Margaret Thatcher : de la répulsion syndicats « marxistes » au CO2/GIEC

Ou comment de deux guerres, l'une des Malouines au milieu de la météo de l'Atlantique, l'autre contre les puissants syndicat « marxistes » des entreprises d’État, est pouponnée au sein du Met Office de sa majesté une méga-structure internationale chargée de détourner les esprits vers le CO2

Pour L. Michel le Directeur de la "French DGEC" (Direction Générale de l’Énergie et du Climat, vidéo SFEN publiée 31/03/15, ici, à 9:35) :

«  … ce qui a été mis en place en Grande Bretagne, avec le "contract for Difference" est intéressant... »

Il s'agit d'un prix double du prix actuel de l’électricité, indexé, garanti à l'exploitant nucléaire EDF pendant 35 ans.

Une référence à la Grande-Bretagne ?

Dans la météo de l'Atlantique

Chez nos amis british, le « climat » est entré précocement dans la sphère diplomatique. Sir Crispin Tickell a fait des études d'histoire et politique (1952 puis 2 ans de service militaire puis des postes dans la diplomatie). Lors d'une année sabbatique à Harvard sur 1975-76 pour étudier les World Affairs, le rôle du climat dans l'histoire le pique. Il lit tout ce qui existe sur le sujet, peu alors, en quelques mois dit-il. En 1977, il publie "Climate change and World Affairs", qui le lance. "Au milieu des années 80 il a contribué à persuader la Première Ministre Margaret Thatcher [élue en mai 1979 (1)] que le réchauffement global était un problème qui méritait, et son attention, et des subventions généreuses." (S. Boehmer-Christiansen, Nature vol. 372, 1 December 1994, p. 401). Margaret Thatcher a conduit la guerre des Malouines (Falkland war) en Avril-mai 1982, de l'autre coté de la Terre dans l'Atlantique à 13 000 km de l'Angleterre. Passons sur les montagnes de Jet-fuel pour la RAF et de fioul lourd pour les navires que cela a exigé. Dans de telles conditions le Met Office ("Météo-France-Angleterre") devient un département intimement lié à la direction militaire. C'est dans ce Met Office de l'armée victorieuse que 7 ans plus tard va être installé le GIEC du CO2, pas du CO2 de l'armée, celui des ménages civils (ici ou ).

 

"The enemy within"

Sur le plan intérieur, Margaret Thatcher préparait une autre guerre contre le alors puissant syndicat de mineurs du charbon, le National Union of Mineworkers, NUM, et son leader, Arthur Scargill, pour elle un révolutionnaire marxiste : "the enemy within". Il y avait eu deux grèves de plusieurs semaines des mineurs affectant tout le pays en 1972 (la première depuis 50 ans, augmentation proposée inférieure de plusieurs points à l'inflation) et 1974, qui ont marqué tous les esprits du Royaume Uni. La première fut un succès coté classe ouvrière suite, en point d'orgue, au blocage pacifique réussi (10 février, plein hiver) d'un alors très gros dépôt de coke dans un quartier de Birmingham (Saltley), loin des mines, pour lequel les ouvriers des usines proches de l'industrie automobiles du groupe Leyland, avaient débrayé par solidarité et accouru en masse (une dizaine de milliers) aider un piquet de mineurs surpassé par plus de police. C'est là que A. Scargill s'était fait connaître. Lors de la deuxième en février 74, Edward Heath voulant faire désavouer les grévistes avait appelé aux élections mais le Labour obtient quelques sièges de plus et E. Health ne s'entend pas avec les libéraux et doit partir. Ces deux épisodes sont restés en travers de la gorge des Tories.

Le Ridley Report de 1977 (ici p. 25 ; M. Thatcher était leader des Tories depuis fév. 1975) prévoyait dès qu'ils seraient réélus, d'organiser d'abord la difficulté de rentrées d'argent aux grévistes des entreprises nationalisées (sera la clause 6 de la Social Security bill du 15/04/80), faire des stocks de charbon ou de fioul près des centrales électriques (M. Thatcher en donnera personnellement l'ordre), de créer des unités importantes de police, mobiles, à commandement centralisé pour casser les piquets de grèves (eux mêmes rendus plus ou moins illégaux par le 1980 Employment Act, celui de 1982 amenant des pénalités d’emprisonnement), etc. Parallèlement le gouvernement travaille l'opinion publique en se plaignant fréquemment que le pays doit subventionner ces mineurs (ignorant les emplois induits, 87 pour 100 mineurs, les taxes gagnées par l’état, des affectations contestables et le relâchement soudain de dizaines de milliers de jusqu'alors actifs sur le système social ; enfin tout simplement qu'à énergie égale, le charbon anglais était vendu au CEGB 40% moins cher que le pétrole ; mais tout cela ne sera analysé qu'après la grève; Saville, 1985, ici , p. 14, 24-28).

