Libéralisme : l'interventionnisme au profit des possédants

Suite à la crise financière de 2008, la Banque Centrale n'a pas eu d'autre choix que de baisser les taux. Il n'est pas question dans ce billet de critiquer ce choix, mais plutôt la méthode, qui met à mal la fable de la main invisible du marché, et qui profite aux possédants...

Depuis la crise de 2008, la Banque Centrale Européenne a imprimé 5000 milliards d'euros qu'elle a injecté dans le monde de la finance.

En plus d'être injuste, cette manœuvre contredit les lois libérales.

Pour comprendre ce monde complexe, une petite image s'impose.
Imaginez deux poteaux sur lesquels chaque extrémité d'une corde est accrochée.
Chaque pays, entreprise, individu possède sa propre corde accrochée entre ces deux poteaux.

Le premier poteau représente le futur très proche (demain) et le deuxième poteau le futur très lointain (30 ans).
La corde représente le coût d'emprunt que les banques et les marchés financiers font payer à chaque acteur économique : individu, entreprise, État.

Cette corde est en réalité la courbe des taux d'intérêts.

Historiquement, la doctrine libérale stipule que la Banque Centrale Européenne n'a pour rôle que de fixer la corde des banques commerciales sur le premier poteau, c'est à dire le taux d'intérêts un jour appliqué aux banques.

La fable libérale nous explique ensuite que le marché est intelligent pour fixer toutes les autres cordes sur les deux poteaux sans aucune intervention de la BCE !

Cette fable du marché efficient a tenu jusqu'à la crise de 2008. Avant cette date, il était impensable pour un libéral que la BCE puisse agir sur cette corde, comme le ferait une banque centrale d'une dictature bananière.

D'ailleurs cela pose des questions d'éthique pour tout âme éprise de justice. La BCE agit sur la corde des États et des multinationales directement, baissant leurs coûts d'emprunts, sans agir sur la courbe des PME et des ménages.

Même si par ricochet, le coût d'emprunt des ménages et des PME baisse, l'écart des taux d'intérêts appliqués à une multinationale et une entreprise familiale locale se creuse de plus en plus ! La multinationale profite pleinement de l'action de la BCE !

Philosophiquement, cette action de la BCE prouve que le libéralisme est une fable puisqu'en manipulant le marché des taux, c'est le futur incertain que la caste de Francfort manipule.

La main invisible du marché est un conte que nos économistes apprennent à nos gosses sur les bans des facultés seulement. En réalité cette main est celle de la caste financière qui agit dans l'intérêt des siens, c'est à dire du monde de la finance et des puissants.

Cette action antilibérale de la BCE est une preuve que le libéralisme est aussi entaché d'interventionnisme, sauf que celui-ci n'est pas le fait de l'Etat dans l'intérêt du peuple, mais d'une poignée d'individus de la BCE dans l'intérêt du monde de la finance.

Ainsi, le libéralisme est en réalité un socialisme pour riches.

Mais il y a pire ! En manipulant les taux futurs, la BCE manipule d'une certaine manière un futur dont nul ne connaît la trajectoire. Tôt ou tard, cette distorsion du futur opérée par la BCE se fera rattraper par la réalité, et ce sont les peuples qui en paieront le prix !

Sans compter aussi le prix social qu'il faudra payer : en favorisant les milliardaires et les possédants, l'action de la BCE n'est pas neutre socialement puisqu'elle creuse les inégalités de richesse. Tôt ou tard, les peuples se soulevèront, et le risque de chaos n'est pas nul ! 

 

Anice Lajnef, Janvier 2020

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