La monnaie humaine

Aujourd'hui, les hommes de finance ont réussi après un long processus historique, à faire de la monnaie la coquille de la dette. La monnaie est de la dette ! Mais la monnaie est dite fiduciaire, c'est à dire qu'elle repose sur la confiance. Est-ce vraiment le cas ?

Jadis, la monnaie était adossée à l'or ou l'argent, c'est ce qui lui donnait de la valeur. Aujourd'hui, la monnaie est adossée à la confiance disent-ils. Mais de quelle confiance s'agit-il ? 

Est-ce la confiance de se dire que la monnaie vaut quelque chose car elle est acceptée comme une convention dans les échanges, c'est à dire que j'accepte une monnaie car une autre personne l'acceptera ?
Pas vraiment car la monnaie adossée à l'or est aussi une convention. 

Mais alors, de quelle confiance s'agit-il ? Pour le comprendre, il faut revenir à l'essence même de notre monnaie, à savoir qu'aujourd'hui 100% de la monnaie est de la dette.
Le banquier ne possède pas la monnaie qu'il vous prête, il l'a créée au moment de l'octroi d'un crédit. 

C'est en tapotant sur un ordinateur que le banquier crée de l'argent, mais il s'assure que vous rembourserez l'argent, pour qu'il puisse détruire la monnaie qu'il a créé à partir de rien, ne gardant que les intérêts. 

Est-ce qu'il s'assure de votre remboursement par la confiance ? Pas seulement. Le banquier profite d'une législation à son avantage : si vous ne remboursez pas, vous serez détruit socialement. Vous vous ferez déposséder de votre logement, vous serez fiché et interdit bancaire... 

Vous ne pourrez plus emprunter, et vous aurez aussi les huissiers à vos trousses. En somme, vous serez chassé de la société, comme une vilaine créature. C'est une drôle de définition de la confiance. 

Peut-être la monnaie repose-t-elle sur la culpabilité de l'emprunteur, celle de devoir rendre ce qui n'est pas à lui ? C'est pour cela que "dette" en allemand se dit "shuld", qui veut aussi dire "culpabilité". 

En réalité, la monnaie repose surtout sur l'obligation de l'emprunteur de rembourser sa dette, par son travail et sa sueur. Non seulement il doit travailler pour rembourser l'argent emprunté, mais il doit travailler encore plus pour rembourser les intérêts du banquier. 

Mais alors ?! La monnaie repose donc sur le devoir et l'obligation de rembourser, mais aussi sur la culpabilité et un surplus de travail de l'emprunteur. En réalité la monnaie repose complètement sur la vie humaine. 

La monnaie est donc forte car elle repose sur nos vies, nos libertés, notre temps, notre sueur, nos consciences, nos peurs.
Quelle incroyable construction de l'esprit humain, celui des banquiers : ils ont réussi à faire reposer leur outil non pas sur l'or, mais sur l'humain.

 

Anice Lajnef, Novembre 2020

 

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