisible s'est répandu dans un monde où les gens sont pressés et les corps stressés. 

Pas un seul scientifique ne fait le lien entre ces corps pressés et notre économie fondée sur la course contre le temps permise par une monnaie fondée sur la dette et le crédit. Une course vers la croissance infinie qui met aussi en danger notre maison commune, la Terre. 

Une course à l'accumulation pour les plus riches et une course au consumérisme pour les autres. Peu importe que les corps lâches, que la Planète nous lance des SOS. Il faut faire tourner la machine de l'économie sans se poser des questions. 

« Vite des vaccins et on repart comme avant, le nez dans le guidon. »

« Vite, endettez-vous, l'Etat se porte garant. »

« Vite, il faut que l'économie redémarre, vite il faut continuer notre course vers l'accumulation et le consumérisme. »

« Vite, vite… »

Mais où allons-nous en fait ? Où va nous mener ce délire collectif ? Est-ce qu’il n’est pas venu le temps de prendre de la hauteur et de se poser des questions existentielles ? N’est-il pas venu le temps de donner une place « à la raison du cœur » pour contrebalancer un peu « la raison tout court » ? 

Les scientifiques modernes m'inquiètent (malgré mon amour des sciences) car ils ont perdu toute capacité de jugement. Ils se pensent éclairés par la lumière de leur science, mais ils nous mènent tout droit vers un monde obscur et incertain.

Voilà le monde paradoxal dans lequel nous vivons. 

 

 Anice Lajnef, Mai 2021

 

 

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