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Billet de blog 1 mai 2015

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Tu t'en vas ?

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Billet original : Tu t'en vas ?

« Que votre cœur ne se trouble plus : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures. Sinon vous aurais-je dit : Je vais vous préparer un lieu ? Et si je vais vous préparer un lieu, je reviendrai vous prendre avec moi, afin que, où je suis moi, vous aussi vous soyez. Et où je vais... vous savez le chemin.» 

Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas : comment saurions-nous le chemin ? »  Jésus lui dit : « Moi, je suis le chemin, et la vérité, et la vie. Personne ne vient au Père sinon par moi. »

Jean 14, 1-6

Après les quelques passages un peu épars que nous avons eus ces derniers jours, nous reprenons maintenant une lecture suivie de Jean, avec les discours et la prière du jeudi soir, que nous allons voir en entier — quatre chapitres en tout, quand même ! —, ce qui nous mènera à la Pentecôte. L'ensemble de ces textes constitue bien sûr comme un sommet de l'enseignement johannique ; nous y retrouverons de nombreux thèmes déjà abordés, mais ce qui les caractérise le plus est sans doute la place qui y est accordée au rôle futur de l'Esprit saint. L'évangile a déjà parlé de l'Esprit, principalement dans l'épisode avec Nicodème, qui avait posé les bases : nous naissons comme êtres de chair, mais nous sommes aussi d'Esprit, même si nous n'en avons pas conscience ; nous sommes donc invités à "naître" une seconde fois, cette fois dans l'Esprit.

Cette seconde naissance, Jésus l'a vécue lors de son baptême ; ce jour-là, l'Esprit est "descendu" sur lui, c'est ainsi que l'événement nous est raconté (Jean 1, 32-33). Mais pour les disciples, ce n'est pas encore le cas, il vont devoir attendre jusqu'à la résurrection. Et pour l'instant, Jésus vient de leur annoncer qu'il allait partir "où ils ne peuvent venir" (11, 33), et c'est ce qui "trouble leur cœur", ils ont l'impression qu'ils vont être abandonnés, que Jésus déserte son poste, les laissant seuls en rase campagne. Nous pouvons être certains que c'est bien ainsi que les disciples ont vécu la fin de Jésus. Sans doute ont-ils été peinés pour lui, mais plus encore pour eux-mêmes. C'est qu'ils avaient tout misé sur lui, mis en lui tous leurs espoirs d'une vie meilleure, et cette fin ne pouvait signifier pour eux qu'une seule chose : Jésus avait échoué, il avait perdu la partie face aux puissants, face au système.

Dans les synoptiques, où les disciples sont dans l'attente d'un Royaume aux contours très terrestres, c'est évident : l'arrestation et la mise à mort de Jésus ne peuvent signifier qu'une chose, qu'il n'était pas le Messie qu'ils avaient espéré. Mais même ici chez Jean, où cette dimension politique des espoirs des disciples est quasiment absente, où l'évangéliste nous ferait presque croire qu'ils n'étaient là que dans une démarche purement spirituelle, la mort de Jésus ne pouvait être qu'une épreuve difficilement compréhensible. Il va avoir beau leur annoncer la venue de l'Esprit, le consolateur, le défenseur, celui qui leur fera tout comprendre, pour l'instant ce ne sont que des promesses, et ils n'y comprennent rien ! Jésus les invite à le croire, à croire en lui qu'ils ne verront bientôt plus, comme ils croient en Dieu qu'ils ne voient pas : oui, il s'agit bien là d'une foi aveugle, pour eux. Il leur promet qu'ils pourront un jour le rejoindre, qu'il y a de la place pour tout le monde, là où il va, et qu'il reviendra même les prendre avec lui : pareil, ce ne sont pour l'instant que de belles paroles.

Alors on en revient à du plus concret : c'est vrai qu'ils ne savent rien de où va Jésus et où ils sont censés pouvoir le rejoindre un jour, mais il y a quand même une chose qu'ils savent, c'est comment on y va ! Enfin, qu'ils savent, ou qu'ils devraient savoir... parce qu'en réalité, s'ils le savaient vraiment, ils ne seraient sûrement pas là à poser tant de questions et à s'inquiéter ! Mais voilà, le fait est que, pour "recevoir" l'Esprit, le meilleur chemin reste encore Jésus, et le seul chemin passe en tout cas par cette Parole vraie, cette Parole de vie, qu'il a incarnée. Nous avons peut-être l'impression de tourner en rond : hier on nous disait que recevoir l'Esprit, c'est recevoir le Fils, et aujourd'hui que recevoir le Fils mène à recevoir l'Esprit... Effectivement, cela marche un peu dans les deux sens, même s'il y a quand même un ordre : c'est bien par la Parole, le Fils, que nous nous ouvrons à l'Esprit, mais ensuite c'est l'Esprit qui nous révèle pleinement le Fils.

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