En 1982 Margaret Thatcher avait nommé le pro-nucléaire Sir Walter Marshall (jusque là Président de l'Autorité de l’énergie Atomique de Grande Bretagne, proche du BNFL de Sellafield, etc.) à la tête du CEGB («l'EDF anglais» qui gère les centrales électriques). Les élections générales du 09/06/1983 suivent la victoire militaire anglaise dans des conditions très difficiles aux Malouines, avec Margaret Thatcher photographiée là-bas au milieu des soldats victorieux, les Tories font un raz de marée (presque le double de sièges que le Labour).

Aussitôt en septembre Margaret Thatcher nomme Ian McGregor, 70 ans, à la direction du National Coal Board, NCB. Il venait de «dégraisser» de moitié les effectifs de la sidérurgie nationale en deux ans. Une fois l'hiver passé, I. McGregor annonce début mars (1984) la fermeture d'un puits, un puits en plein fonctionnement qui pouvait l'être encore plusieurs années (2 semaines avant on y ajoutait encore des mineurs) totalement inattendu et... en plein fief du NUM. Et il ajoute qu'il prévoit une baisse de production du NCB de 4 millions de tonnes et que cela va affecter 20 000 emplois directs, surtout dans cette même zone du NUM = le gouvernement Thatcher lançait sa deuxième guerre en temps et terrain choisis...

20% des mineurs (de zones historiquement connues pour cela, Nottinghamshire) ne feront pas grève et Margaret Thatcher s'y référera constamment. 80% des mineurs la feront : des dizaines de milliers de grévistes, une grève tellement longue qui va durer un an. Mais le point d'orgue du 18 juin 1984 va montrer que la situation n'est plus du tout celle de 1972 : le gouvernement bien organisé a fait venir plusieurs milliers de policiers de tout le pays (tenues anti-émeutes, charges à cheval, chiens, etc.) pour contrer plusieurs milliers de mineurs voulant, en une sorte de remake, bloquer la cokerie de Orgreave à coté de Rotherham (Sheffield, plein centre de l'Angleterre, South Yorkshire) : des dizaines de blessés dont des graves, des deux coté et 95 mineurs arrêtés risquent la prison à vie. Dès le lendemain la dame de fer a supporté sa police dénonçant dans la foulée le "pouvoir de la rue" ("mob rule") qui veut empêcher les autres de travailler. Elle dira même que les policiers ont été merveilleux.

Pourtant, le procès des mineurs tournera court fort discrètement lorsqu'il est apparu que des dépositions des policiers étaient organisées par autorité supérieure (34 identiques au mot près), démenties par les images, et c'est la police qui devra dédommager des mineurs dans un arrangement hors justice : 425 000 £ à 39 mineurs pour fausses accusations. Mais cette vérité arrive suffisamment tard, dans l'année 85, pour que la bataille soit du passé, la grève et le syndicat ont été écrasés entre temps. Les mineurs et leurs avocats ont toujours dit que la police avait chargé sans raison véritable, film de la police à l'appui, et il apparaît que la BBC a inversé les séquences aux nouvelles nationales du soir faisant apparaître les mineurs comme ceux qui ont initié la violence (l'affaire BBC n'est pas close en 2015, ici, ). Ces (fausses) accusations ont nui à l'image des grévistes, comme toute guerre, elle était aussi médiatique.

En fait comme à Crey-Malville en France en 1977 la police expérimentée avec l'Irlande du Nord, avait choisi son terrain, son timing, et sa méthode (son chef l'avait mentionné avant cette journée).

Huit mois plus tard après un an de grève, le 03 mars 1985, le gouvernement Thatcher aura obtenu la victoire complète (vote de la reprise du travail sans conditions) sur les grévistes ruinés à la corde, brisés, familles en désarroi, et en même temps plus généralement sur le syndicalisme comme elle s'en félicite dans ses mémoires. Après cet écrasement du syndicat des mineurs les mines seront fermées les unes après les autres. Lorsque. M. Thatcher est arrivée au pouvoir en 1979 il y avait moins d'un quart de million de mineurs, lorsqu'elle est partie en 1990 à peine 50 000 (ici).

