Un monde cartésien, un monde sans conscience

René Descartes, dans Discours de la Méthode, soulignait que le progrès scientifique et technique pourrait nous « rendre comme maitre et possesseur de la nature ». Cette pensée, qu’il faut remettre dans le contexte du XVIIème siècle, a façonné notre monde moderne, où la raison intellectuelle a laissé peu de place à la raison du cœur.

L'homme gagnerait à être humble, à reconnaître le caractère supérieur de la Nature, à respecter la création qui nous entoure, à se soumettre aux lois universelles, celles qui permettent l'équilibre de toute chose. 

En acquérant la science grâce à la raison, nous avons cru pouvoir dompter la Nature, et offrir grâce au progrès scientifique et technique le bonheur sur terre. 

Galilée, qui ne jurait que par la raison, disait "l'autorité d'un seul homme compétent, qui donne de bonnes raisons et des preuves certaines, vaut mieux que le consentement unanime de ceux qui n'y comprennent rien". 

Nous vivons en plein dans ce monde dit des lumières, dans l'accomplissement des idées de Galilée et Descartes. Tout doit être raison et aucune place n'est laissée à la conscience qui est la raison du cœur. Est-ce la raison de la froideur de ce monde, devenu mécanique, sans cœur ? 

Descartes nous promettait "d'être maître et détenteur de la Nature", nous avons fini par la détruire, par manque de conscience, de richesse de l'âme. L'intelligence s'est mise au service de la finance et de la technologie ; nous sommes devenus esclaves de l'argent et du matériel. 

Nous sommes plongés aujourd'hui en plein dans le monde des "intelligents incomplets", ceux qui ne croient pas à l'intelligence des cœurs, mais seulement à celle de la raison, ce monde où une poignée de décideurs politiques et scientifiques se permet de dénigrer toute une Nation. 

Dans mon domaine de compétence, qui est la finance, j'ai pu constater à quel point il est dangereux de ne reposer que sur la puissance des modèles mathématiques, sans prendre le recul nécessaire pour faire parler sans cœur, son âme, sa conscience...

Dans la vie de tous les jours, une minorité auto-déclarée comme élite, dénigre à longueur de journée tout un peuple, sans aucunement prendre en compte "le consentement unanime de ceux qui n'y comprennent rien", car seul eux comprennent bien sûr…

Ce monde que nous ont construit ces gens qui ne jurent que par la raison est si déséquilibré, que la Nature, l'homme, et la société sont au bord de l'implosion. La voie qui mise tout sur la raison a non seulement échoué, mais en plus nous a mené vers une impasse dangereuse. 

Victor Hugo a vécu au temps des idées de Saint-Simon et d'Auguste Comte, adeptes du positivisme, qui avaient pour but de remédier à la peur de l'homme face à sa finitude, en lui promettant le bonheur terrestre, en ne misant que sur le progrès scientifique et technique. 

Victor Hugo nous a mis en garde contre ces fous de la raison qui ne juraient que par le progrès matériel. Il proposait de "relever l’esprit de l’homme, le tourner vers la conscience, vers le beau, le juste et le vrai, le désintéressé et le grand."

Le constat de nos erreurs est amer. La pensée de Victor Hugo n'a pas pris une ride. Face aux différents désastres, écologique, social, et humain, qui se profilent, il n'est jamais trop tard pour "courber l'esprit des hommes", pour repenser notre façon d'interagir avec la Nature et avec nous-mêmes. 

Le chantier est vaste, mais l'homme qui est capable du pire, est aussi capable du meilleur. L'espoir en des jours meilleurs est impératif, car l'espérance et la confiance sont des moteurs puissants. 

Pour arriver à ce grand virage, nous devons chasser les élites auto proclamées, du moins leurs idées. Nous devons remettre au centre de nos décisions la somme de chaque raison, de chaque cœur, de chaque conscience. Ne serait-ce pas cela au final la démocratie ?

 

Anice Lajnef, Novembre 2020 

 

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