La BCE troque la faillite des États par les turbulences des marchés

En Janvier 2017, la meilleure recherche au monde sur les produits dérivés, Artemis expliquait scientifiquement, sans aucune erreur, tous les cycles que nous sommes en train de vivre. Une pépite pour ceux qui ont le bagage de comprendre (Artemis : Volatility and the Alchemy of Risk 2017).

Tout d'abord, Artemis attaque la création d'argent magique de la Fed sous le prisme des produits dérivés, des produits financiers toxiques échangés entre les banques et les autres institutions financières.

Selon cette recherche, la politique monétaire irresponsable de la Banque centrale américaine (et c'est pareil avec la BCE), qui consiste à créer de l'argent à partir de rien et à l'injecter dans les marchés obligataires, finit par créer des effets néfastes.

Les détenteurs des obligations rachetées par la Fed se retrouvent avec cette manne monétaire et doivent à leur tour la réinvestir :

1/ les multinationales rachètent directement leurs propres actions et les détruisent, faisant monter artificiellement leur cours de marché et leurs dividendes.

2/ les autres intervenants rachètent aussi des actions, participants à la bulle boursière, mais aussi, et c'est bien plus grave, vendent des produits dérivés et des risques de faillites d'entreprises zombies et d'États exotiques, qui leurs rapportent de la rente bien plus juteuse que des taux d'intérêts bien bas du trésor américain ou des multinationales américaines. 

Ce qui est triste, c'est que ces taux sont bas justement à cause de l'action de la banque centrale.

Donc au final, et c'est philosophiquement démentiel et fascinant, la Fed transforme par son pouvoir tyrannique, du risque de dette, en risque de marché boursier ! C'est quasiment un pouvoir divin. Mais réalisé par des tocards.

Il ne faut donc pas écouter les économistes de BFMTV qui vous disent que les taux sont bas car le monde est moins risqué, et que les gens ont confiance dans l'économie.

Les taux sont bas par une manœuvre tyrannique de la Fed qui crée de l'argent et baisse artificiellement le risque réel de faillite des États et des multinationales.

Mais comme dirait Lavoisier : "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme". La Fed et la BCE transforment artificiellement un risque de faillite des États et des multinationales en risque de chute violente des marchés boursiers (short vol & convex pour les experts).

C'est un acte criminel ! Artemis l'a annoncé il y a un peu plus de 2 ans, et ils ont parfaitement quantifié les montants de risques transformés. Et nous venons de vivre cette chute violente des marchés, comme non pas prédit, mais prévu par Artemis.

Les profiteurs de ce système injuste, sont tout d'abord les actionnaires qui ont multiplié par 3 leur investissement depuis la crise de 2008, même après la baisse de 25% de ces deux dernières semaines ! Sans compter les milliers de milliards de dividendes touches depuis 2008 !

Les acteurs des marchés, traders, gestionnaires de fonds de retraites et de fonds spéculatifs, ont touché des milliards par an en salaires et bonus car chaque année ils remettent les compteurs à 0 ! 

Les mieux lotis sont les gestionnaires des fonds spéculatifs qui touchent 20% en bonus sur des sommes astronomiques de profits faites pour leur clients grâce à l'argent magique. Ça peut monter très haut. Les plus performants peuvent se mettre des milliards dans la poche par an.

Et quand les marchés baissent comme en ce moment, s'ils ne sont pas actionnaires de leur fonds ils ne perdent rien !!!! Magique. Ils gagnent à la hausse, et perdent jamais à la baisse ! C'est indécent de facilité.

Ceux qui sont spécialistes de la vente des produits dérivés toxiques qui rapportent de la rente passive ont perdu en deux semaines tous les gains accumulés depuis 10 ans !! Rappelez-vous, on parle bien des produits qui se sont substitués au risque de faillite des États et des entreprises.

Ce sont leurs institutions financières qui perdent (banques, hedge funds, gestion d'actifs...), mais eux personnellement ne perdent rien. Mais alors qui perd ? Et c'est là que la finance usuraire est déroutante !

Aucun investisseur n'est assez fou pour mettre son propre argent dans un environnement où il est facile d'emprunter à 0%, sans limite, grâce à l'abondance d'argent magique de la Fed ou de la BCE !

Donc, ils empruntent pour décupler leur richesse. Ceci grâce à la technique de l'effet de levier.

[Rappel sur l'effet de levier :
* Je dois investir 100 pour gagner 5.
Je fais un rendement de 5%.
* Si j'emprunte 90 à 0%, et je fais un apport de 10, alors je vais toujours gagner 5. Donc je gagne 5 pour 10 sortis de ma poche -> rendement 50% !!! Voilà comment décupler sa richesse].

Donc qui perd de l'argent ? C'est une cascade de perte qui passe d'institutions financières en institutions financières, et de banques en banques, pour au final terminer chez des banques commerciales et aussi la Fed ! 

On parle de milliers de milliards de pertes ! Comme par hasard l'argent que la Fed est en train de créer.
Mais, sans une amélioration de la situation sanitaire du coronavirus, et un rebond des marchés, les pertes seront encore plus colossales !

La Fed éponge les pertes des copains et les sauve, sinon il y a un risque non nul que la machine à sous des Etats-Unis (la Fed), mais aussi les banques commerciales soient ruinées.

Ces fraudeurs sont unis dans leurs malversations : la Fed, l'État, les multinationales, les milliardaires, Trump...
Ils feront n'importe quoi pour se sauver, même le pire. 

Il se peut même que nous vivons là les prémices de la fin du dollar comme monnaie mondiale hégémonique. Et même s'ils réussissaient à combler les pertes avec leur argent magique, la future crise sera par construction encore plus gigantesque !

Et la morale de l'histoire ? Comme d'habitude. Quand tout va bien, ils se goinfrent, et quand ça va mal ils vont se terrer dans leurs majestueuses demeures.

Et qui paye les pots cassés ? Vous tous, les gens du peuple. Dans le meilleur des cas, la crise se calme et les marchés remontent artificiellement vers de nouveaux records, avant la chute finale. Et vous payerez les pots cassés.


Sinon il y a une autre voie : reprendre le pouvoir de la création monétaire et faire en sorte qu'il soit inscrit dans la constitution des règles strictes, des lignes directrices claires et des gardes fous !

 

Anice Lajnef, 15 Mars 2020.

 

Artemis, Volatility and the Alchemy of Risk 2017 :

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