Pendant l'hiver de grève de 1984-85, si l'importation était problématique à de nombreux ports (deux courtes grèves des dockers en juillet et août 1984 à cause de déchargements parallèles ont beaucoup inquiété le gouvernement) elle est restée pleinement fonctionnelle dans deux ports, Douvres et de Felixstowe (ces dockers ayant obtenu dans ces conditions tous ce qu'ils voulaient), ainsi que via des petits ports de la côte Est mis à contribution. Ce charbon en quantité accrue pour remplacer celui national venait de Pologne, d'Allemagne de l'Ouest, des États-Unis puis Afrique du Sud (Souville,ici p. 18). C'est aussi grâce à ça que les Tories peuvent briser les reins du NUM

Il apparaît, selon Bertrand Rouzies qui donne ses sources (06/04/18, ), que des changements importants avaient eu lieux aux USA, bien avant la dame de fer, entre les deux guerres, pour une motivation semblable : "réduire les capacités de nuisance, c’est-à-dire de blocage économique, de l’industrie charbonnière, fortement syndiquée et revendicatrice, réputée acquise au communisme.".

Car le charbon lui-même n'est pas en cause, en 2015 : 41% de l'électricité anglaise est produite avec le charbon importé (dont 38% de Russie, ici). Il lui reste le gaz de la Mer du Nord mais le Royaume Uni est de plus en plus dépendant des importations pour son énergie.

Les nucléocrates français ont donné un superbe coup de main aux Tories. En France même « Le démarrage des centrales nucléaires entraîne l'arrêt des centrales à charbon même quand le coût de l'exploitation de ces dernières est moins élevé... L'élimination du charbon est l'une des conséquences les plus graves du programme électronucléaire car le charbon est la ressource la plus abondante, et de loin au niveau mondial, notamment pour la production d'électricité et les industries françaises du charbon (mines et industries para-charbonnières) se ferment tout avenir. », et d'autre part « La construction d'environ 50 «tranches» nucléaires de 1.000 MWe en dix ans entraîne que le parc nucléaire est déjà surdimensionné et le sera encore plus en 1990: selon les évaluations, le suréquipement en 1990 varie entre 7 et 15 tranches nucléaires. Cela signifie un investissement inutile de 70 à 150 milliards de francs. En 1990, l'endettement d'EDF sera de l'ordre de 250 milliards de francs. » (Gazette nucléaire n°92/93, fév. 89 p. 5 ; ici). Alors que la France entre 1975 et 1990 doublait sa puissance électrique installée, sur la même période la Grande Bretagne diminuait la sienne de 9% (Gazette Nucléaire n° 92/93 p. 22).

En juin 1981, «l'EDF-anglais» CEGB et EDF avaient lancé la construction d'une liaison sous-marine pour la transmission de 2 GW, qui commencera à passer du courant progressivement à partir de l'automne 1985 (coût de cette ligne 760 millions £). L'élite anglaise n'ignore pas que la dette EDF est considérable (de 220 milliards de francs en 1987, presque ¼ du budget de l’État français; Gazette Nucléaire n° 92, , p. 11), et qu'il lui faut exporter à tout, n'importe quel..., prix. Rien à construire et le CEGB du nucléocrate Sir Walter Marshall a réussi l'exploit d'obtenir un prix d'achat environ 20-25% inférieur à celui de la production intérieure anglaise (débat House of Lords, séance 09/04/80, ici). En 1987, EDF exporte pour 31 TWh.

Même son de cloche, sous épais feutrage diplomatique, coté français avec le dit « rapport Rouvillois » de mai 1989 au ministère de l'industrie : « En 1988, les exportations d'EDF ont représenté 7,2 milliards de francs et le solde des échanges avoisine pour la France + 37 TWh, nos principaux clients étant l'Italie et la Grande-Bretagne. » ; « Dès 1982, le suréquipement nucléaire prévisible en 1990 avait été estimé à une ou deux tranches. L'évaluation actuellement retenue est de 7 à 8 tranches, soit 10 GW environ. » ; « Ce suréquipement actuel d'EDF... entraîne dans l'immédiat deux séries de conséquences... Il fait d'abord de la poursuite du développement des exportations d'électricité un impératif pour EDF. » ; « Les exportations ne sont pas très rémunératrices pour EDF: 22,4 c/KWh en moyenne (1987) contre 22,5 c pour le coût de production complet (amortissement et intérêt compris) d'une centrale nucléaire de base. » (Gazette Nucléaire n°101/102, ici, ou ) (Philippe Rouvillois sera ensuite Administrateur du CEA de 1989 à 1995), donc une exportation à perte symboliquement reconnue, ne parlons pas de coûts futurs (déchets, démantèlement).

