Le feu du bois n'éclaire pas loin et pas longtemps !

Le monde dans lequel nous vivons repose sur deux piliers : le matérialisme et la finance, qui sont les enfants issus d’une union contre nature entre la science et l'usure. Nos décisions ne sont guidés que par l'imédiateté. Nous naviguons à vue, sans recul ni repères, dans le seul but d'éteindre les feux que nous avons allumés de nos propres mains.

Dès la plus tendre enfance, un mode de pensée est développé avec insistance à l'école du "pays des lumières", le cartésianisme : tout doit s'expliquer rigoureusement et méthodiquement, en faisant appel à la raison et à la science, voire à l'expérience. 

Aucune place n'est donnée à une autre dimension, immatérielle, qu'elle repose sur la foi ou la métaphysique. La métaphysique est la partie fondamentale de la réflexion philosophique qui porte sur la recherche des causes, des premiers principes. Une façon de s'expliquer le monde. 

Nous faisons tous plus ou moins de la métaphysique sans le savoir, lorsque nous nous posons des questions fondamentales sur l'origine de la vie et son but. Certains plus que d'autres, car ce monde nous impose de rester liés à ses réalités matérielles. 

Depuis la Révolution et l'avènement du matérialisme et de la finance, la foi et la pensée métaphysique sont cantonnées à la sphère privée. La science et l'argent sont censés nous apporter les réponses à toutes nos questions. Quiconque les acquiert est promis au bonheur terrestre. 

La réalité est tout autre. La société française est divisée et de plus en plus à la dérive. Le débat public se fait au grès des évènements ou des polémiques. L'argent et le matériel ne donnent pas de réponses à une nation en quête de sens. 

Au contraire, l'amour de l'argent et du matériel pousse à un mondialisme effréné économiquement et humainement. Autrefois le colonialisme, aujourd'hui les guerres pour les matières premières, drainent d'intenses mouvements migratoires vers nos latitudes. 

Une main d'œuvre à bon marché est une aubaine pour mettre la pression sur les salaires. Il n'est plus nécessaire de délocaliser pour réduire les coûts de production.
Ceux qui profitent de cette donne n'ont que faire des déséquilibres sociaux et sociétaux que cela engendre. 

Seul le profit compte pour eux.
Ce manque de recul, nous pousse par exemple à ne mesurer la croissance que par le calcul d'un indicateur mathématique, tout droit sorti du cerveau d'un économiste. Si le PIB croît, vous serez heureux, c'est une promesse que nous fait l'économiste ! 

Peu importe que dans ce PIB on y compte la vente d'alcool, de tabac, d'armes, d'anxiolytiques, ou les dédommagements liés aux dégâts climatiques, et bientôt le business de la prostitution et de la drogue. Si le PIB augmente, c'est une promesse, vous serez heureux ! 

Sans cette croissance, l'économie qui repose sur la dette avec intérêts s'écroule. Il faut donc de la croissance, vous avez compris ? Que dites-vous ? La planète se consume ? Mais on s'en fout, il nous faut de la croissance pardi ! 

D'ailleurs, ce sont ces économistes intelligents qui ont légitimés par leur "science", le fait que l'économie repose sur la dette avec intérêts. 97% de la monnaie est liée à une dette. Vous comprenez alors pourquoi l'économie et la société sont prises en otage par la finance 

Maintenant que la dette mondiale, qu'elle soit privée ou publique, a atteint un point de non-retour, ces mêmes économistes sont perdus ! Leur dogme s'est écroulé. La seule solution qu'ils nous ont pondu est de fabriquer encore plus de monnaie pour émettre encore plus de dettes !

Leur science qui repose sur les mathématiques, devait être une science inspirée des lumières. En réalité leur lumière s'est avérée être un feu de bois, leur faisant croire qu'ils étaient des économistes éclairés, mais aujourd'hui le feu est éteint, et ils sont seuls dans le noir. 

Aujourd'hui, nous sommes en train de vivre la fin d'un monde, celui des banques traditionnelles. La crise bancaire systémique est au coin de la rue, et les plus malins cherchent un plan B. Eux-mêmes croient être éclairés et naviguent à vue en réalité. 

Deux plans B au système monétaire actuel qui repose sur la monnaie-dette se mettent en place. D'un côté la digitalisation de la monnaie, avec la banque centrale comme seule émettrice de cette monnaie, et dont chaque citoyen possède directement un compte auprès d'elle. 

La Chine et les États-Unis sont les pionniers dans cette voie et se préparent à la monnaie digitale de demain. L'UE, en retard sur la situation, et sans vision de la BCE, est dans une "phase de consultation", comprenez à la traine.

