Figures de la campagne présidentielle russe. Dernier épisode: Am, stram, gram...

Les élections présidentielles russes ont donc eu lieu.Là, mon cher lecteur, vous vérifiez la date de mon billet en vous demandant si vous n’avez pas manqué quelque chose. Comment, vous ne vous en êtes donc pas rendu compte ?

Les élections présidentielles russes ont donc eu lieu.

Là, mon cher lecteur, vous vérifiez la date de mon billet en vous demandant si vous n’avez pas manqué quelque chose. Comment, vous ne vous en êtes donc pas rendu compte ? Où que l’on clique, quoi que l’on feuillette, la victoire de Vladimir Poutine est entérinée. Aucun doute, aucune marge de manœuvre, au premier tour, falsifications ou pas.

Les Russes partagent, pour la plupart, la même conviction résignée.

Reste un détail : il faut aller voter après-demain. Voter, ça n’a pas grand-chose à voir avec faire élire. Voter, ça n’a même rien à voir avec soutenir un candidat.

Une vieille dame qui n’a pas la langue dans sa poche disait à sa fille il y a quelques jours : « On me propose deux bandits, deux vieux séniles, une matière molle dyspeptique, et on veut que je choisisse ? Qu’ils aillent au diable. » Il va pourtant bien falloir choisir et donner sa voix pour qu’elle ne soit pas captée par les autres, pour que l'abstention ne vienne pas gonfler le score de Poutine. Des débats s’engagent donc à ce sujet dans les cercles des opposants qui se partagent en trois camps.

Les premiers déposeront dans l’urne un bulletin invalide  L’écrivain Boris Akounine déclare ainsi qu’il votera contre tous, barrera son bulletin de l’inscription « Ceci n’est pas un choix » et mettra une petite croix dans chaque case « pour voter non seulement contre Poutine, mais contre ces élections injustes de manière générale ». Il est rejoint par une majorité de protestataires.

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D’autres choisiront un candidat au hasard. La militante Evguenia Tchirikova dit qu’elle jouera son vote à pile ou face. Bien d’autres, comme elle, pensent que quitte à choisir entre la peste et le choléra, autant attendre le dernier moment.

Enfin, un certain nombre soutiendra explicitement un candidat. Prokhorov, parce que c'est un homme nouveau; Ziouganov, parce qu'il est de gauche; Mironov, parce qu'il est mou et inoffensif; Jirinovski, parce que... euh, là je sèche.

Am, stram, gram, pic et pic et colégram, la répartition des voix se jouera donc au plouf-plouf.

Finalement, peu importe, se disent les opposants. Les choses qui comptent sont dans l'au-delà électoral, la nouvelle ère poutinienne, ce temps sans butoir, cet espace non délimité où le pire est probable et le meilleur toujours possible. L'enjeu est énorme, l'angoisse est palpable.  

Les élections présidentielles sont donc bel et bien terminées en Russie.

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