A l'occasion d'autres fermetures de mines de charbon sous John Major le journal La Croix écrit (02/02/93) : "… restent discrets sur l'importation massive d'électricité produite par les centrales nucléaires françaises (un manque à produire de 6 millions de tonnes pour les houillères britanniques). Londres aurait dû, il est vrai, en pareil cas, verser aux français des millions de livres de dédommagements.". En 1994, le Royaume-Uni a importé de France 17,2 terawatt-heure d'électricité ce qui correspond à la production de 3 réacteurs atomiques tournant sur sol français (ici, p. 9). Les déchets nucléaires correspondants, éternels, sont "français".

La brutalité de la fermeture des mines, des licenciements, l'a été au nom du libéralisme économique (et privatisations), et de la haine des syndicats «marxistes». C'est encore en ce nom qu'en septembre 2008 EDF peut acheter British Energy avec ses 14 réacteurs AGR (dont le site de Hinckley Point) et le REP de Sizewell pour 15,7 milliards d'euros dont 35% appartenaient à l’État anglais. Mais EDF c'est l'État français (85%) et un syndicat CGT-énergie centralisé puissant... Aujourd'hui le gouvernement conservateur de Grande Bretagne garantit à EDF, donc impose aux consommateurs, pour du futur nucléaire à Hinckley Point un prix double du prix actuel de l'électricité sur 35 ans annexé sur l'inflation.

 

Regarder ! le CO2 c'est une abomination

En Sept. 1988, Margaret Thatcher prononce un discours à la London Royal Society qui reçoit grande publicité. Elle fait état pour commencer de sa formation scientifique(1), semble placer le débat haut mais, surprise pour un parti politique majeur, y consacre une grande partie à un certain environnementalisme (Margaret Thatcher Foundation, ici) :

« agriculture... Mais on se retrouve avec une pollution aux nitrates et un accroissement énorme de méthane qui pose des problèmes.

.. nous a donné la capacité et le besoin d'exploiter les combustibles fossiles... Un résultat est une vaste augmentation du dioxyde de carbone. Et cela s'est fait juste lorsque des grandes étendues de forêt qui aident à l'absorber ont été coupées.

il est possible... qu'on ait sans le vouloir commencé une expérimentation massive avec notre système planétaire lui-même.

Récemment... ... le premier est l'accroissement des gaz à effet de serre, dioxyde de carbone, méthane et chlorofluorocarbones, ce qui conduit certains à craindre que l'on est en train de créer un piège de chaleur global qui pourrait amener à une instabilité climatique... Un tel réchauffement pourrait provoquer la fonte accélérée des glaciers et par conséquent une augmentation du niveau de la mer de plus de 1 ou 2 mètres dans le prochain siècle. (...)

Nous avons à considérer avec plus de détails les effets probables du changement dans des échelles de temps précises. Et prendre en compte les implications plus larges au niveau des prises de décisions, pour la production d'énergie, pour l'efficacité énergétique, la reforestation. Ce n'est pas une petite tache puisque l'accroissement annuel de dioxyde de carbone atmosphérique est de l'ordre de 3 milliards de tonnes. Et la moitié du carbone émis depuis la révolution industrielle reste dans l'atmosphère. (…)

On peut atteindre une prospérité stable dans le monde à condition qu'on soigne et protège l'environnement. »

Greenpeace-Climat et le futur GIEC peuvent y prendre de la graine... (ils vont le faire). Les forestiers eux expliquent qu'en Europe, l'arrivée du charbon a sauvé la forêt. Et c'est quand il y avait bien plus de CO2 dans l'environnement que les forêts qui donneront le charbon prospéraient (ici ou ).

Bien sûr la « révolution industrielle » responsable de ces horreurs dans son esprit/tories du moment, c'est synonyme du charbon parce qu'il a apporté des syndicats « marxistes ». Et au moment de ce discours, la fermetures des mines, les mises massives au chômage, sont lancées à plein.