Mais encore une fois, nous naviguons à vue, sans se poser des questions d'éthiques, sur la transparence, le contrôle des individus, le pouvoir de création monétaire centralisé qui serait entre les mains d'une institution, la BCE, infestée par le lobby bancaire et la finance... 

Aucune lumière pour voir plus loin que les dix prochaines années. Nous agissons dans l'urgence, la peur, et la précipitation. Ce débat sur la monnaie digitale est pourtant central, il nous concerne tous, et nécessite notre implication à tous. 

Le deuxième plan de secours qui prépare le monde de demain, est celui des cryptos, et plus particulièrement celui du Bitcoin. On ne sait pas qui est à l'origine de cette crypto digitale, mais ce qui est sûr, c'est que de plus en plus de gens dans le monde adoptent cette monnaie. 

Jusqu'à peu, le Bitcoin était porté par une génération de geeks souhaitant en découdre avec un système qui les promet à la location à vie, où les plus âgés se sont partagé le gâteau, n'en laissant que quelques miettes aux générations futures, avec en prime une dette publique colossale. 

Les pionniers du Bitcoin et les utilisateurs qui les ont suivis, ont construit une foi religieuse dans cette monnaie digitale, en lui vouant un culte digne du veau d'or. C'est cette foi immense concentrée dans ce morceau de code qui me fait dire que le Bitcoin pourrait percer.

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 Je ne suis pas le seul à le penser, car des milliardaires comme Paul Tudor, ou la multinationale Paypal se sont convertis au Bitcoin. Paul Tudor veut se prémunir d'une hyper inflation provoquée par la chute du dollar. Paypal, opportuniste, cherche à se tourner vers le futur.

Mais à la fois ce milliardaire qui a fait fortune en créant son fond spéculatif, ou cette multinationale créée en 1998, ne pensent pas plus loin que leur nez : l'objectif est de rester ouverts à une possible envolée du bitcoin au cas où le système monétaire s'effondrerait ! 

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Certes le Bitcoin peut servir à achever la monnaie-dette sur son lit de mort. Mais que ferons-nous après ? Comment allons-nous payer des impôts si la monnaie n'est plus contrôlée par l'État. L'impôt permet la solidarité et de construire ensemble des projets communs. 

Nous ne pouvons pas séparer l'impôt et la Nation. Une monnaie qui n'est pas contrôlée par l'État est vouée à le faire disparaitre. Une aubaine pour ceux qui rêvent d'un gouvernement mondial. La monnaie doit être sous le contrôle de l'État, et lui-même sous celui du peuple ! 

Aussi, les défenseurs du Bitcoin avancent à juste titre que le bitcoin est l'équivalent de l'or : il est en quantité finie (21 millions d'unités au maximum), et son registre des comptes infalsifiable en garantit la "pureté".
Mais dans ce cas, nous voilà revenus dans le passé ! 

Au-delà même de savoir qui est Satoshi et qui possède le premier million de Bitcoin, qu'est-ce qui empêche dans le futur qu'une minorité en amasse assez pour contrôler le monde par sa richesse. Le bitcoin ne s'oxyde pas, il est comme l'or, accumulable !

La communauté geek qui croit au bitcoin est sympathique, et rêve de voir le bitcoin réussir. Comme en 1848, quand la ruée vers l'or a débuté, ceux partis avec leurs pelles n'étaient pas méchants. L'important est de savoir qui seront les JP Morgan ou les Rockefeller du futur. 

Ceux-là mêmes qui ont accumulé assez d'or grâce à l'usure et à l'exploitation des travailleurs pour imposer d'abord la Fed aux États-Unis, puis après deux guerres mondiales, leurs successeurs ont imposé les accords de Bretton Woods au monde, et la supériorité du dollar. 

Le Bitcoin concentre sur lui une confiance solide des « premiers adeptes ». Or aucune monnaie, aussi intelligente soit-elle, ne peut réussir sans une confiance immense portée en elle. Le danger est de voir ce faisceau de confiance « candide » un jour détourné par un groupement d’individus aux mauvais desseins.

Soyons vigilants, tous ensemble. Il ne suffit pas d'être éclairé par un feu de bois pour se croire intelligent. Il faut savoir aussi faire appel à la lumière qui émane de la philosophie et de la métaphysique pour nous guider. Pour cela, il faut prendre du recul afin de réfléchir ensemble à la trajectoire que nous voulons donner à notre monde. La lumière viendra entre autres de nos réflexions communes sur la monnaie de demain ! 

 

Anice Lajnef, Octobre 2020

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