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Billet de blog 1 janvier 2025

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Bizutages et autres initiations

On sait que ceux qui ont le plus souffert d'un bizutage peuvent être ensuite les plus acharnés à le faire subir à leurs successeurs ; en va-t-il de même avec les initiations d'ordre religieuses ou ethniques ?

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Jésus était circoncis !? Juif, il aurait été surprenant qu'il n'ait pas été soumis lui aussi à cette pratique, fondamentale dans, pour ne pas dire fondatrice de, la judéité. Si on en croit ceux qu'on a appelés un temps en Israël les nouveaux historiens, la circoncision une semaine après la naissance était en effet, avec le repos du shabbat et l'abstention de viandes de porc, les trois principales pratiques communes aux tribus résidant en Palestine et qui deviendraient par la suite le "peuple" juif, tout ceci avant même qu'il n'existe une Torah, cet ensemble de textes écrits qui sont censés justifier ces pratiques-là ainsi que toutes les autres qui se sont ajoutées ultérieurement. C'est dire si cette circoncision remonte loin dans la préhistoire du judaïsme...

Pour Freud, la circoncision ne serait qu'une castration symbolique. Pour ce supposé "Titan", en effet, il ne se passe pas vraiment de choses sérieuses dans la psyché humaine avant que l'enfant n'ait un minimum d'accès au langage ; il n'imagine donc pas un instant que cette atteinte à l'intégrité physique de l'enfant puise avoir quelque conséquence que ce soit par elle-même, c'est seulement quand, une fois plus grand, il comprend qu'il lui manque quelque chose que d'autres ont, qu'il développerait à ce moment-là un éventuel sentiment d'infériorité, lequel, bien entendu, peut ensuite éventuellement entraîner des comportements visant à compenser cette infériorité subjective par des attitudes visant à prouver une supériorité tout autant imaginaire.

Mais au-delà du freudisme et de son aporie originelle (l'homme qui n'a jamais fait ce qu'il disait qu'il fallait que tout autre que lui fasse pour être sain d'esprit...), il n'en reste pas moins que la circoncision reste, dans tous les cas, une atteinte à l'intégrité physique de celui auquel on la fait subir, atteinte d'autant plus grave qu'elle concerne un organe sexuel (même si cette atteinte est sans comparaison possible avec celle de l'excision pour les filles), et aux conséquences d'autant plus problématiques qu'elle est pratiquée plus tôt au cours du développement de l'enfant. Sur ce seul dernier point — l'âge auquel elle est effectuée —, on pourrait peut-être cependant nuancer, notamment par rapport à la pratique musulmane qui se fait généralement entre sept et quatorze ans, mais j'ai personnellement tendance à penser que, plus un traumatisme est subi tôt, dans l'enfance ou même encore avant la naissance, plus ses conséquences sont inconscientes (ceci est une évidence...), et donc plus graves (c'est là qu'il y aurait éventuellement matière à discussion...).

Il est certain, par ailleurs, que tout groupe humain ressente comme une nécessité de s'inventer une supériorité sur le reste de l'humanité, et les religions font partie de ces récits que ces groupes se donnent, leur dieu étant alors nécessairement le seul vrai dieu, ou au minimum supérieur à tous les autres sans aucune comparaison possible. Et d'autre part, on constate le plus souvent dans toutes les religions de tels rites initiatiques qui font passer l'enfant, à des âges variables mais en tout cas au plus tard au moment de devenir adulte, par des épreuves qui le marquent physiquement, plus ou moins gravement bien sûr. Il semble alors difficile de ne pas considérer que la circoncision fasse partie de ce cadre, c'est un rite initiatique, mais qui a l'originalité, dans le judaïsme, d'être effectué à un âge où le "récipiendaire" n'a aucune idée du pourquoi ni du comment il y est soumis, sans parler de la possibilité de s'y soustraire...

Le christianisme naissant, sous la pression insistante de Paul, refusera d'imposer la circoncision aux païens qui désireront y adhérer, et par la suite cette pratique sera complètement et définitivement abandonnée. Il restait encore dans les premiers temps, en matière d'initiation qui pouvait marquer physiologiquement, le baptême, qui se pratiquait alors par immersion complète dans l'eau, ce qui provoquait évidemment un arrêt plus ou moins prolongé de la respiration, et faisait ainsi passer le catéchumène par une mort symbolique pour renaître à la vie éternelle ; de nos jours il n'en reste plus que quelques gouttes d'eau sur le front. Est-ce un bien ou un mal qu'il n'y ait plus aucune initiation qui soit éprouvante, physiquement ?

Illustration 1

et les bergers se hâtèrent de venir
    et découvrirent et Marie et Joseph
    et le nourrisson posé dans la mangeoire
et en le voyant ils firent connaître
    ce qui leur avait été dit au sujet de cet enfant
et tous en entendant s'émerveillèrent
    de ce qui leur était dit par les bergers
et Marie conservait tout cela
    le méditant dans son cœur

puis les bergers s'en retournèrent
glorifiant et louant Dieu
    pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu
    comme il leur avait été dit
et quand furent accomplis les huit jours
    pour sa circoncision
il fut appelé de son nom
    Jésus
celui dont il avait été appelé par l'ange
avant sa conception dans le ventre

(Luc 2, 16-21)

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