Non, Monsieur le Président, vous n'aurez pas nos jours heureux

Non, Monsieur le Président, vous n'aurez pas nos jours heureux. Après l'annonce de la réforme gouvernementale sur les retraites, le Premier Ministre déclare dans la presse "assumer la vérité". Mais de quelle vérité M. Philippe est-il le héraut? Voici notre réponse!

Affiche du film Les Jours heureux, Gilles Perret © lesjoursheureux.net Affiche du film Les Jours heureux, Gilles Perret © lesjoursheureux.net

 La vérité, c'est que désormais il n'est plus aucune organisation syndicale de salariés qui soutient la réforme gouvernementale.

La vérité c'est que cette réforme est une réforme budgétaire. Elle ne propose aucun nouveau financement des retraites. L'économie se fera donc sur les seules pensions. L'économie se fera mathématiquement par la prise en compte de la totalité de la carrière dans le calcul de la pension, par la variation du taux de remplacement du point, par l'allongement de la durée de cotisation. Ces nouvelles dispositions concernent tous les salariés du privé comme du public.

La vérité c'est que cette réforme va précariser les carrières incomplètes. A cet égard, l'annonce d'une pension minimale de 1000€ est une insulte au travail. Aujourd'hui, le minimum vieillesse est de 967€. Demain, il faudra une carrière complète et un départ à 64 ans pour avoir droit à une retraite minimum de 1000€. Qui, finalement pourra prétendre à une retraite à taux plein?

La vérité, c'est que la réforme favorise la retraite par capitalisation. Le plafonnement des cotisations des hauts salaires est à la fois une perte de cotisation et une incitation à autofinancer les retraites par la capitalisation.

 

La vérité, c'est que la pénibilité du travail est tellement peu prise en compte que les régimes spéciaux de retraite restent la meilleure réponse à la pénibilité du travail..

La vérité, c'est qu' en se réclamant des grands hommes et du Conseil National de la Résistance mais en oubliant éhontément Ambroise Croizat, M. Philippe piétine notre histoire collective et les valeurs de solidarité et de progrès qui ont porté la création du régime général des retraites et l'aspiration de tous à vivre dignement.

La vérité c'est que le gouvernement est totalement responsable de la situation de crise que nous traversons, car il ne laisse le choix qu'entre la soumission ou le conflit.

Voilà donc la vérité, toute la vérité, la vérité dûment corrigée, qu'assume M. Philippe.

Mais la vérité exige encore de dire que le système universel n'est plus puisque déjà des régimes spéciaux seront conservés. Elle exige encore de dénoncer la collusion entre la finance et la décision politique comme le manifeste la démission de M.Delevoye, qui est le véritable auteur de la réforme. La vérité oblige à dire que cette réforme des retraites rejoint toutes les autres régressions du droit: régression des services publics, régression du droit du travail, régressions des allocations chômage, régressions du droit de manifester et des droits syndicaux.

Contre toutes ces agressions, c'est d'une seule voix que nous répondons au gouvernement "vous n'aurez pas nos jours heureux".

Alors nous assumons, mais nous, nous ne nous payons pas de mots!

Aujourd’hui 17 décembre nous sommes en grève et nous appelons tous les salariés à rejoindre notre appel jusqu'à l'abandon de la réforme.

Texte de Vincent Pineau, professeur de philosophie, voté à l'assemblée générale des enseignants grévistes du 17/12.

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