Pas un mot du nucléaire dans le discours. Pourtant, au point de vue environnemental, et médical justement, deux ans avant, explosait Tchernobyl. Plusieurs zones de Grande Bretagne sont bien touchées : pluies radioactives qui ont mouillé bien des gens, le Met Office/gouvernement comme notre Pierre Pellerin n'ayant donné aucun avertissement, plus de 4,5 millions d'agneaux sont concernés avec des contaminations de l'ordre de 1500 Bq/kg Cs137 et 500 Bq/kg Cs134. Les anglais-e-s s'en sont régalés, idem pour les poissons, de même que les enfants avec lait yaourts et fromages « iodé-Tchernobyl » de ces zones puisqu'il faudra 1,5 mois au gouvernement Thatcher pour interdire la vente d'une telle viande (en 2000 les restrictions sont en place pour 389 fermes comptant 230 000 moutons dont certains dépassent encore 1000 Bq Cs137/kg et certaines pourraient être sous contrôle encore 30 ans; ici). C'est qu'il a fallu toute la pression du NFU (« FNSEA anglaise ») pour que le gouvernement accepte de verser des indemnisations aux éleveurs (4,3 millions £ en 1987). Dans ce discours écolo à la Royal Society qui présage celui du GIEC M. Thatcher tire les attentions vers d'autres sujets que la pollution/contamination radioactive. Nombre d'anglais-e-s ayant peu apprécié la répugnance et les improvisations de son gouvernement à réagir face à cette agression I-131, Cs-137, Cs-134, certes invisible les touchant dans leur chair alors que le Royaume Uni est le premier pays à avoir mis des réacteurs nucléaires un peu partout sur son sol au début des années 60.

Au moment même de ce discours, quatre réacteurs nucléaires AGR 680 MWé construits sous le Primat Thatcher, 2 à Heysham et 2 à Torness, étaient couplés au réseau, et la CEGB de Sir Walter Marshall posait la première pierre pour un REP nucléaire 1250 Mwé à Sizewell. Le gouvernement avait lancé la construction de 4 sous-marins à propulsion nucléaire de la série Vanguard pour les missiles à têtes nucléaires multiples Trident.

Deux mois après ce discours sur le CO2/climat/océans de M. Thatcher était la première réunion du GIEC à Genève où John Houghton (ancien physicien de l'atmosphère à Oxford où il travaillait avec la NASA et le Royal Aircraft Establishment), alors Directeur du Met Office, est élu Président du groupe science du GIEC. En 1989 est créé, adjacent au Met Office à Bracknell (Ouest de Londres) le Hadley Center qui va être central au GIEC, ayant comme tache de réunir l'observation et surtout la modélisation prédictive du climat, le US DoE (énergie-CEA américain) contribuant pour 5,5 millions £/an (ici, le Hadley Center fait donc partie du Met Office) en plus du financement alloué par le gouvernement Thatcher. Mais le budget recherche sous M. Thatcher n'a pas augmenté, un peu partout ailleurs il y a eu des baisses de crédits. Les pensées de M. Thatcher et Ronald Reagan se rejoignaient, les rapports entre les deux pays étaient alors des plus chaleureux ("dear Ronnie").

Pour les données à collecter le Hadley Center se lie à la Climatic Research Unit, CRU, de East Anglia (qui se trouve à Norwich, 160 km au Nord-Est de Londres), une petite unité académique qui faisait déjà ce travail en contrat (notamment Phil Jones) depuis avant 1985 avec le gros labo militaire américain, le Oak Ridge Research Laboratory du même DoE via la "Cabon Dioxyde Research Division" (les premiers modélisateurs américains du Oak Ridge avaient besoin de telles données). Le directeur d'alors du CRU rencontre Margaret Thacher et les autres impliqués dans la création du Hadley Center  (comme le dit son site, ici : le directeur à partir de 1993 sera Phil Jones) pour devenir les "gardiens" (malheureusement au sens propre, i.e. le Climate-gate en nov. 2009, , ici, demande de ces données faites aussi par l'Institut Physique du Globe de Paris, qui a été réfusée comme le raporte son Directeur d'alors, , etc.) des données historiques cherchées dans les archives de la température de la surface mondiale. Les Hadley Center, CRU, DoE ont donc eu un rôle de leader au démarrage du GIEC. Le 21/05/90, M. Thatcher invite J. Houghton à présenter les résultats du premier rapport du GIEC devant son cabinet. John Houghton a eu un rôle clé dans les trois premiers rapports du GIEC.

