Qui vient d'en haut, ou du ciel, et qui vient de la terre : nous retrouvons nos deux natures dont il était déjà question au début de ce chapitre, notre nature humaine, celle que nous connaissons bien, nous sommes nés de parents humains, et notre nature spirituelle, nous venons aussi du ciel, il y a en nous une présence divine. Ainsi, cette double nature que la théologie chrétienne attribue à Jésus ne lui est pas exclusive, en tout cas pas selon l'évangile de Jean, mais pas non plus selon Paul, lequel plaide aussi pour que nous nous configurions au Christ, ce qui veut bien dire que nous nous identifiions à ce même principe divin qu'il nous a révélé. Poussés par l'Esprit, nous manifestons ainsi que nous sommes, nous aussi, fils de Dieu.
Une telle théologie est donc indubitablement présente ici, chez Jean (chez Paul aussi). Mais nous voyons aussi une théologie légèrement différente, où le "Fils" ne va plus désigner ce que nous sommes toutes et tous appelés à devenir, mais se restreindre à une seule personne humaine, Jésus : il faut croire "au Fils". Certes, Jésus nous a montré l'exemple sur ce chemin, il peut donc nous servir de modèle, mais on voit le glissement qui va amener à identifier l'homme en lui à sa dimension divine que nous partageons pourtant avec lui, et ainsi son humanité va-t-elle finir par se réduire à une simple pétition de principe, quoiqu'on s'en défende. Dans la pratique, on ne fait plus de différence entre son humanité et sa divinité, on confond les deux, ce qui, inéluctablement, nous barre l'accès à notre propre divinité.
Or, le témoignage qu'il s'agit de recevoir, ce témoignage qui va sceller en nous que Dieu est vrai, ce ne peut être que celui de notre propre divinité, et non seulement celui de la divinité de Jésus. Il ne s'agit pas de nier cette dernière, lui aussi bien évidemment comme tout être humain avait cette nature divine, mais si je m'en arrête là, je manque l'essentiel, le plus important : la mienne propre, ma divinité (bien qu'elle ne m'appartienne pas à strictement parler, mais dans le fond pas plus que mon humanité ; je ne me suis pas plus fait à moi-même ma propre nature humaine, terrestre, que ma nature divine, céleste...!) C'est là, à mon sens, ce qu'on peut reprocher au christianisme, de proposer une théologie qui limite l'horizon de celles et ceux qui cherchent Dieu, constituant ainsi un obstacle à leur vocation réelle.
Maintenant, pour ce que je dis ici, il y a quelques siècles j'aurais été passible du bûcher, tandis que de nos jours tout au plus cela ne pourrait-il se finir qu'en excommunication, exclusion officielle de la communauté, mais comme il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes...
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qui vient d'en haut
est plus haut que tout
qui est de la terre
est de la terre et parle depuis la terre
qui vient du ciel
est plus haut que tout
ce qu'il a vu et entendu il en témoigne
et son témoignage personne ne le reçoit
mais qui a reçu son témoignage
a scellé d'un sceau que Dieu est vrai
car celui que Dieu a envoyé
parle les mots de Dieu
car ce n'est pas avec mesure
qu'il donne l'esprit
le Père aime le Fils
et a tout donné en sa main
qui croit dans le Fils
a vie éternelle.
qui dédaigne le Fils
ne verra pas de vie
mais la colère de Dieu demeure sur lui
(Jean 3, 31-36)