Jour de fête à Kiev: autour de l'Euro 2012

« L’école sera fermée les jours de match ! », m’a annoncé avec joie ma fille en rentrant de son école franco-ukrainienne. Ce n’était pas vraiment une surprise. Il y a plusieurs semaines, la même information m’a été donnée à la maternelle de mon fils. Un certain nombre d’administrations avaient aussi annoncé leur fermeture à l’occasion de l’Euro.

« L’école sera fermée les jours de match ! », m’a annoncé avec joie ma fille en rentrant de son école franco-ukrainienne. Ce n’était pas vraiment une surprise. Il y a plusieurs semaines, la même information m’a été donnée à la maternelle de mon fils. Un certain nombre d’administrations avaient aussi annoncé leur fermeture à l’occasion de l’Euro.

Voici des mois que Kiev se prépare à accueillir le tournoi européen de football, à grands renforts de chantiers bâclés, de chaussées éventrées et de paravents cache-misère à l’effigie de l’Euro. Les magasins qui se respectent ont tous un stand de produits dérivés : casquette, t-shirt, écharpe, mais aussi tongs, serviettes de plage, mugs, cahiers d’écoliers, boîtes de chocolats, sacs besace. C’est amusant, je ne vois personne dans la rue arborant ces délicieux objets.

D’ailleurs, cela fait plusieurs jours que je ne vois tout simplement personne dans les rues de Kiev. Il faut dire que tout a été fait pour vider la ville de ses habitants. D’abord, fermeture anticipée des écoles et universités, ce qui a eu pour effet un départ massif des jeunes à la campagne, accompagnés de leurs grands-parents. Ensuite, annonce du bouclage du centre ville les jours de match, ce qu’il faut lire comme « Vous feriez mieux de ne pas y aller ». Enfin, plus insidieusement, l’arrivée massive des supporters dans la ville a été présentée comme un cataclysme, comme le débarquement d’une masse humaine incontrôlable, vaguement dangereuse, ne parlant aucune langue locale et donc incompréhensible.

La campagne de communication a bien marché. Le centre ville s’est en grande partie vidé de ses habitants quelques jours avant l’Euro. Seuls quelques supporters étrangers perdus errent dans les rues en cherchant désespérément un local à qui demander un renseignement.

La pratique n’est pas originale.

Récemment, une amie chercheuse me racontait une « fête de l’enfance » organisée par le pouvoir local qu’elle a observée dans une école de province ukrainienne. De longs discours, des écoliers alignés au cordeau. C’était une fête, mais manifestement pas pour les enfants.

Il y a quelques semaines, le président russe fonçait vers son inauguration à travers une ville de Moscou déserte, vidée de ses habitants pour l’occasion. C’était une fête, mais manifestement pas pour ses électeurs.

Demain sera un jour de fête à Kiev.

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