La dette, matière première de la finance

L'ex-banquier Jean Peyrelevade propose une définition explicite de la finance : "Le système financier est l'ensemble des institutions dont la matière première est la dette. La finance émet de la dette, fait circuler de la dette, place de la dette, négocie de la dette".

L'exploitation de la dette permet au système bancaire d'extraire de juteux intérêts et commissions payés par les masses endettées (160 milliards en 2018 en France, soit 7% du PIB).

Partant de cette définition de cet ancien grand banquier, on se rend compte des discours démagogiques de nos dirigeants politiques qui veulent s'attaquer à la finance sans proposer un système libéré du poids de la dette.

Pire, les partis politiques les plus féroces contre la finance sont souvent les plus "pro-endettement".

Plus la dette est lourde et longue, plus le système financier se nourrit du travail des gens ordinaires. Le temps qui passe est synonyme d'intérêts touchés par le système financier. Ainsi on comprend mieux l'équation "le temps, c'est de l'argent"

La vraie équation de la finance est en réalité : "une partie de votre temps, c'est notre argent" !
En endettant les masses avec de l'argent qu'ils ne possèdent même pas, mais qu'ils se sont donnés le droit de créer, les gens de la finance ponctionnent une partie du travail des masses endettées.

Plus une société est endettée, et plus la finance « prospère ». Ces professionnels de la dette aliènent les peuples par l'endettement, et ils ne se fixent aucune limite. La seule limite est le ras-le-bol populaire qui finit par créer des situations de guerres ou de révolutions.

En grignotant le temps, l'argent et la liberté des gens, la finance est une machine à créer de la frustration populaire jusqu'à ce que ça dégénère.

Les citoyens soumis à la dette finissent par éclater leur colère et leurs frustrations. Quand les instigateurs du système sont assez malins, les peuples se détruisent mutuellement épargnants les vrais responsables (guerres entre nations ou guerres civiles).

Parfois, les citoyens se retournent contre les pouvoirs politiques en place et les institutions. Ce fut le cas en France avec les Gilets Jaunes, et c'est le cas aujourd'hui au Liban.

Mais à quoi le désordre libanais va-t-il servir s'il n'y a pas d'alternative à l'aliénation du peuple par la dette, qu'elle soit privée ou publique ?

La violence et la destruction n'apportent rien de positif. Les Libanais feraient mieux de réfléchir à mettre en place un système qui libérerait leur économie du poids de la dette et de l'emprise de la finance internationale sur leurs institutions.

Les dirigeants politiques libanais sont sûrement corrompus. Comme le sont nos dirigeants politiques au pouvoir qui se succèdent. En France, ce sont les pouvoirs de l'argent qui financent leurs élections, les médias des milliardaires qui leur donnent une crédibilité. 

Nos dirigeants politiques au pouvoir profitent d'avantages matériels qui les rendent dociles aux forces de l'argent et de la finance. Finalement, ils ne sont pas moins corrompus que les dirigeants libanais.

Ce qui arrive aux Libanais arrivera sous une autre forme en Europe. La situation s'est accélérée au Liban à la suite de l'explosion dans le port et sous prétexte (sûrement avéré) de corruption de la classe politique. La situation s'embrasera en Europe sous un autre prétexte.

Finalement, c'est une constante de l'histoire, les peuples finissent par se détruire à défaut de détruire leur réel ennemi : la finance qui les aliène.

Les instigateurs du système de la dette vont se terrer le temps du chaos, et réapparaîtront quand il faudra reconstruire, la fleur au fusil.

En conclusion, j'irai plus loin que Jean Peyrelevade dans sa définition de la finance : la dette n'est pas seulement la matière première de la finance, elle est aussi le poison qui est instillée insidieusement dans nos sociétés et qui finit par générer le chaos et le désordre.

Pour que les peuples se libèrent du diktat de la dette, il leur faut imaginer un système économique et monétaire libéré de la dette et de l'usure. Avec 7 milliards de cerveaux humains et les enseignements de nos anciens, on devrait y arriver, n'est-ce pas ?

 

Anice Lajnef, Août 2020

 

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