Figures de la campagne présidentielle russe. Episode 2: Irina, la pépite cachée du milliardaire

Irina Prokhorova est éditrice, intellectuelle et sœur de milliardaire. Le milliardaire, vous en avez entendu parler au moins une fois. Mikhail Prokhorov est moins connu en France pour sa fortune que pour ses déboires avec la police française à Courchevel, où il a été interpellé en 2007, accusé d’avoir amené avec lui en vacances plusieurs prostituées et soupçonné un temps de proxénétisme. En Russie, cet épisode n’intéresse pas grand monde.

Irina Prokhorova est éditrice, intellectuelle et sœur de milliardaire. Le milliardaire, vous en avez entendu parler au moins une fois. Mikhail Prokhorov est moins connu en France pour sa fortune que pour ses déboires avec la police française à Courchevel, où il a été interpellé en 2007, accusé d’avoir amené avec lui en vacances plusieurs prostituées et soupçonné un temps de proxénétisme. En Russie, cet épisode n’intéresse pas grand monde. Prokhorov est avant tout pour les Russes un homme d’affaires, président d’Onexim Bank et ancien président de Norilsk Nickel, leader mondial d’exploitation du nickel et du palladium. Depuis peu, Mikhail Prokhorov est aussi candidat à l’élection présidentielle, mais nous allons y venir un peu plus tard.

Irina Prokhorova. Irina Prokhorova.

Si Mikhail a fait des études de finances, Irina, elle, est docteur en lettres. Critique littéraire, elle fonde en 1993 la revue « Nouvelle chronique littéraire » ou NLO en russe. Rapidement, la revue se dote d’une maison d’édition du même nom et de deux autres revues intellectuelles. L’argent de Mikhail le frère a sans doute aidé au développement de ces projets, mais personne n’en fait le reproche à Irina, car la maison d’édition et les revues révolutionnent le monde de l’édition intellectuelle en Russie. L’éditrice Irina Prokhorova est vive, ouverte sur l’étranger, à l’affût et sait s’entourer des meilleurs spécialistes, souvent très jeunes. Etre publié chez NLO devient un gage de qualité, à l’intérieur du pays comme à l’étranger. Mais l’éditrice ne s’arrête pas là. Dix ans après le lancement de NLO, elle prend la tête d’une fondation financée par son frère qui soutient des projets culturels dans différentes régions de Russie, notamment dans le Grand Nord.

Lorsque Mikhail Prokhorov se déclare candidat à la présidence de la Russie en 2012, le monde intellectuel et médiatique prend l’annonce avec ironie. Le milliardaire est soupçonné d’être un pantin du Kremlin, censé représenter une certaine libéralisation du pays et dont on attend un désistement en faveur de Vladimir Poutine. Même s’il est le seul nom nouveau sur la liste des vieux briscards autorisés à concourir (le communiste Ziouganov, le populiste Zhirinovski, le vaguement socialiste Mironov), Prokhorov semble confirmer ces soupçons en menant une campagne très molle.

Jusqu’à l’entrée en scène de sa sœur.

L’histoire se passe sur un plateau de télévision. Vladimir Poutine – qui refuse de participer personnellement aux débats – dépêche sur le plateau son homme de confiance, le célèbre cinéaste Nikita Mikhalkov. Mikhalkov est charismatique, arrogant, pétri d’autosatisfaction, convaincu d’être l’âme et la conscience de la Russie éternelle. Sa méthode consiste à écraser son interlocuteur de son ton « grand seigneur » et de ses références à l’âme russe et à la religion orthodoxe. Pour faire face à Mikhalkov, le milliardaire dépêche sa sœur Irina.

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Le débat durera une heure, pendant laquelle Irina Prokhorova mettra littéralement K.O. son adversaire, avec sourire, intelligence et bienveillance. Mikhalkov l’attaquera sur le terrain de la religiosité, de la spiritualité, de la stabilité, de la proximité de l’Asie plus que de l’Occident, tentera de jouer sur la méfiance des gens simples à l’égard des hommes riches. Prokhorova argumentera sur la tolérance, le soutien à l’éducation, le sens civique, le développement. A la fin de l’entretien, Mikhalkov rend les armes : « si vous étiez candidate à la place de votre frère, je voterais pour vous ».

L’entretien fait l’effet d’une petite bombe dans le monde intellectuel et médiatique russe. Irina aurait dû être candidate à la place de son frère, s’exclament les observateurs. D’aucuns la qualifient d’ « Angela Merkel russe ». Mais surtout, la prestation et la personnalité d’Irina Prokhorova remettent sérieusement en question une certitude inébranlable des intellectuels opposés à Poutine : celle d’un Prokhorov-pantin, sans poigne ni programme. Peut-il être si creux, ce milliardaire-candidat, s’il a une telle perle dans son staff de campagne ?

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