Dans le premier modèle océan-atmosphère couplé 1991 du Hadley Center, l’atmosphère est fabriqué de 11 couches numériques avec des mailles 2,5° × 3,75° soit à 45° de latitude : 277 km × 295 km (on rappelle qu'une vallée, un cumulo-nimbus ou l’œil d'un cyclone font ~ 10 km) et ne pouvait modéliser que un gaz à effet de serre, le "CO2-numérique". On avait pas beaucoup avancé pour Kyoto en 97 : on avait introduit un "aérosol-numérique", de la "variété refroidissante" (les aérosols sont particulièrement complexes en eux-mêmes, on ne sait pas trop ce qu'ils font), totalement indispensable, sans lequel la courbe décollait, le GIEC aurait alors perdu toute crédibilité (Y. Lenoir, "Climat de panique" 2001, p. 64). Depuis, le, et les autres, centres continuent de compliquer de plus en plus (le climat est infiniment compliqué, il faut par exemple numériser la vie des zones humides..., le soleil..., et en réalité les 3/4 des phénomènes se passent à une échelle microscopiques, même moléculaire, et tout ça est singé par des paramètres megascopiques arbitraires). Ces jeux vidéos-planètes coûtent (ordinateur pétaflop massivement parallèles et équipes très haut de gamme d'informaticiens) et le plus gros soucis permanent de ces centres est de persuader les politiques, nationaux ou européens, qui tiennent le carnet de chèque des contribuables de continuer à payer les factures pour leur recherche du Graal.

D'autres sont intéressés par le seul CO2 (à la fin de son discours Margaret Thatcher ne parle plus que du CO2, en tonnage) pour repousser le charbon qui, comme le dit le directeur de la "French DGEC" en début de ce billet : « Si on veut faire de l'énergie vite et pas trop chère on va d'abord faire du charbon et du gaz, qui ont leur place, qui l'auront. » (c'est à 6:25 dans la vidéo SFEN, ), ce que veut empêcher ces membres du lobby nucléaire. Pour cela prédire la catastrophe climatique-CO2 s'est révélé être le trait de génie, inauguré avec brillance par le modélisateur de « climat » à la NASA (organisme qui par ailleurs prend soin des missiles des têtes nucléaires multiples) James Hansen (2) en juin 1988 devant le congrès des États-Unis, 3 mois avant que Mme Thatcher ne surprenne son monde à la british Royal Society, juste pour le démarrage du GIEC. Car l'élu-e qui refuserait sera tout de suite traité-e d'irresponsable, ce dont une foule d'ONG grassement financées se chargent (ici paragraphes VI.5, VI.6). C'est imparable.

"En vrai", on est incapable de modéliser le moindre cumulo-nimbus et bien avant ça, on ne sait pas comment se forment les gouttelettes d'eau d'un nuage (qui se forment trop tôt, paragrphe II.C.2). Le climat, c'est l'eau, son manque (sécheresse) son arrivée trop rapide (inondations), sa chaleur latente qui donne leur puissance aux tempêtes et cyclones, son effet de serre vu qu'elle est bien plus abondante que le CO2 (ici paragraphe IV.1).

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(1) : Margaret Roberts (nom de jeune fille), obtient un Bachelor de chimie à Oxford (oct. 43-1947) où elle a été Présidente de l'association des étudiants conservateurs et une methodiste active. Sans perdre de vue la politique (en 48 elle assiste à la conférence du parti, dirigé par W. Churchill), elle a un premier poste dans un laboratoire d'une société de plastiques, puis de 1949 à 1951 dans l'industrie agro-alimentaire. A 25 ans, elle a été retenue comme candidate du parti aux élections de 1950 et 1951 dans un circonscription travailliste où sans pouvoir être élue elle fait un bon score. Elle se marie en déc. 51 et a des (faux) jumeaux (une fille, un garçon) en déc 53. Ayant changé de circonscription, elle est élue députée conservatrice en 1959 à Finchley (Londres), un siège qu'elle va tenir 20 ans. En oct. 61, Mc Millan la choisit comme ministre junior des pensions. De 64 à 70 les travaillistes au gouvernement, elle a des postes de porte-parole chez les Tories, se qualifie comme barrister sur les taxations. De 1970 à 1974, sous Edward Health, elle est Secrétaire d’État à l'éducation et la science. En fév. 75 elle bat E. Health à la Direction des Tories. Le 04 mai 1979 elle est élue Premier Ministre, première femme à l'être et y reste 11,5 ans, la plus grande durée de Premier Ministre du siècle, jusqu'à nov. 1990 (perd le support de son parti sur l'Europe, une très impopulaire « poll tax », son autoritarisme à la fin)

(2) : James Hansen pro-nucléaire comme semble-t-il tout le monde au GIEC : vidéo SFEN, ici ou plus précis, le New York Times 03/11/13, .

petite mise à jour de ce billet 28/05/18

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