Pour combattre l’antisémitisme, criminaliser toutes les stigmatisations

En France, les lois s’appliquent à des personnes physiques ou morales. L’appartenance à un groupe racial, confessionnel ou éthnique, ne doit pas nuire à l’intégrité, l’honneur ou l’image de quiconque : il faut impérativement criminaliser la stigmatisation qui est la mère de tous les maux.

L’antisémitisme du XIX siècle était abjecte car des banquiers et industriels n’ont été vus que par le prisme de leur confession : des théories stigmatisaient les juifs en bloc. Ce n’était ni le banquier usurier ou l’industriel capitaliste qui étaient visés, dans leurs actions individuelles, mais «le juif».

Tout jugement sur un ensemble d’individus conduit irrémédiablement à la stigmatisation. Le critère peut être confessionnel, racial, éthnique, peu importe. Juger un ensemble d’individus à partir des actions d’une minorité issue de ses rangs, ou de préjugés, conduit à la haine, qui mène aussi à la violence.

Cette haine peut conduire au pire, allant même à l’extermination des individus stigmatisés.
Après le génocide des juifs d’Europe, il aurait été souhaitable de théoriser sur ces mécanismes qui mènent au pire, pour apprendre des erreurs du passé et éviter le pire dans le futur.

Cependant, la démarche collective a consisté à rester dans le cas particulier, en mettant en avant le concept d’antisémitisme propre à un seul type d’individus : les juifs, ceux qui avaient payé le prix des instincts les plus bas de l’homme. Il aurait été sûrement préférable de pousser l’analyse, pour comprendre que la racine du mal était la stigmatisation de tout un groupe d’individus, et la parole libérée qui jette à la vindicte populaire un groupe d’individus. Toute stigmatisation est une incitation à la haine contre un groupe, peu importe les intentions, le résultat final est sans équivoque.

L’Histoire bégaie. Les acteurs ne sont pas les mêmes. Mais le résultat peut mener au pire si nous n’agissons pas au plus vite.

Il faut éteindre le feu qui prend sous nos yeux et éviter les passions qui jalonnent les débats médiatiques. Certes ce brouhaha populiste permet aux médias une audience lucrative, mais il sème aussi petit à petit les graines de la haine. Pour mettre un frein à cette dynamique qui nous mènera tout droit à la guerre civile si rien n’est fait, il est urgent de criminaliser la stigmatisation : tout jugement péjoratif sur un ensemble d’individus jugé homogène.

Toutes « confessionnalisations », « ethnicisations », « racialisations », d’agissements ou de crimes, doivent être pénalisées lourdement par nos lois. Beaucoup de troublions médiatiques se retrouveraient au chômage du jour au lendemain.

Mais la société civile y gagnerait en justice sociale, mais surtout en paix civile. La meilleure façon de mettre en place le « plus jamais ça », est de légiférer contre les semeurs de haines, ceux qui pointent sur un groupe, tous les maux de la société.

Le manifeste contre l’antisémitisme des 250 personnalités paru le 22 Avril 2018, est particulier car il confessionnalise un crime, l’antisémitisme, en prétendant défendre la stigmatisation contre un groupe confessionnel, les juifs. Ce manifeste est un comble : il stigmatise les musulmans, pour combattre la stigmatisation des juifs. Dans le monde idéal, ce manifeste serait hors-la-loi.

Une telle loi aurait aussi l’avantage de nous débarrasser de tous les hommes et les femmes qui vivent du commerce de la haine : certains hommes et femmes politiques, des organes médiatiques, des polémistes, des soi-disant comiques... Mais pour atteindre cette paix des sages, il faut une prise de conscience collective, une volonté politique, et une concession de la part des médias pour qui l’apaisement des débats risque de coûter cher.

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