Une révolution intérieure pour rompre avec la violence sociale

Depuis la Révolution, la société française a opté pour une société matérialiste, où la science est seule à poser des vérités. Nous vivons dans une société du visible qui n'est que le monde de l'apparence. Seule la violence matérielle est reconnue.

Le matérialisme a été érigé en une sorte de religion. Une religion où il faut "avoir", sinon vous faites partie de la catégorie de "ceux qui ne sont rien". Le matériel est le seul critère de réussite dans cette société, peu importe les trésors que vous cachez en votre intérieur. 

C'est dans ce contexte que toute violence matérielle de quelques manifestants, choque l'opinion publique. Les images tournent en boucle sur les médias des milliardaires. La casse matérielle est le blasphème ultime dans notre monde matérialiste. 

Peu importe si cette violence apparente est le fait de quelques manifestants seulement, les revendications à l'origine sont oubliées. Dans un référentiel matérialiste, la violence matérielle discrédite toute revendication légitime, et sert donc les intérêts des forces en place. 

Nous sommes entrés dans un cycle de la violence : la manifestation de Samedi se voulait une manifestation contre la dérive sécuritaire du gouvernement, qui cherche à renforcer le pouvoir de la répression policière. 

Pourtant, et c'est flagrant depuis le mouvement des Gilets Jaunes et les divers mouvements sociaux de ces dernières années (retraites, hôpitaux...), la police est devenue le rempart ultime, qui permet les politiques anti-sociales du gouvernement.

La police se dit neutre. Elle maintiendrait l'ordre, sans prendre parti entre les citoyens mécontents, et un gouvernement qui n'en fait qu'à sa tête depuis 2017, légitimé croit-il par l'élection d’Emmanuel Macron, élu pourtant grâce à un vote barrage.

Si nous restons dans ce référentiel purement matérialiste, nous sommes dans une impasse : le gouvernement mènerait sa politique car légitimé par le vote des citoyens ; la police serait neutre et maintiendrait l'ordre ; certains manifestants seraient d'horribles casseurs. 

La situation est loin d'être aussi triviale. Tout d'abord, Emmanuel Macron a été élu suite à une faille de notre mode de scrutin (https://blogs.mediapart.fr/anice-lajnef/blog/261120/comment-eviter-le-spectre-dun-vote-barrage-lors-des-elections-presidentielles). Même s’il est sorti vainqueur des élections, il est loin d’avoir été plébiscité. Il concentre surtout sur lui un rejet exacerbé lié à ses politiques anti-sociales. Les sondages binaires n'y changeront rien, c’est une réalité.

Ensuite, il existe une violence immatérielle quotidienne, très mal vécue par une grande partie de la société. Cette violence n'est pas spectaculaire, elle est lente, elle s'exprime au goutte à goutte, comme des petits coups de marteaux reçus à longueur de temps. 

Cette violence c'est l'injustice : celle des 300 000 SDF, des 10 millions de citoyens vivants sous le seuil de pauvreté, celle d'une jeunesse obligée d'accepter de sacrifier 20 ans de sa vie pour accéder au logement.

L'injustice c'est aussi les politiques d'austérité menées depuis la crise de 2008, où on demande aux citoyens de se sacrifier, de travailler plus, de payer plus d'impôts et de taxes, d'accepter en même temps d'avoir moins de services publics... 

Alors que sur la même période, les politiques fiscales (transformation de l'ISF, CICE, flat tax...) et la politique monétaire de la BCE profitent aux quelques-uns, les milliardaires et les possédants.

Toute injustice est une violence. Dans le cas des injustices sociales, la violence est permanente. Elle ne touche pas des voitures ou des vitrines, elle touche des enfants, des femmes et des hommes. Elle touche l'humain, bien plus important que n'importe quelle chose matérielle. 

Face à cette violence institutionnalisée, deux réponses sont possibles.

La première consiste à répondre par la violence, avec le risque de sombrer dans un cycle de violence, de radicaliser la société, et de pousser une frange de la population à accepter un régime autoritaire. 

La deuxième réponse qui demande plus d'efforts et un peu de patience, et de croire à un changement qui se fera en élevant les consciences, en sortant de la logique purement matérielle, en remettant en cause le système par des analyses poussées, en diffusant ensuite le savoir. 

Pour suivre cette deuxième voie, il faut savoir se remettre en question individuellement d'abord, car la réponse est en chacun de nous. Nous ne pouvons pas crier à l'injustice, et en même temps être des complices d'un système qui repose sur la dette et le consumérisme. 

En nous endettant personnellement ou via l'État, nous acceptons de perdre une part de notre liberté au profit de nos maîtres, nos créanciers, qui profitent de notre empressement, ce besoin incessant de consommer aujourd'hui, ce que nous aurions dû consommer demain. 

Cet inversement du cycle économique qui fait passer la dette et la consommation avant le travail, non seulement nous aliène, mais en plus détruit notre planète. C'est facile de « «casser du policier », c'est beaucoup plus dur de se remettre en question, d'accepter cette introspection. 

L'introspection, l'effort, le savoir, la connaissance, la patience, l'endurance, la recherche de la vérité et de la justice, sont rarement mis en avant. La société matérialiste a fait de nous des consommateurs gâtés, incapables de nous élever, afin de changer notre condition. 

Nous attendons tout de nos parents, de l'école, des institutions, alors qu'en réalité la solution à nos problèmes est bien plus proche, elle est en chacun de nous. La première des révolutions à mener, est celle contre notre ego et contre nos pulsions matérialistes. De cet élan individuel, naîtront des synergies collectives, et un meilleur chemin à tracer pour notre société. Ainsi changera le monde. 

 

Anice Lajnef, Novembre 2020

 

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