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Billet de blog 1 avril 2023

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Question de realpolitik

C'est pour ton bien ! tu comprendras plus tard...

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

On peut être à peu près certain des raisons de la mort de Jésus que nous donne ici l'évangile de Jean : cela n'a rien à voir avec des questions religieuses, c'est strictement politique. Et on peut même dire que, de ce seul point de vue politique, le sanhédrin a fait là preuve d'une grande sagesse, contrairement à ce qu'il se passera trente à quarante ans plus tard.

Jésus ne voulait certainement pas être pris pour le Messie politique que tous ses partisans, tous ses disciples, y compris les "Douze", voyaient en lui, mais c'est ainsi que eux le considéraient. Lazare était-il vraiment mort, ou seulement en catalepsie ? peu importe, cet événement ne peut effectivement qu'exciter encore plus, déchaîner, cette foule qui, à la multiplication des pains, était déjà prête à marcher sur Jérusalem pour le mettre sur le trône...

On peut être d'autant plus sûr de cette délibération du sanhédrin et de sa conclusion que l'auteur de l'évangile y était présent en personne, selon toute vraisemblance, ou se l'est faite rapporter par un des membres. Depuis les travaux d'exégèse de Raymond E. Brown, confirmés ensuite notamment par Claude Tresmontant, on identifie en effet le Jean auteur de cet évangile avec le personnage qu'il y désigne sous l'appellation du "disciple bien-aimé", lequel fait partie de la famille de Hanne, celui chez lequel Jésus a en fait été amené lors de son arrestation, puis jugé.

En effet, de ce "disciple bien-aimé", l'évangile dit seulement qu'il était "connu" de Hanne, mais pour qu'il puisse ordonner à la portière de laisser entrer Pierre dans la cour intérieure, il faut qu'il soit bien plus qu'une vague connaissance du maître des lieux : c'est un membre de sa famille, ou un très très proche. Comme un "père de l'Église", Polycrate, rapporte de plus que ce "Jean" a été porteur du "pétalon", un bijou en or normalement porté par le seul grand prêtre dans l'exercice de ses fonctions, il n'est pas impossible qu'il ait même été un des fils de Hanne, qui a été lui-même grand prêtre pendant un an quelques temps plus tard...

Quoi qu'il en soit de cette question précise, on peut remarquer qu'à plusieurs reprises dans ce même évangile de Jean, des "Juifs" sont prompts à lapider des personnes (la femme surprise en train de commettre un adultère, mais aussi Jésus soupçonné de blasphème) : pour des motifs strictement religieux, on ne s'inquiète pas d'une soit-disant prérogative romaine sur les condamnations à mort !

Si le sanhédrin veut faire mourir Jésus — et s'il va effectivement le faire bientôt — c'est donc bien pour la raison qui nous est donnée ici : parce que, si ça continue comme ça, ils vont finir par avoir une véritable insurrection sur les bras, et, eux, savent très bien que ça ne pourra que finir dans un bain de sang, l'écrasement de la révolte par les romains, la destruction du Temple comme à l'époque de Nabuchodonosor, et de nouveau aussi la déportation de toute la nation.

Serait-ce, au moins en partie, pour cette même raison que Jésus a fini par décider de se laisser prendre ?

Illustration 1

(Après la réanimation de Lazare,)
parmi les Juifs donc qui sont venus près de Marie
    et ont vu ce que Jésus a fait,
beaucoup croient en lui.
Mais certains d'entre eux s'en vont vers les pharisiens
    et leur disent ce qu'a fait Jésus.

Les grands prêtres et les pharisiens
    rassemblent donc un sanhédrin et disent :
« Que faisons-nous ?
    Cet homme fait beaucoup de signes !
Si nous le laissons aller, tous croiront en lui
    et les Romains viendront,
    ils nous détruiront et le lieu et la nation ! »

L'un d'entre eux, Caïphe,
    grand prêtre cette année-là, leur dit :
« Vous, vous ne savez rien ! Vous ne réfléchissez pas ?
Il est de votre intérêt
    qu'un seul homme meure pour le peuple
    plutôt que la nation entière se perde ! »
Cela, ce n'est pas de lui-même qu'il le dit,
    mais, étant grand prêtre cette année-là, il prophétise
que Jésus doit mourir
    pour la nation,
    et non pour la nation seulement
    mais aussi pour les enfants de Dieu dispersés,
les rassembler dans l'unité.
Donc, de ce jour-là
    ils sont résolus à le tuer.

Jésus donc ne marche plus en public
    parmi les Juifs,
mais il s'en va de là vers le pays proche du désert,
    dans une ville appelée Ephraïm.
Là, il demeure avec les disciples.

Elle était proche la Pâque des Juifs.
Beaucoup montent du pays à Jérusalem,
    avant la Pâque, pour la purification rituelle.
Ils cherchent donc Jésus
    et se disent les uns aux autres en se tenant dans le temple :
« Quel est votre avis ?
    qu'il ne viendra pas du tout à la fête ? »
Les grands prêtres et les pharisiens
    avaient donné des commandements :
si quelqu'un savait où il était, qu'il l'indique
    pour qu'ils l'arrêtent.

(Jean 11, 45-57)

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